La 25e Heure du Livre 2015, Conférence #2 : Arts premiers

15 octobre 2015 0 Par Boudicca

La 25e heure du livre du Mans 2015

 

Parmi les tables-rondes auxquelles nous avons pu assister cette année dans le cadre de la 25e Heure du Livre du Mans, celle intitulée « Arts Premiers » proposait de s’interroger sur le classement et la présentation des arts en provenance d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et d’Amérique. Pour en parler Bernard Magnier était entouré de trois spécialistes : Roger Boulay, auteur de « Casse-tête et massues Kanak » et de « Erotik Kanak » ; Isabelle Glorieux-Desouche, auteure de « Comment parler des arts premiers aux enfants » ; et enfin Pascal Mongne, auteur de « Les collections amérindiennes de France : l’histoire d’une image ou le balancier du goût ».

 

Que désigne-t-on par le terme d’ « arts premiers » ?

On entend par « arts premiers » toute forme d’art que ne serait pas européenne. Autrement dit, il s’agit de créations provenant d »Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie. L’Égypte n’en fait cependant pas partie parce que sa civilisation a été reconnue comme ancienne et respectable (même s’il faut rappeler que l’art égyptien a eu des difficultés à rentrer au Louvre avant les découvertes réalisées par Champollion). Quant à la région du Maghreb, on l’assimile plus volontiers au monde méditerranéen et elle est donc elle aussi exclue de ce qu’on appelle les arts premiers. En fait, la caractéristique principale que partagent la plupart des peuples concernés ici est leur appartenance à une société de tradition essentiellement orale (même s’il existe bien sûr des exceptions comme les Mayas).

Musée du quai branlyMusée du Quai Branly

Que pensez-vous de cette dénomination ?

Tous les spécialistes présents s’accordent sur le fait que cette dénomination n’est pas particulièrement adaptée puisqu’elle est beaucoup trop large. Le terme reste cela dit préférable à ceux employé autrefois tels qu’ « arts primitifs », voire même « arts sauvages ». On pourrait peut-être parler plutôt d’ « arts de l’Autre », dans la mesure où les Européens ont pris l’habitude au fil des siècles de se définir en opposition aux autres peuples. Roger Boulay rappelle d’ailleurs qu’au moment de la création du Quau Branly l’appellation « arts premiers » avait fait débat. Dans le cas du Louvre, il faut attendre la fin des années 1990 pour qu’apparaissent des chaires distinctes en fonction des régions (Afrique, Océanie, Amérique…) en matière d’art. Bref, bien que très arbitraire le terme d’arts premiers reste pour le moment le plus facile à utiliser pour la simple raison que tout le monde comprend bien ce qu’il désigne.

Ile de PaqueStatues de l’île de Pâques

Pouvez-vous nous présentez vos livres respectifs ?

Le livre d’Isabelle Glorieux-Desouche propose des éléments de réponse pour répondre à l’épineuse question suivante : « Comment parler des arts premiers aux enfants ». Elle explique en effet que lorsque des Occidentaux se retrouvent confrontés aux arts premiers, ils sont généralement déstabilisés par le manque de références d’ordre mythologiques ou religieuses qui leur permettraient de mieux comprendre ce qu’ils voient. La meilleure chose à faire reste alors de laisser parler ses émotions (Qu’est ce que je ressens en voyant cette œuvre ? Pourquoi cela m’attire ou m’effraie ?…) Son livre recense également un certain nombre d’œuvres qui proviennent des quatre continents, sont exposées dans les plus grands musées, ont été faites avec des matériaux très différents, sont de tailles différentes et expriment des aspects variés de ces sociétés (politique, religieux…)

Comment parler des arts premiers aux enfants

Pascal Mongne parle pour sa part de son travail de « vulgarisation » visant à rendre le fruit de ses recherches intelligible au grand public. Pour lui, on choisi quoi dire et quoi passer sous silence dans un livre de la même façon qu’on choisirait quel œuvre peut ou ne peut pas faire partie d’une exposition. Il faut absolument être synthétique afin d’être le plus clair possible.

Roger Boulay a quant à lui écrit sur les casse-têtes et massues d’Océanie qui, curieusement, étaient les objets les plus fréquemment rapportés par les Occidentaux qui les préféraient bien souvent aux monnaies ou encore aux statuettes. Son second ouvrage (« Erotik Kanak ») propose d’observer des reproductions de scènes que les Kanaks sculptaient sur des bambous. En observant les scènes à caractère érotique, il parvient à distinguer deux catégories : la première témoigne de la vie traditionnelles des Kanaks (on les voit notamment à l’occasion des cérémonies de deuil qui donnaient lieu à ce que les missionnaires européens qualifiaient de débauche), la seconde concerne des scènes de garnisons et revient donc sur la rencontre entre les Européens et les Kanaks (il s’agit cette fois souvent de scènes de prostitution ou encore de viol, les Européens présents sur place n’ayant pas hésité à enlever pour leur propre plaisir certaines femmes appartenant à ces tribus).

Erotik kanak

Retour en haut