Titre : Chroniques du chevalier errant
Nouvelles : Le chevalier errant ; L’épée lige ; L’œuf de dragon
Auteur : G. R. R. Martin
Éditeur : J’ai lu
Date de publication : 2017 (septembre)

Synopsis : Qu’il joute ou qu’il guerroie, le chevalier errant n’a d’autres attaches que celles de son cœur, d’autre code que celui de l’honneur. Il loue ses services aux nobles causes et prend la défense des opprimés. Une ligne de conduite qu’a toujours suivie Ser Arlan de Pennytree, et qu’il s’est efforcé d’inculquer à son écuyer, Dunk, aujourd’hui chevalier à son tour. Mais la rencontre de ce dernier avec un garçon étrange, qui se fait appeler L’Oeuf, le futur Aegon Targaryen, changera à jamais son destin.

Bibliocosme Note 4.0

Tandis que les champions se mettaient en position, le silence descendit sur la prairie. Puis une trompette souffla et, en un éclair, le tumulte vint remplacer le calme. Dis paires d’éperons dorés s’enfoncèrent dans les flancs de dix grands chevaux de guerre, un millier de voix se mirent à hurler et à vociférer, quarante sabots de fer martelèrent et arrachèrent l’herbe de la prairie, dix lances plongèrent à l’horizontale. La terre tremblait. Puis se fut au tour de l’air et du ciel, quand champions et challengers se mêlèrent, dans un fracas de bois et d’acier.

Inutile aujourd’hui de présenter G. R. R. Martin ou « Game of thrones » tant la série télévisée est devenue populaire. Si vous vous êtes vous aussi laissé séduire par l’univers de Westeros et ses intrigues, vous n’êtes pas sans savoir que l’auteur s’est également lancé dans l’écriture de plusieurs nouvelles dont l’action se déroule dans le même monde mais à une période antérieure. Trois d’entre elles ont pour le moment été traduites en français et toutes ont fait l’objet de plusieurs parutions, individuelles ou collectives, chez Pygmalion à un prix quelque peu prohibitif. Mais que ceux que la perspective de débourser près de cinquante euros pour seulement trois novellas n’emballe pas se rassurent, car les éditions J’ai Lu publie ce mois-ci en poche un recueil regroupant les trois textes sous l’appellation de « Chroniques du chevalier errant ». Nous voici donc transportés plusieurs décennies avant les événements relatés dans « A song of ice and fire » aux côtés d’un certain Dunk, chevalier avide de prouver sa valeur, et de son jeune écuyer l’Oeuf. Dans « Le chevalier errant », l’auteur nous plonge dans l’ambiance des tournois, avec ses affrontements grandioses et ses participants haut-en-couleur, tour à tour modèles de bravoure et d’honnêteté, ou bien lâches n’hésitant pas à multiplier coups bas et vilenies pour parvenir à leur fin.

On reconnaît bien là la patte de G. R. R. Martin qui continue dans la seconde nouvelle de nous initier aux intrigues ayant agité le royaume de Westeros plusieurs années avant les événements relatés dans la série. On retrouve donc dans « L’épée lige » le protagoniste de la première nouvelle (devenu grâce à ses hauts-faits d’armes Duncan le Grand) ainsi que son jeune écuyer, tous deux embourbés dans un conflit de voisinage prêt à dégénérer. D’un côté Ser Eustache, vieux chevalier légèrement sénile au service duquel ils se sont engagés ; de l’autre Lady Rohanne, rivale du vieil homme dotée d’une réputation peu flatteuse et plus communément connue sous le doux nom de « Veuve Rouge ». Cette fois encore c’est avec plaisir que l’on suit les aventures de ces deux attachants personnages dont la relation constitue l’un des points forts du récit. On prend ainsi plaisir à suivre l’évolution des relations entre ces deux protagonistes aux caractères si éloignés et s’entendant pourtant comme larron en foire : l’un taciturne, bougon mais profondément honnête, et l’autre impulsif, sûr de lui et, en dépit de son jeune âge, déjà rompu aux intrigues de cour. L’intrigue est quant à elle parfaitement maîtrisée et, comme dans « Le chevalier errant », le récit se termine par un de ces habiles retournements de situation dont l’auteur a la secret.

« L’œuf de dragon » nous fait renouer avec nos deux compères alors qu’ils sont en route pour le nord où ils espèrent pouvoir mettre leur épée au service des Stark, déjà en proie aux velléités de rébellion des Fer-nés. On retrouve ici le monde des tournois déjà mis en scène dans « Le chevalier errant ». Le martellement des sabots des chevaux, le fracas des lances, les armures étincelantes, les défis lancés par des chevaliers épris de gloire… : la richesse et la crudité de la plume de l’auteur rend cette fois encore l’immersion immédiate. Si le décor constitue à lui seul une raison suffisante pour apprécier la nouvelle, son intérêt réside aussi et surtout dans ce qu’elle nous apprend d’inédit sur l’histoire mouvementée de Westeros. Car la guerre civile opposant les Stark aux Lannister est loin d’être la première à avoir menacé la stabilité et la prospérité des sept royaumes… G. R. R. Martin profite également de l’occasion pour nous familiariser un peu plus avec les puissants et les célébrités de l’époque, qu’il s’agisse de la redoutable et redoutée main du roi Freuxsanglant, ou bien de chevaliers plus modestes comme ser Kyle le Chat, Maynard Prünh, Glendon Boule ou encore Jehan le Ménétrier. Autant de personnages qui donnent davantage de corps à l’univers et de complexité à l’intrigue.

Les aventures de Dunk et l’Oeuf constituent donc un supplément agréable au « Trône de fer » et nous permettent de nous familiariser avec le passé de Westeros. Les deux premiers textes nous poussent à nous interroger sur la notion même de chevalerie, tandis que le troisième revient sur une autre période trouble de l’histoire du royaume sur lequel plane une fois encore le spectre de la guerre civile. On reconnaît sans mal la patte de G. R. R. Martin qui se montre toujours aussi retors, multipliant les indices et les fausses pistes pour finalement nous surprendre complètement dans les dernières pages. A découvrir.

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