Titre : Le royaume brisé
Cycle/Série : Le chant des épines, tome 3
Auteur : Adrien Tomas
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2018 (mars)

Synopsis : Au lendemain de la victoire de l’empire de Seï sur le royaume du Nord, les Épines et Ithaen pansent leurs blessures, bien cachés ou engagés dans la guérilla contre l’envahisseur. Mais, partagé entre l’accueil des troupes de l’empereur pour mettre fin aux horreurs de la guerre et résister, le Nord est divisé.Toutefois, cette guerre implique bien plus d’acteurs qui œuvrent dans l’ombre. À l’aube de grands bouleversements qui vont ébranler les fondations de l’Histoire même, les alliances se dénouent et les accords les plus inattendus se créent. Des sacrifices démesurés seront exigés alors que s’enchaîneront les révélations et les choix impossibles, pour précipiter les Épines et Ithaen vers une fin magistrale et terrible qui scellera leurs destins.

Bibliocosme Note 4.0

Naissance d’un royaume

Il est des univers auxquels on est tellement attaché ou qui recèlent de tellement de potentiel qu’on rechigne parfois à les quitter. Adrien Tomas l’a bien compris, et c’est pourquoi il revient une nouvelle fois à son monde de prédilection, déjà mis en scène dans « La geste du Sixième Royaume » et « La maison des mages ». Avec « Le chant des épines », sa dernière trilogie en date, le voilà qui revient sur le processus d’unification des clans nordiques, un événement bien antérieur à ce qui se passe dans ses précédentes œuvres. [Attention : à ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de lire les deux premiers tomes, je vous conseille de ne pas poursuivre la lecture de cet article au risque de vous voir spoiler plusieurs rebondissements importants (difficile en effet de parler de ce troisième volume sans déflorer une partie de ce qui s’est passé dans les opus précédents).] Après avoir aidé la jeune Ithaen à gravir tant bien que mal les marches du pouvoir, puis avoir combattu ses ennemis aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des frontières, voilà que les fameuses Épines de la reine doivent se résoudre à abandonner le champ de bataille au profit de la redoutable armée de l’empire de Seï. Le royaume de Sveldia n’est plus et les Épines survivantes se retrouvent obligées de se terrer ou de se réfugier dans leur place forte afin de ne pas être mises à mort par l’envahisseur. Malgré les circonstances, aucune n’a toutefois perdu de sa combativité et toutes comptent bien rendre le trône à sa souveraine légitime qui, pour l’heure, se trouve à l’abri dans les profondeurs de la Grande Forêt. Si les deux premiers tomes étaient déjà de bonne facture, ce troisième volume les surpasse de manière très nette, offrant un final largement à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre. Cette fois finies les tergiversations, place à l’action ! Les pièces du puzzle se mettent enfin complètement en place, et c’est un plaisir d’assister à la résolution de l’intrigue et d’obtenir toutes les réponses aux nombreuses questions qui s’accumulaient depuis le premier opus.

Un rythme haletant du début à la fin

L’un des principaux attraits de ce troisième tome réside dans le fait qu’on assiste à un renversement total de la situation, l’équilibre des anciennes forces en présence ayant totalement volé en éclat suite à l’occupation du nord par les forces séïdes. Les ennemis d’hier deviennent alors les alliés d’aujourd’hui, et certaines associations valent vraiment le coup d’œil tant elles sont inattendues. L’auteur opte pour le même système narratif que précédemment, avec un changement assez fréquent de point de vue. Si cela pouvait se montrer gênant au début en raison du nombre important de personnages et du fait qu’on ne les connaissait pas encore tous très bien, le problème ne se pose plus ici. Le lecteur est désormais bien familiarisé avec l’univers comme avec les personnages, et l’alternance rapide de points de vue permet au roman de gagner en dynamisme. Le procédé donne également l’opportunité au lecteur de se faire une idée assez précise de l’évolution de la situation politique et militaire des différentes forces qui s’affrontent ici. Et c’est d’autant plus utile qu’il y en a beaucoup ! Les Épines ont en effet été dispersées après la bataille et toutes se trouvent dans des positions plus ou moins précaires. Merisa a pris la tête d’un mouvement de résistance, le Ver, qui tente par tous les moyens de repousser l’envahisseur (sabotages, assassinats, guérilla…). Vermine se trouve quant à elle aux mains des sœurs grises et, quand bien même la jeune fille semble avoir des alliés dans la forteresse, elle n’en demeure pas moins limitée dans ses mouvements. La petite reine arpente pour sa part la Grande Forêt à la recherche de puissants alliés qui, pour la plupart, ne sont pas franchement emballés à l’idée de risquer leur vie pour un royaume qui n’est pas le leur. Quant à Solheim et Ysemir, le premier se retrouve assiégé dans sa cité tandis que le second a été capturé par l’envahisseur.

Des personnages délicieusement ambigus

Outre les Épines, on suit également toute une flopée d’autres personnages participant plus ou moins activement au conflit en cours : des habitants de la Grande Forêt, des sœurs grises, des Immortels, des membres de la Résistance, des Elfes… Tous possèdent une personnalité suffisamment complexe pour éviter tout manichéisme. La situation ne se résume donc pas à l’équation bateau « gentils rebelles contre méchants envahisseurs » mais se révèle bien plus complexe. Certains se battant pour Ithaen s’avèrent ainsi franchement antipathiques car plus intéressés par la perspective de renforcer leur pouvoir que de défendre de quelconques valeurs, tandis que, dans le camp ennemi, d’autres se révèlent attachants et agissent avec davantage de noblesse. Le personnage qui cristallise le mieux cette ambiguïté reste d’ailleurs la reine en personne, dont les choix parfois extrêmes permettent certes de grandes avancées sur le terrain mais se font de plus en plus discutables moralement. Du côté de l’univers, la véritable nouveauté vient ici du fait qu’on pénètre véritablement au cœur de la Grande Forêt dont on découvre certains habitants oubliés des hommes depuis longtemps (sylphes, dragons…). On en apprend également davantage sur la véritable nature de personnages récurrents qu’on avait jusqu’à présent du mal à cerner (la Locuste, notamment) et la plupart de ces rebondissements sont vraiment bien amenés et parviennent à totalement surprendre le lecteur. Le final ouvre quant à lui un certain nombre de perspectives pour plusieurs protagonistes dont on comprend à demi mot qu’ils doivent jouer un rôle plus ou moins importants dans les autres romans de l’auteur (qui se passent après les événements relatés ici). Si ces références m’ont pour la plupart échappée, nul doute que des lecteurs connaissant bien mieux l’œuvre d’Adrien Tomas sauront les repérer et les apprécier à leur juste valeur.

Adrien Tomas signe avec « Le royaume brisé » la fin des aventures des Épines et de leur reine à qui il offre un final vraiment réussi qui ne manquera pas de ravir les amateurs du genre. De l’émotion, de l’épique, du suspens : tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce troisième tome le plus intense et le plus captivant de la trilogie.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des cave trolls)