Sorcières associées

Titre : Sorcières associées
Auteur : Alex Evans
Éditeur : ActuSF (Bad Wolf) [fiche officielle]
Date de publication : février 2017

Synopsis : Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules… Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas.
Mais voilà qu’un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d’étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies… Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu’elles imaginaient. En effet, à Jarta, les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…
Un roman à deux voix porté par des héroïnes bien campées, une enquête trépidante dans une cité métissée… Avec Sorcières associées, Alex Evans renouvelle brillamment l’imaginaire steampunk.

Bibliocosme Note 3.0

Transformer des cadavres en zombies était considéré comme une abomination. Mais les politiciens firent valoir que le devoir d’un soldat était de servir sa patrie, même au-delà du trépas. Ils citèrent l’exemple du Hiérophant Noir qui rappela à la vie tous les guerriers morts du Continent pour combattre une armée de démons. Bref, les gens avaient fini par s’habituer à l’idée et les récalcitrants furent envoyés aux mines.

La collection Bad Wolf poursuit son petit bonhomme de chemin en continuant à proposer de la fantasy très portée sur la magie et se fondant surtout sur le décalage vis-à-vis de la high fantasy. Ainsi, Alex Evans avait déjà construit un monde de fantasy de quelques nouvelles ainsi que deux romans chez les éditions Walrus, elle a reconcocté Sorcières associées pour les éditions ActuSF dans la même veine.

Tanit et Padmé sont deux sorcières installées, partageant un cabinet où elles reçoivent leurs clients. L’exercice de cette profession libérale ne se fait pas sans heurts, entre les clients mécontents voire dangereux, les autorités plus ou moins compatissantes et le « Pouvoir » qu’il faut savoir gérer sans en abuser sous peine de mort. Bien entendu, une affaire chacune va attirer notre attention et comme on peut l’imaginer très vite, les deux affaires principales seront liées. Ce roman met surtout en valeur deux personnages féminins forts, mais que j’ai parfois eu bien du mal à dissocier tant l’immersion dans le quotidien de chacune d’elle est trop rapide. Bien sûr, elles ont des caractères différents et des passifs distincts, mais dès qu’elles retournent à l’action, l’enchaînement de leurs affaires ne mise plus sur leur complémentarité. Ce ne sont alors que les derniers chapitres qui allongent suffisamment le temps de focalisation sur l’une puis l’autre pour les prendre en empathie.

J’avoue avoir aussi été déçu par l’univers porté par ce roman. En effet, la promesse d’un « renouvellement brillant de l’imaginaire steampunk » tombe à l’eau quand on se rend compte que les aspects steampunk se limitent, à mon humble avis, à quelques mentions à la marge comme un ustensile du quotidien ou un « engin des airs » vaguement décrit. Cela laisse de côté tout un système économique se fondant sur les marges de la population et toute une science mécanique se fondant sur la vapeur et ses dérivés habituels. Je ne milite jamais pour du « steampunk qui tâche » avec de la vapeur et du punk mis en surcouches à chaque coin de page. Pour le coup, l’autrice n’avait sûrement rien demandé dans cette description et l’illustration générale de Sébastien Caiveau, très attrayante malgré tout, mise de trop sur cette thématique.

Pour autant, quelques idées sont diablement bien trouvées, surtout du point de vue du bestiaire, notamment le fait que les vampires soient en fait des créatures démoniaques qui vivent sur un autre plan que celui des humains, qui sont invoquées parfois contre leur gré et qui sont présents en chair et en os dans un corps qu’elles n’ont pas forcément choisis. De la même façon, voir des zombies comme de la main-d’œuvre concurrentielle vis-à-vis des travailleurs, car il suffit de les programmer pour faire une ou deux tâches répétitives et de les mettre en action 24h sur 24, 7 jours sur 7, dans une usine, c’est magnifique ! Il y a de l’idée au niveau de l’univers, même si les liens de la ville de Jarta avec les territoires limitrophes sont plutôt tus.

En somme, pas mal de déception pour ce roman qui n’en demandait sûrement pas tant. Et pourtant, malgré ce qui a pu être listé ci-dessus, Sorcières associées est un bon roman, sympathique dans son esprit, inventif dans son bestiaire, raisonnable dans son style. Vous y trouverez de quoi vous divertir sans aucun souci.

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