Titre : Pars vite et reviens tard
Auteur : Fred Vargas
Éditeur : Viviane Hamy / J’ai Lu
Date de publication : 2001 / 2004
Récompenses : Prix des librairies 2002, Grand prix des lectrices de Elle (catégorie policier) 2002

Synopsis : Pour avoir rossé un armateur responsable de la mort de deux marins, Joss Le Guern, capitaine du chalutier « Le Vent de Norois », a connu la prison, puis le chômage avant d’échouer à Paris et de devenir « crieur », place Edgar Quinet. Trois fois par jour, Joss relève les messages, accompagnés de pièces ou de billets, que ses clients ont déposés dans sa boîte et, trois fois par jour, perché sur une estrade, il crie les nouvelles devant les habitués du quartier. Un jour, Joss découvre dans sa boîte une étrange missive qui se révèle inquiétante. C’est tout au moins ce que pense Hervé Decambrais, un septuagénaire qui allie à la broderie de napperons une érudition peu commune. Et comme ces messages bizarres continuent d’arriver trois fois par jour, il va déployer tous ses efforts pour en détecter le sens caché.
Le commissaire principal Jean-Baptiste Adamsberg, qui vient d’être affecté à l’antenne du XIIIe arrondissement de la brigade criminelle, reçoit Maryse. La jeune femme est affolée d’avoir découvert peint en noir sur presque toutes les portes de son immeuble un grand 4 inversé accompagné des lettres CLT.
Le policier se décide à prendre l’affaire au sérieux lorsque des tags similaires sont découverts dans un autre arrondissement et qu’un cadavre est retrouvé, la peau enduite de charbon. Bientôt les deux affaires vont se recouper.

Vous allez faire quelques découvertes qui vont vous étonner, brigadier Favre. Ici, les femmes ne sont pas un rond avec un trou dedans, et si cette nouvelle vous épate, ne vous gênez pas pour tâcher d’en savoir plus. En-dessous, vous trouvez des jambes, des pieds, et au-dessus, vous rencontrez un buste, une tête. Tâchez d’y songer, Favre, si vous avez de quoi.

Comme dirait un collègue du Bibliocosme, « de temps en temps, rien ne vaut un bon vieux polar ! » Bon, celui d’aujourd’hui n’est pas spécialement vieux, voire même pas du tout (2001 !), mais le Pars vite et reviens tard, de Fred Vargas, fait parfaitement l’affaire.

Quand on débute dans la lecture de romans policiers écrits par Fred Vargas, on s’attend sûrement à une histoire qui vaut particulièrement le détour ou bien à un style qui a su marquer de si nombreux lecteurs. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Pour autant, point de grande déception à avoir puisque nous sortirons de cette lecture avec un sentiment non grandiloquent, mais au moins satisfait.

Fred Vargas nous propose deux histoires construites en parallèles et qui ne sont destinées à se réunir qu’au bout d’une centaine de pages : Joss le Guern, ses rêveries schizophréniques et son métier de crieur public d’un côté, le commissaire Adamsky, ses TOC et son instinct hors pair de l’autre. Dans leurs deux trajectoires, destinées à se rejoindre sur une affaire louche, nous trouvons heureusement à chaque fois un personnage providentiel décelant la menace dans des actes bien peu clairs. Il est étonnant, mais pas inutile, de constater que nous avons là un thriller finalement très lent, puisque l’enquête policière ne s’accélère vraiment qu’à partir de 150 pages (sur 350). Sans en dévoiler de trop, la clé de l’enquête est, en vérité, contenue tout entière dans le titre, même si nous ne le comprenons que bien tard dans la lecture.

Pour autant, le style est vraiment agréable, et même en s’arrêtant régulièrement (comme j’ai dû le faire, personnellement, pour cause de lecture au travail, en transports en commun et entre deux activités), il est très simple de se retrouver dans l’intrigue en quelques mots de l’auteur. En plus de cela, elle multiplie les descriptions de scènes anecdotiques – procédé à double tranchant puisqu’il permet de nous lancer doucement dans le contexte de l’enquête, mais ringardise malgré tout certaines facettes des personnages – et les métaphores environnementales (mers déchaînées, rochers abrupts, etc.) dès les premiers chapitres.


Pars vite et reviens tard est donc un roman policier qui ne cherche pas la grandiloquence ou le sensationnel, mais réussit sans mal à nous emmener à la poursuite de cette tuerie en série pas comme les autres sur fond d’héritage mortifère.

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