Titre : The Dark prince charming
Cycle/Série : Batman, tome 1
Auteur : Enrico Marini
Éditeur : Dargaud
Date de publication : 3 novembre 2017

Synopsis : Quel lien secret Batman et le Joker partagent-ils avec une jeune fille mystérieuse ? Kidnappée par le Joker, le Chevalier noir doit plonger dans les profondeurs de Gotham City et s’engager dans une course contre la montre pour la retrouver. Les enjeux sont importants, et pour Batman, c’est personnel !

Bibliocosme Note 3.5

– M.Bruce, quelqu’un a laissé ceci sur le perron. Pas de carte, et pas d’explosifs, je l’ai scanné. Toutefois, je vous déconseille de l’ouvrir. Vous pourriez appeler la…
– Merci Alfred. Veuillez me laisser seul.
– A votre guise, Monsieur.
Donc, il est toujours vivant. Il court toujours. Et il sait.

Étant donné la déferlante d’informations tous azimuts depuis quelques semaines, nul ou presque n’ignore qu’Enrico Marini a hérité d’un beau bébé. Le dessinateur italien (retrouvez ici l’interview menée par l’équipe du Bibliocosme l’année passée) s’est en effet vu confier la difficile mission, et c’est une première pour un auteur de BD franco-belge : la réalisation d’un Batman inédit. L’auteur du Scorpion, des Aigles de Rome et de bien d’autres, à la fois scénariste, dessinateur et coloriste était attendu au tournant par les fans de Batman, les fans de Marini tout court et les amateurs de bande-dessinée en général. Il faut dire que les premières planches qui ont été publiées depuis plusieurs semaines maintenant en ont fait saliver plus d’un…

Revenons dans un premier temps sur l’histoire de ce Batman dark prince charming. Les sombres rues de Gotham s’affolent, le Joker vient encore de frapper en braquant une bijouterie. C’est l’anniversaire de la timbrée Harley Quinn et quoi de mieux, se dit son poussin, qu’un luxueux collier de perles ? En pleine fuite, le gang du clown machiavélique est rattrapé et mis en déroute par le chevalier noir et le Joker finit dans le fleuve. De retour dans leur repaire, Harley est toujours furax et le Joker de fort mauvaise humeur. Raghotam TV vient toutefois remonter le moral de tout ce petit monde. Le Joker décide de kidnapper une toute jeune fille qui vient de surgir dans la vie du milliardaire Bruce Wayne. Un appât particulièrement efficace quand il s’agit d’attirer le protecteur de Gotham city.

Du point de vue de l’écriture, les personnages de ce premier tome de Dark Prince charming, masculins surtout, sont plutôt une réussite. Le personnage du Batman de Marini est, pourrait-on dire, un Batman à l’ancienne. Il est avant tout un détective qui sait bien sûr y faire quand il s’agit de distribuer des mandales, mais qui ne s’encombre pas de bat-gadgets en tous genres. On a affaire à un Batman abrupt, qui puise dans ses ressources physiques lors de ses sorties nocturnes. Le Joker est lui aussi réussi, même si son humour se fait finalement plus discret que ce que l’on aurait pu espérer peut-être de la part du clown. Très présent dans cet album, le Joker est d’ailleurs le véritable personnage principal de cette histoire. Peut-être pas si terrible qu’il n’y paraît même, ce qui fait que l’on se prend à s’attacher à lui. Ses dialogues bien sentis avec son acolyte Harley Quinn renforce ce sentiment. Cette dernière est quant à elle fidèle à la Harley que l’on connaît, un peu tarée, un peu excessive, comme on l’aime. La psychologie de ces personnages féminins reste malgré tout en demie teinte pour le moment. Une femme se résume à quelques rares traits de caractère : capricieuse, vénale et légère. A chacun de ces traits correspond un personnage. Des femmes un peu caricaturales en somme. Bien évidemment, Alfred, Jim Gordon et quelques autres sont de la partie. L’histoire en général déçoit toutefois quelque peu pour le moment. Le schéma du scénario est assez classique : le Joker est mauvais, il a capturé une jeune fille et Batman, en proie à des crises intérieures, va tout donner, quitte à outrepasser ses propres règles, pour la sauver. L’ensemble est plutôt convenu, léger, et il y a bien peu de rebondissement dans ce premier volume. Nul doute que c’est pour la suite.

Aux pinceaux, pas de surprise. Comme on pouvait s’y attendre… Marini fournit un travail fantastique. On est assez peu habitués à une Gotham autant baignée de couleurs chaudes. Les ruelles sont baignées d’orange, rouge ou de sépia qui confèrent à la ville une ambiance polluée du plus bel effet, avec quelques planches en pleine page ou en doubles pages superbes. Quelle ambiance, lorsque que Batman est posté en vigie sur les hauteurs de la ville ! Évidemment, on trouve bien des planches plus grises, dans la batcave par exemple, superbe elle aussi. Les personnages ont eux aussi bénéficié de beaucoup de soin avec un Batman colossal et presque monolithique, inquiétant pour les malandrins qui croisent son chemin, un joker charismatique tout maigre et de violet vêtu. Les femmes sont elles aussi très belles, superbes même, mais qu’elles sont court vêtues ! Harley Quinn n’est pas nue mais pas loin, Selina Kyle en string derrière une nuisette transparente et la mère de la jeune fille en cuissarde et micro-short. Comprenez bien qu’elles sont magnifiques, mais pour l’image, mais c’est sans doute pas tip top. On est à Gotham, mais quand même, c’est un peu stéréotypé à mon goût. Quant au découpage enfin, qui de mieux que Jim Lee, en préface, pour résumer le travail de Marini, qui évoque une imagerie aussi riche que cinématographique, le tout dans une science du mouvement et d’une fluidité exemplaire.

Un bilan un peu mitigé pour cette première partie de Dark prince charming. Un album sublime du début à la fin mais qui ne parvient pas contrebalancer un scénario trop classique pour le moment.

 

Voir aussi : Tome 2

Autres critiques : Ludovic Grignion (Khimaira)