La Tartine du Dimanche matin #10 : L’imaginaire, ça sert d’abord à dominer le monde

8 décembre 2013 0 Par Dionysos

Carte Game of Thrones - Trône de Fer

Comme annoncé ces dernières Tartines et en paraphrasant le célèbre La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre d’Yves Lacoste, intéressons-nous à l’imaginaire en tant que façon de dominer le monde, ou au moins de dominer notre propre petit monde personnel.

Car, au fond, que sont les littératures de l’imaginaire ? Beaucoup trop de lecteurs voient dans ces littératures de genre (science-fiction, fantastique, fantasy, horreur, super-héros) des ouvrages sans grand intérêt puisque sans rapport avec notre monde actuel. Or, c’est bien là que le bât blesse, puisque c’est justement l’inverse qui devrait être relevé ! Que ce soit à grands coups de technologies futuristes, de créatures fantastiques ou d’uchronies ravageuses, les mondes créés dans les littératures de l’imaginaire ne le sont qu’à partir d’une matière première qui n’est autre que nos bonnes vieilles sociétés contemporaines.

Je me permets, à ce propos, de m’appuyer largement sur un extrait de l’avant-propos de l’édition originale de Quinzinzinzili datant de 1935 :

« Ces mondes, ils existent. Mais, cette fois, ils existent que pour les voyageurs en chambre. Ce sont les mondes hors du monde, à côté du monde, au-delà du monde, inventés, devinés ou entrevus par des hommes à la riche imagination, des poètes. Il faut, pour les visiter, entreprendre les voyages imaginaires, les voyages impossibles.

Mais qui donc sait qu’une littérature existe, insoupçonnée, consacrée à décrire ces mondes, ces hypermondes ? On ne s’en soucie guère, ordinairement. Le public vit sur l’idée que ces sujets, exclusivement destinés à la jeunesse, sont abandonnés à des auteurs de second ou même de quatorzième ordre, qui peuvent se permettre toutes les faiblesses, ayant affaire à des lecteurs peu exigeants. Jules Verne, et des douzaines de sous-Jules Verne… Un récit pédestre, agrémenté de plaisanteries d’almanach ; des explications prosaïques et sans intérêt, des pages entières qui semblent avoir été copiées dans quelque manuel, qui peut-être le furent…

Sans doute, il existe des œuvres de ce genre. Il en existe même beaucoup.

Mais il en existe d’autres. S’il y a Jules Verne, il y a aussi Wells et Poe. Et des auteurs que Wells et Poe ont utilisés, et qu’ils nous masquent, pour ainsi dire. Il y a les étrangers que l’on n’a jamais songé à traduire, et les Français que l’on ne songe pas à lire. Et ceux-là, pourtant, ils ont souvent réussi le tour de force de plonger « au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau » ! »

Cette dernière allusion à Charles Baudelaire ne doit pas nous faire dévier de notre propos initial : s’il y a du nouveau à trouver dans ces mondes imaginaires, c’est bien pour réfléchir à nos problématiques contemporaines, voire quotidiennes, dans des contextes épurés de certaines (voire toutes) contraintes de notre époque. Ainsi, créer un monde imaginaire dans une œuvre de SFFF permet de remodeler à volonté l’environnement de nos personnages préférés. Et c’est ainsi que foisonnent les cartes imaginaires (Le Trône de fer en tête, évidemment, mais c’est une norme depuis, au moins, Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien) dans n’importe quel roman du genre (surtout en fantasy). D’ailleurs, en élargissant, même dans des livres récents pour enfants, nous pouvons déceler cette tentation, puisque le petit Geronimo Stilton se permet de redéfinir la géopolitique actuelle du Proche-Orient !

Mais bon, je divague, je divague, mais l’important demeure : ce n’est pas parce que les mondes imaginaires des littératures de genre sont créés de manière souvent fantasque qu’ils ne renvoient pas à des considérations hautement importantes pour nous, bien au contraire ! Et, qui sait, s’inventer sa propre histoire de science-fiction ou de fantasy, ne serait-ci pas déjà tenter de trouver une solution à nos problèmes du quotidien ? Le débat est en marche.

Alors hummm… domination, domination : oui, je l’avoue, j’ai en partie fait cette Tartine pour pouvoir placer la vidéo suivante… niark, niark, niark ! Mais il n’empêche, de grâce, voyons les littératures de l’imaginaire pour ce qu’elles sont : une redéfinition astucieuse de notre propre monde pour pouvoir en repenser les limites. Ambition : domination !!!

 

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La Tartine, une volée de mots émiettée au débotté, un billet à croquer le dimanche matin entre le petit déj’ et l’apéro. Car le monde des livres est toujours un monde à conquérir.

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