Titre : L’attaque des titans
Cycle/Série : Edition colossale 1
Auteur : Hajime Isayama
Éditeur : Pika Seinen
Date de publication : 7 octobre 2015

Synopsis : Le monde appartient désormais aux Titans, des êtres gigantesques qui ont presque décimé l’Humanité. Voilà une centaine d’années, les derniers rescapés ont bâti une place forte, une cité cernée d’une haute muraille au sein de laquelle vivent aujourd’hui leurs descendants. Parqués, ignorants tout du monde extérieur, ils s’estiment au moins à l’abri de ces effroyables êtres qui ne feraient d’eux qu’une bouchée. Hélas, cette illusion de sécurité vole en éclats le jour où surgit un Titan démesuré, encore bien plus colossal que tous les autres. S’engage alors un combat désespéré pour la survie du genre humain…

– Donc si je comprends bien, au cas où ils nous assailliraient, vous n’êtes absolument pas préparés à livrer bataille?
-Pas vraiment non. Le jour où les soldats devront se battre, c’est que le pire aura fini par arriver. Donc, tant qu’on se la coule douce,
qu’on nous traite de feignasses et de planqués, c’est que la paix règne et que tout roule, pas vrai?

    L’Attaque des Titans approche inexorablement du terme de son histoire avec la récente sortie du 22ème volume en France. Autant dire une série presque courte. L’oeuvre de Hajime Isayama connaît un succès immense un peu partout dans le monde. De part la violence qui y est omniprésente, l’Attaque des Titans est un seinen, destiné donc à un public de jeunes adultes, à la différence du shônen, ce qui, à dire vrai, n’empêche guère les plus jeunes de les lire ou de le regarder, puisqu’un excellent animé est diffusé. Bien heureux de ce succès, Pika Edition a eu l’excellente idée de rééditer la série sous un format enfin à la mesure des titans avec cette édition tout simplement nommée « Edition colossale ». Au programme, trois volumes en un, quelques pages couleurs inédites, un papier de bien meilleure qualité, une couverture très agréable au toucher, mais surtout un format bien plus grand que l’original. Le tout pour un prix qui n’outrepasse pas celui de trois volumes simple. En somme, L’attaque des Titans Edition Colossale semble bien être une affaire à tous points de vue. Une série qui redevient d’un coup immensément attrayante !

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    Hajime Isayama nous plonge dans un monde post-apocalyptique où l’humanité a été dans sa majeure partie exterminée par les titans, des créatures monstrueuses à l’apparence plus ou moins humaines et guidées par l’inextinguible besoin de dévorer les êtres humains. Les survivants n’ont eu d’autre choix que de se réfugier derrière d’immenses murailles à l’intérieur desquelles se sont tant bien que mal organisées ville et campagnes. Le jeune Eren Jäger n’a rien connu d’autre que ces murs, c’est l’une des raisons qui le pousse à vouloir rentrer dans le bataillon d’explorations, régiment qui a pour mission de reprendre des terres aux titans. Mais depuis cent ans que les titans ne se sont plus montrés, les hommes se sont amollis et ne sont plus préparés à rien, et surtout pas à l’arrivée du plus grand titan jamais observé, haut de cinquante mètre, et qui vient fracasser le premier rideau de la muraille. Une horde de titans pénètre l’enceinte et n’a plus qu’à se livrer à un monstrueux et pantagruélique pique-nique.

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    Dans son format original, le premier volume de L’attaque des Titans ne faisait guère plus que mettre en scène ce long repas des titans. Dans son format colossal, l’ensemble des trois volumes permet de rentrer bien plus avant dans le récit. Trois personnages sont mis en avant jusqu’ici, un trio classique composé d’Eren Jäger, le héros qui s’engage autant par conviction que suite à un drame personnel, la marmoréenne mais surpuissante Mikasa Ackerman et l’intello poltron Armin Arlert. Rien de bien folichon, mais les personnages n’en sont pas moins intéressants et intrigants de par ce qu’ils ont déjà traversé ou par la tournure des événements. C’est ce mystère et cette ambiance dans laquelle baigne L’attaque des Titans qui fait, à mon avis, le charme de cette série. Une humanité passée du rang de prédateur ultime à simple morceau de viande est déjà une situation agréable. La voir terrée derrière des murs et vivre dans une angoisse perpétuelle fait peser une ambiance lourde et glauque sur le manga, d’autant plus qu’au début, les personnages évoquent les titans sans que l’on sache à quoi s’attendre encore. Hajime Isayama, derrière l’image vue et revue de la révolte du genre humain, excelle dans sa mise en scène de la peur, présente partout à travers cet album, d’abord dans la vie de tous les jours lorsque reviennent les bataillons d’exploration décimés par les titans pour rien ou presque, et qui devient ensuite panique quand les titans pointent le bout de leur nez. Ce sentiment est forcément exacerbé par l’ignorance des hommes vis à vis de ce fléau. D’où viennent-ils ? Aucune idée. Cherchent-ils quoi que ce soit en dehors de l’extinction de l’humanité ? Aucune idée. Les personnages baignent dans ce flou permanent. Sans parler bien évidemment de cet enfermement volontaire, de ce confinement auquel s’est contraint l’homme et qui est pour beaucoup dans ce sentiment permanent d’oppression, de régression aussi. Le défilement des années (le récit s’ouvre sur l’année 845) contribue encore à assombrir le tableau en y ajoutant un sentiment d’urgence. Le temps passe mais l’humanité semble inéluctablement condamnée. En arrière-plan, Hajime Isayama aborde aussi d’autres thèmes, le plus flagrant, dès ce premier volume intégral étant celui de la migration. Les murailles ont transformé le lieu de vie des hommes en îlot de sûreté, et la destruction du mur Maria par un colossal titan pousse les habitants rescapés à fuir cette guerre et à rallier l’enceinte suivante, ce que beaucoup voient comme une menace. Avec la perte d’une première enceinte, les terres à disposition pour la culture se sont largement réduites et le nombre de bouches qu’il est possible de nourrir s’est réduit d’autant. Cela apparaît plus évident encore quand on apprend que des habitants ont été encouragés à s’installer en dehors des murs pour reprendre possession des terres alors qu’il ne s’était en réalité agit que de se débarrasser de ce trop plein de population. Manger ou être mangé. L’ambiance de Shingeki no Kyojin happe le lecteur et rechigne à le lâcher comme un titan se jette sur le malheureux plat principal.

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    Dans sa partie graphique, le travail de Hajime Isayama a souvent été mis sous le feu des critiques. Le dessin du mangaka souffre effectivement de quelques approximations. Si les décors sont, eux, très propres, relativement simples et géométriques (avec quelques effets de perspective bien rendus au niveau des bâtiments urbains), il en est cependant autrement pour les personnages. Les corps des différents protagonistes humains sont assez étranges, des coudes et des genoux semblent manquer ce qui donne des corps parfois un peu bizarres et des postures qui ne le sont pas moins. Des proportions un peu étranges également, et des personnages qui pour certains se ressemblent un peu et dont les approximations peuvent les rendre difficile à reconnaître. Cela vaut en tout cas pour les humains. De leur côté, je trouve que les titans, s’ils ne sont certes pas des modèles d’anatomie (ce qui a pu souvent être reproché à l’auteur) sont eux très bien dessinés et leur aspect est l’une des clés du succès de l’Attaque des Titans. La thématique des titans ou de monstres mangeurs d’hommes n’est pas tout à fait nouvelle et c’est dans la peinture occidentale que Isayama a sans doute découvert l’une de ses principales sources d’inspiration. Après avoir lu ce volume, soyez curieux et aller voir les toiles de Francisco de Goya (« Le Colosse » et surtout « Saturne dévorant un de ses fils »), ou bien encore les toiles du flamand Hieronymus Bosch : avec son Christ dans les Limbes, le lien est évident. Toujours est il que les titans sont grandioses et pas seulement par la taille, ils sont malsains et dérangeants à souhait, entre des yeux gigantesques au regard fixe, membres hypertrophiés ou bien atrophiés, et mâchoire gigantesque qui n’est pas sans rappeler le sourire de certains Joker des aventures de Batman. Si le style du mangaka est clairement perfectible, ces petits défauts rendent aussi les titans plus horribles et plus grotesques que jamais. Si le dessin d’Isayama peut encore s’affirmer, c’est sur ses personnages humains, les titans me semblent eux parfaits tels qu’ils sont. Au diable l’anatomie, ce n’est pas ce que je demande à L’Attaque des Titans. En revanche, Isayama parvient néanmoins à insuffler beaucoup de dynamisme dans ses planches, et plus particulièrement lors que les personnages manoeuvrent leur équipement tridimentionnel.

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Servi par une ambiance oppressante et glauque dans un récit plein de promesses, la relative fragilité du dessin n’est en rien un frein à la dévoration (si si, ça existe) de ce premier volume. Bien au contraire, il ouvre l’appétit pour la suite.

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