Perdido Street Station tome 1

Titre : Perdido Street Station
Cycle/Série : Perdido Street Station, tome 1
Auteur : China Mieville
Éditeur : Fleuve noir / Pocket
Date de publication : 2003 / 2006

Synopsis : Nouvelle-Crobuzon : une métropole tentaculaire et exubérante, au cœur d’un monde insensé. Humains et hybrides mécaniques y côtoient les créatures les plus exotiques à l’ombre des cheminées d’usine et des fonderies. Depuis plus de mille ans, le Parlement et son impitoyable milice régnent sur une population de travailleurs et d’artistes, d’espions, de magiciens, de dealers et de prostituées. Mais soudain un étranger, un homme-oiseau, arrive en ville avec une bourse pleine d’or et un rêve inaccessible : retrouver ses ailes. Isaac Dan der Grimnebulin, savant fou et génial, accepte de l’aider. Mais ses recherches vont le conduire à libérer une abomination sur la ville tout entière…

Bibliocosme Note 3.0

Ils se laissèrent porter en direction du nord, vers la gare de Perido. Ils tournaient lentement, revigorés par cette présence urbaine massive, profane, en dessous d’eux, par ce lieux fécond, grouillant, tel qu’aucun de leurs semblables n’en avait jamais connu jusque là. Partout, le moindre secteur – ponts obscurs, hôtels particuliers vieux de cinq siècles, bazars tortueux, entrepôts de béton, tours, péniches d’habitation, taudis répugnants et parcs au cordeau – grouillait de nourriture. C’était une jungle dépourvue de prédateurs. Un terrain de chasse.

China Mieville : Un auteur à l’imagination foisonnante

Comme la plupart des ouvrages écris par China Mieville, « Perido Street Station » a été récompensé par toute une flopée de prix littéraires qui, s’ils sont souvent gages de qualité, peuvent aussi finir par devenir intimidants. Rassurée il y a peu par ma première incursion dans l’univers de l’auteur, c’est sans guère d’appréhension que je me suis pourtant plongée dans ce roman culte introduisant la ville de Nouvelle-Crobuzon. Et c’est malheureusement très mitigée que je ressors de ce premier tome qui, s’il ne manque effectivement pas de qualités, se révèle malgré tout bien moins maîtrisé que « Les Scarifiés ». Dès les premières pages, on identifie sans mal la patte ô combien reconnaissable de l’auteur auquel on serait bien en peine de reprocher un quelconque manque d’originalité. Car tout est atypique chez China Mieville : son décor, ses personnages, et même son (ou plutôt ses) intrigue(s). Il en résulte un ouvrage foisonnant, captivant parfois, déroutant souvent, et dans lequel règne une certaine confusion qui finit par lui porter préjudice. L’intrigue, d’abord, est beaucoup trop éclatée et ses différentes lignes n’ont (pour le moment) que peu de connexions les unes avec les autres. L’essentiel du récit se focalise sur un certain Isaac, un scientifique controversé qui se voit confier une mission exceptionnelle et pour le moins ambitieuse : permettre à un homme-oiseau dont les ailes ont été arrachées de revoler. Le challenge est de taille et les recherches audacieuses du marginal menacent très vite de révolutionner tout un pan de la science de Nouvelle-Crobuzon. Parallèlement à cette quête, on assiste à l’évolution d’une curieuse créature dont Isaac a fait l’acquisition dans le but d’observer les techniques de vol du règne animal. On suit également l’amante du scientifique, l’artiste Lin, qui se voit confier une étrange commande de la part d’un commanditaire encore plus étrange.

Perdido Street Station tome 2

Une intrigue originale mais décousue

Ces trois intrigues se croisent et s’entrecroisent sans que l’on parvienne pour le moment à voir où veut en venir l’auteur. C’est d’autant plus gênant qu’à toutes ces histoires se greffent également plusieurs chapitres révélant différents pans de l’évolution politique de la ville. Cela peut prendre la forme d’une incursion dans l’imprimerie clandestine d’un journal contestataire, ou en plein milieu d’un mouvement de grève lancé par les dockers et violemment réprimé par le régime, ou encore dans une entrevue peu banale entre les membres du gouvernement et l’ambassadeur… des Enfers. Tous ces passages sont la plupart du temps passionnants et, s’ils témoignent de l’imagination débridée de l’auteur aussi bien que de la densité et de la cohérence de son univers, le lecteur finit toutefois par s’y perdre. Il faut dire aussi que le style de China Mieville n’est pas non plus le plus abordable qui soit. L’auteur use en effet d’un vocabulaire relativement soutenu et surtout extrêmement pointu en ce qui concerne certains sujets, notamment dans le domaine de la science. L’un de ses personnages en vient en effet à développer toute une théorie méta/scientifique que j’ai personnellement trouvée très complexe à saisir et qui, malheureusement, se retrouve ici exposée dans les grandes lignes. Cela donne lieu à quelques passages franchement indigestes, voire carrément incompréhensibles, ce qui est d’autant plus frustrant qu’ils ne présentent que peu d’intérêt pour le récit. Au nombre des déceptions, il faut également mentionner les personnages qui, déjà dans l’excellent « Les Scarifiés », n’était pas franchement le point fort de l’auteur. Sans aller jusqu’à être fades ou antipathiques, les habitants de Nouvelle-Crobuzon n’en demeurent pas moins très distants et cette froideur n’encourage pas le lecteur à s’y attacher. Il faut dire aussi que, très vite, il apparaît clairement que le personnage central du roman n’est ni le scientifique rejeté par sa communauté, ni l’artiste avant-gardiste, mais bel et bien la ville elle-même. Et quelle ville !
Perdido Street Station tome 1 illustration

Nouvelle-Crobuzon : cité labyrinthique et grouillante de vie

En dépit de tous les reproches que l’on peut faire à ce premier tome, on peut difficilement contester le fait que l’auteur a apporté un soin presque maniaque à son décor. Le lecteur arpente ainsi aux côtés des différents personnages la multitude de quartiers qui quadrillent la métropole tentaculaire de Nouvelle-Crobuzon et dans lesquels règne une ambiance qui varie complètement de l’un à l’autre. Les docks, la banlieue de Chiure et autres faubourgs plus ou moins bien fréquentés, les arènes de Cadnebar, la foire et son freakshow… : voilà un petit aperçu des destinations qui vous attendent dans ce premier tome. Le tout est impressionnant, mais cela fait tout de même beaucoup à digérer, d’autant plus que l’auteur nous abreuve de quantité d’anecdotes pour chacun de ces lieux. China Mieville dresse ainsi le portrait d’une véritable fourmilière dans laquelle règne une éternelle confusion et où se mélangent allègrement toutes les races et toutes les religions qui cohabitent dans une plus ou moins bonne entente. Il convoque aussi un bestiaire remarquablement étoffé et parfois vraiment tarabiscoté. Lin, l’artiste qui occupe l’un des premier rôle du roman, est ainsi ce qu’on appelle une Khépri : mi-femme, mi-scarabée (avouez que, pour en faire son héroïne, il fallait oser !) On trouve également mention de Cactacés, de Garudas (le fameux homme-oiseau), ou encore de mafadets (lion-serpent), sans oublier bien sûr des Recréés, ces « criminels » condamnés à subir une opération altérant leur physique de manière plus ou moins conséquente en y greffant des objets ou des membres appartenant à d’autres créatures (ce qui donne parfois de sacrés mélanges !) Le seul problème c’est que, là encore, l’auteur nous laisse nous dépatouiller tout seul et ne nous donne que très peu (voire pas du tout) de repères pour que l’on puisse bien saisir à quel genre de créature on a affaire (et pourtant, j’étais déjà au fait de la plupart des particularités de cet univers…).

Un premier tome en demi-teinte, donc, qui inaugure un univers et une cité au formidable potentiel mais qui se disperse beaucoup trop et finit par donner à l’ensemble un petit côté brouillon. Reste à voir si le second volume sera mieux structuré et si les nombreux fils de l’intrigue se réuniront de manière satisfaisante.

Voir aussi : Tome 2

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