Wastburg

Wastburg

18 août 2013 0 Par Boudicca

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Titre : Wastburg
Auteur : Cédric Ferrand
Éditeur : Les Moutons Électriques
Date de publication : 2011

Synopsis : Wastburg, une cité acculée entre deux royaumes, comme un bout de bidoche solidement coincé entre deux chicots douteux. Une gloire fanée qui attend un retour de printemps qui ne viendra jamais. Dans ses rues crapoteuses, les membres de la Garde battent le pavé. Simple gardoche en train de coincer la bulle, prévôt faisant la tournée des grands ducs ou bien échevin embourbé dans les politicailleries, la loi leur colle aux doigts comme une confiture tenace. La Garde finit toujours par mettre le groin dans tous les coups foireux de la cité. Et justement, quelqu’un à Wastburg est en train de tricoter un joli tracassin taillé sur mesure. Et toute la ville attend en se demandant au nez de qui ça va péter.

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J’ai toujours pensé que Wastburg s’est construite entre les deux bras du fleuve, tu vois. Et si c’était l’inverse ? Si c’était le fleuve qui s’écartait en arrivant sur la cité, comme pour l’éviter ? Il se fendrait en deux comme s’il trouvait Wastburg trop pouilleuse, trop infréquentable. Le fleuve nous contournerait pour échapper à notre médiocrité.

Premier roman de Cédric Ferrand, « Wastburg » nous propose une plongée au cœur d’une cité apatride d’inspiration médiévale que l’on découvre par le biais de certains de ses habitants qui nous la dévoilent sous toutes ses coutures. Et quelle cité ! L’auteur nous dresse ici le portrait d’une ville fascinante et crédible que l’on arpente de fond en comble, de ses bas-fonds à ses riches demeures en passant par ses bordels, son port, son cimetière… Mais attention, on est ici bien loin de la merveilleuse cité pleine de beauté et de majesté qu’on peut habituellement rencontrer en fantasy. A Wastburg, ça se castagne dans tous les coins, ça n’a pas son pareille pour trouver des combines histoire d’entuber la Garde, niveau esthétique ça ne casse pas franchement des briques, ça pue, c’est sale…, bref, il y règne un joyeux bordel auquel se mêle gaiement le lecteur. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour Wastburg, comme pour les nombreux personnages qui défilent au fil des chapitres, parfois l’espace d’une dizaine de pages seulement, mais que l’auteur parvient à rendre consistants et convaincants. Tout juste pourrait-on regretter de n’avoir le point de vue d’aucun personnage féminin (une fille de joie ou une commère de quartier n’aurait pas dépareillé…), mais je chipote.

Et attention, en ce qui concerne les personnages, ne vous attendez pas non plus à trouver un grand et beau héros à la destinée exceptionnelle et ses fidèles compagnons! Ici, c’est aux côtés de la populace, de la canaille que l’on arpente la cité et que l’on découvre ses secrets plus ou moins bien gardés, ses combines et entourloupes, et surtout ses traditions, toutes plus étonnantes les unes que les autres. Qu’il s’agisse de la porchaison, lâché de porcs au sein de la ville donnant lieu à une compétition conviviale mais salissante, ou encore de la bouscotte, mélange typiquement wastburgien composé au petit bonheur la chance par les teneurs de bistrots qui y refourguent tous leurs fonds de bouteilles, ce sont ces petites trouvailles originales qui font une grande partie du charme de la ville. En ce qui concerne l’intrigue, bien que le roman se compose d’une alternance de points de vue et de protagonistes que l’on ne retrouve jamais deux fois en tant que narrateur, l’auteur possède tout de même un fil conducteur lié à la disparition de la magie dans la cité et, si cette intrigue plus générale passe souvent au second plan au profit de l’originalité de tel personnage ou de la cocasserie de telle situation, on ne l’en suit pas moins avec un intérêt grandissant au fur et à mesure que les pièces du puzzle se mettent en place.

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(Carte de la ville de Wastburg présente dans le jeu de rôle auquel le roman a donné naissance)

Rien ni personne n’est donc là par hasard et c’est ce brillant jeu de chassé-croisé qui témoigne de la grande maîtrise de l’auteur qui possède également un style redoutablement efficace, mélange d’argot, de patois et de langage cru qui n’est pas sans rappeler celui utilisé par J-P. Jaworski dans « Gagner la guerre » mais aussi, dans une moindre mesure, par Scott Lych et ses « Salauds Gentilshommes ». N’hésitez pas, ce roman est un vrai petit bijou !

Autres critiques : Nébal (Welcome to Nebalia) et Vil Faquin (La Faquinade)