Titre : Shingouzlooz Inc.
Cycle/Série : Valerian vu par…
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Mathieu Lauffray
Éditeur : Dargaud
Date de publication : 22 septembre 2017

Synopsis : À la suite d’une malencontreuse partie de cartes, les shingouz perdent la propriété de leur société, La Shingouzlouz.Inc. Or il se trouve que cette société, à cause d’une approximation dans l’interprétation des lois intergalactiques, est détentrice de la Terre ! Valérian – par ailleurs très préoccupé par sa future retraite d’agent spatio-temporel – et Laureline doivent rattraper cette bourde et convaincre le nouveau propriétaire, un certain Sha-Oo, « l’Assoifeur de monde », de la restituer à Galaxity.

Bibliocosme Note 4.5

– Vous avez accès aux serveurs de Galaxity ? Mais c’est ultra sécurisé !
-Vous plaisantez, là, non ? Dites, c’est pas jojo vos conditions sociales. Vous êtes vraiment payés cette somme là ? Avec les risques que vous prenez ? Et niveau retraite, je suppose que vous n’avez rien prévu ? La retraite c’est important vous savez. Si vous voulez je vous ficelle un petit montage avec un capital de départ.

    Sur les lèvres de tous les amateurs de science-fiction française depuis la sortie du film Valerian La cité des mille planètes (assez lointain d’ailleurs de la BD du même nom, que je me suis fait un devoir de lire avant de voir le film), l’œuvre originale de Pierre Christin et de Jean-Claude Mézières parue en 1967 dans le magazine Pilote, connaît aussi sa petite cure de jouvence dans notre cher 9ème art. D’une part, avec la réédition en intégrales des aventures de Valerian et Laureline augmentées d’interviews des auteurs ou encore de Luc Besson, d’autre part avec deux albums, confié pour le premier à Manu Larcenet il y a quelques années déjà, et pour le second à un duo non moins fameux, Wilfrid Lupano et Mathieu Lauffray. C’est à ce second album, Shingouzlooz Inc, que je m’attaque aujourd’hui.

    Reprendre une série mythique (que je connaissais encore bien peu il y a quelques mois, je suis jeune que voulez vous !) n’est jamais chose facile, mais c’est aussi très en vogue. Malgré mon admiration éperdue tant pour Lupano que pour Lauffray, j’étais un peu sceptique au moment de plonger dans les méandres du temps. Le doute s’estompa bien vite. Les deux agents spatio-temporels Valerian et Laureline sont envoyés à la poursuite du Bernard Madoff de l’espace, l’androïde Zi-Pone qui a créé et héberge dans son système les serveurs de Walou et Fortunass, les deux plus importants paradis fiscaux de la galaxie. Celui-ci est débusqué, pêchant le thon quantique (le robot face à l’absurde), qui se revend des millions et qui a pour particularité de nager dans les flots temporels inter-dimensionnels. Alors que lui sont passées les menottes ou presque, les Shingouz font irruption et atterrissent en catastrophe, ils ont perdu la Terre d’il y a 3,5 milliards d’années aux cartes! Deux missions d’une extrême urgence se dessinent donc et vont s’entremêler au cours des ces 56 pages.

    Quand j’écris que j’avais quelques doutes avant d’entamer la lecture, lire les premières pages écrites par Lupano vous laisse déjà en train de vous tenir les côtes, ou, au pire, avec un sourire un peu bête sur les lèvres. L’écriture du scénariste nantais fait encore merveille. L’humour est omniprésent, piquant comme souvent, à destination de la haute finance et du système de retraites bancal (mais spatial bien évidemment, vous m’aurez compris), dénonciateur aussi de la destruction environnementale causée par les terribles humains à travers des pages intelligentes. Bien sûr, il faut aimer Lupano et son côté engagé, c’est un peu manichéen. Pour certains, ce sera peut-être trop voyant, énervant même. Bref, c’est brillant, c’est tout. Les dialogues sont par ailleurs tout simplement bons, rythmés et bien ficelés. Au-delà de tout cela, Shingouzlooz Inc. est aussi un excellent récit d’aventure, farfelu certes, mais dans lequel on ne s’ennuie pas une seconde. Deux enquêtes mêlées se résolvent parallèlement, pleines de péripéties, mais sans jamais que l’une ne nuise au rythme de l’autre. Shingouzlooz Inc., c’est une once de plaisir en bulles.

    Au dessin, l’excellent Mathieu Lauffray finalise la recette de l’excellent album. Le trait du dessinateur est reconnaissable, surtout dans les visages des deux héros, même s’il tire ici vers le comique. Laureline, fort charmante, est sans doute la plus réussie des deux. Les décors ne sont pas d’une originalité folle pour autant : on y retrouve forcément quelques éléments inévitables de la SF. Les planches spatiales sont à mon avis les plus réussies, les plus rares aussi, il me semble. Les scènes sur la planète et ses décors de plages sont sympathiques, surtout quand elles sont baignées d’une lumière crépusculaire avec quelques jolis plans larges et un découpage toujours agréable. Je n’ai pas lu tous les Valerian originaux, loin de là, mais il y a un petit quelque chose « à la Mézières ». Toutefois, comme le précise la couverture (plus mitigée), c’est bien Valerian « par »  d’autres auteurs que les originaux. Lauffray laisse donc aussi libre cours à son dessin, et c’est bien ce qu’on pouvait espérer.

Peut-être les puristes n’aimeront-ils pas, certainement que je n’y connais rien, moi, à Valerian, mais Shingouzlooz Inc. doit être lu autant comme quelque chose de nouveau que comme la revisite d’un classique de la bande-dessinée par deux grands talents. Je vais jusqu’au coup de coeur, je suis comme ça moi !

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