La fin du monde est plus compliquée que prévue

14 novembre 2018 2 Par Dionysos
La fin du monde est plus compliquée que prévue

Titre : La fin du monde est plus compliquée que prévue
Auteur : Franck Thomas
Éditeur : Aux forges de Vulcain (Fiction) [site officiel]
Date de publication : 18 mai 2018

Synopsis : Ah, si l’on pouvait faire table rase et repartir de zéro ! C’est justement l’opportunité qui se présente à Sylvestre, traducteur misanthrope et asocial, lorsque le dirigeant de la Corée du Nord annonce qu’il va faire sauter la planète à la fin de la semaine. L’issue est claire : Sylvestre n’a plus qu’à se préparer pour l’Apocalypse, d’où rejaillira une société nouvelle. Mais rien n’est jamais simple en ce monde… pas même sa fin ! Et quand celle-ci approche, l’humanité se montre plus absurde, ridicule et touchante que jamais.

Dans les salons officiels, après avoir écouté d’une oreille distraite le discours largement convenu du frère du dictateur défunt, les convives se détournaient déjà des écrans plats où la foule coréenne pleurait des rivières de sincérité au rythme synchrone des blindés en parade. Ils ne virent ainsi pas tout de suite l’adolescent qui s’approchait du pupitre pour y prendre la parole à son tour.
Ce n’est qu’en entendant l’interprète hésiter qu’ils se retournèrent :
— Euh… hé, bande de boloss ! Ouais, vous, les tocards de l’ONU et tout ce bordel. C’est pas tonton qui reprend les affaires, c’est moi ! Hé ouais, surprise. Vous vous êtes bien foutu de notre gueule, hein ? Ça vous a bien fait marrer d’assassiner mon père, bande de sales rats. Et ben, bouffez du LOL tant que vous pouvez, espèces de baltringues, parce que ça va pas durer ! J’ai un petit cadeau d’adieu pour vous : cinq cents bombes nucléaires miniatures planquées un peu partout chez vous, prêtes à vous exploser à la face. C’est pas beau, ça ? Un vrai feu d’artifices pour mon anniversaire, dimanche ! Pas la peine de venir nous envahir, j’en ai foutu chez nous aussi : hé hé, pas de jaloux ! Ah, et pas la peine non plus d’essayer de me faire tuer moi aussi : vous auriez plus aucun moyen de savoir où est le système de mise à feu que j’ai bien planqué, ni comment l’arrêter.
Puis, les yeux face à la caméra, il fit un geste du majeur largement populaire auprès des adolescents du monde entier, qui résumait avec assez d’évidence la position générale de sa famille vis-à-vis de ce même monde entier, au cas où ce dernier ne l’aurait pas encore bien saisie.

Les éditions Aux forges de Vulcain tentent de mettre en avant de nouveaux auteurs et notamment par des romans à cheval entre la littérature de l’imaginaire et la littérature générale. Voyons ce qu’il en est avec La fin du monde est plus compliquée que prévue, de Franck Thomas.

L’apocalypse en marche

Ce roman part d’un pitch simple mais osé : l’héritier de la République populaire de Corée du Nord annonce avoir placé des mini-bombes nucléaires partout dans le monde et compte tout faire sauter pour son anniversaire ! Forcément, panique dans les ambassades, branle-bas de combat dans les agences d’espionnage et stupeur dans les chaumières… Dans l’une d’entre elles, en plein cœur de la France périphérique, Sylvestre lui aussi entend parler de cette nouvelle annonçant la fin du monde pour bientôt. Sylvestre est un solitaire, voire un misanthrope, qui ne vit quasiment que pour sa collection de trains miniatures et se dit que cette apocalypse annoncée est peut-être une bonne chose du moment qu’on le laisse tranquille. Mais cela est sans compter sur son entourage (ex-copine, facteur, voisins, etc.) bien bouleversé par la situation.

Un ton détonant

Pour narrer l’histoire de Sylvestre et les tribulations géopolitiques du moment, Franck Thomas adopte un ton volontairement humoristique, à la fois dans les péripéties et dans la forme de son récit. En effet, sur le fond, il multiplie les situations absurdes, les quiproquos constants et les péripéties burlesques : un dictateur adolescent qui mène son pays comme un youtubeur débutant, des ambassadeurs qui désertent et perdent complètement les pédales, des banlieusards qui se reconvertissent en gourous des mamies… les étrangetés ne manquent pas. Sur la forme, Franck Thomas fait exprès d’en rajouter dans les digressions humoristiques (un peu à la Pierre Raufast dans ses écrits chez Alma Éditeur), d’autant plus que de temps en temps, il se permet d’apostropher directement le lecteur pour lui faire comprendre qu’il gagne du temps en comblant et que l’intrigue est volontairement téléphonée.

La fin du roman est plus compliquée que prévue

Toutefois, à force de miser sur ce cocktail détonant, le lecteur risque de déceler beaucoup de répétitions sur l’ensemble du roman. Il y a donc possibilité d’être lassé par cet humour et ces apostrophes finalement un peu faciles tant elles reviennent toujours au même principe. Au fur et à mesure que le roman pointe vers son terme, les situations sont de plus en plus abracadabrantesques ; il faut reconnaître que, même en partant du principe que nous sommes dans de l’anticipation burlesque, on peut être en droit d’attendre un brin de réalisme dans la réaction des personnages : clairement, ce n’est plus la considération du roman une fois attaqué le dernier tiers. Le tout est donc poussé jusqu’au bout du processus, il faut savoir y adhérer et accepter un certain nombre d’entorses au réalisme (c’est le moins que nous puissions dire).
La fin du monde est plus compliquée que prévue laisse donc un sentiment mitigé : l’idée de base est intéressante, le parti-pris peut captiver, mais l’accumulation peut déborder la bonne volonté du lecteur. Après La nuit, je vole, c’est donc un deuxième essai infructueux parmi les publications des éditions Aux forges de Vulcain, alors que le synopsis me disait bien, il faudra réessayer, peut-être avec leur Uther Pendragon qui est également tentant…

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