Les Héros

Titre : Les héros
Auteur : Joe Abercrombie
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2013

Synopsis : Trois hommes. Une bataille. Pas de héros. Selon la légende, Dow le Sombre aurait tué plus d’hommes que le pire des hivers et conquis le trône du Nord en semant le chaos derrière lui. Jaloux, son voisin le roi de l’Union lui envoie ses armées : des milliers d’hommes bardés de fer se dirigent ainsi vers un cercle de pierres oublié, sur une colline sans intérêt, dans une vallée sans importance. Bremer dan Gorst, fine lame disgraciée, Calder, prince sans couronne, et Curnden Craw, dernier honnête homme du Nord, se retrouvent inexorablement entraînés dans une guerre sans honneur. Trois jours de bataille sanglante scelleront le destin du Nord. Cependant, entre les conspirations, les querelles et les jalousies mesquines, il y a peu de chances que ce soient les cœurs les plus nobles, ni même les bras les plus forts, qui l’emportent.Malheur aux peuples qui ont besoin de héros.

Note 4.5
 
Coup de coeur

Ils descendirent la colline par le sud, récupérant le reste de leurs affaires, pour se fondre un à un dans la nuit. Se retournant au passage, le neveu de Paindur adressa un geste obscène à Craw.
-On reviendra, espèces de connards !
Son oncle lui donna une tape sur le haut de la tête.
-Aïe ! Quoi ?
-Un peu de respect !
-Mais on est en guerre !
-C’est pas une raison pour être grossier, petit merdeux.

 

Quatre cent pages pour trois jours de bataille : voilà, pour résumer, en quoi consiste « Les héros ». Joe Abercrombie revient ici à l’univers de sa trilogie « La Première loi » et nous offre un roman nerveux plein de son humour et son cynisme habituels. Cette fois c’est le sort des terres du Nord qui se joue avec d’un côté le redoutable Dow le Sombre entourés de ses plus féroces guerriers, et de l’autre l’armée disciplinée de l’Union venue rétablir l’autorité du roi dans la région. Voilà pour ce qui est des belligérants, quant au champ de bataille il se résume pour sa part à la ville d’Osrung et les points stratégiques alentours : les marais, le Vieux Pont et surtout la colline des Héros, cible des deux armées. Chaque chapitre nous offre le point de vue de personnages appartenant tour à tour au camp de l’Union ou à celui du Nord, une alternance parfaitement maîtrisée par l’auteur et qui rend le récit particulièrement dynamique. Du général au simple troufion en passant par les nouvelles recrues apeurées, les vétérans blasés, les braves et les lâches du champs de bataille, les profiteurs et les ambitieux marchant dans le cortège des armées : Joe Abercrombie passe au crible tout le spectre de la hiérarchie militaire afin de nous offrir la vision la plus complète possible de ce conflit opposant les hommes du Nord à ceux du Sud. L’auteur jongle habilement entre tous ces protagonistes et s’amuse même dans certains chapitres à nous entraîner de figurant en figurant, le tueur du premier personnage que l’on suit devenant à son tour le protagoniste avant d’être lui-même tué, et ainsi de suite sur une trentaine de pages.

Outre l’habilité de la construction narrative, on peut également saluer la qualité des personnages au sort desquels on ne manque pas de compatir. Difficile en effet de s’empêcher de redouter tout au long du roman l’inévitable confrontation entre certains guerriers de camps opposés pour lesquels on éprouve un attachement similaire. Car chez Joe Abercrombie il n’y a ni gentils ni méchants et encore moins de héros. Tout ce qu’il y a ce sont de pauvres bougres pris au piège de la guerre et cherchant par tous les moyens à y échapper ou, tant qu’à faire, en profiter. « C’était le problème avec la fierté et le courage, et toutes les qualités vantées par les vertueux bardes. Plus on en a, plus on de chances de terminer sous une pile de cadavres. » On est effectivement loin ici des hauts faits relatés dans les récits épiques : chez Abercrombie la guerre n’est qu’une boucherie à laquelle participent des soldats apeurés qui doivent bien souvent leur survie à la chance davantage qu’à leur bravoure. Outre une réflexion particulièrement lucide sur la guerre en générale, le roman permet également à l’auteur d’étoffer davantage son univers et de remettre en scène des personnages de « La Première loi », notamment du côté des nordiques. Que ceux qui n’auraient pas lu les autres romans de l’auteur ne se laissent cependant pas décourager car si ces références à la précédente trilogie sont nombreuses, elles restent malgré tout anecdotiques et ne gêneront absolument pas ceux à qui les noms de Séquoia, Logen Neuf Doigts ou Bayaz n’évoqueraient rien.

 

Avec « Les héros » Joe Abercrombie signe un excellent roman à la construction originale et bourré de personnages complexes et attachants portés par des dialogues percutants. A noter qu’on doit à l’auteur deux autres one-shot situés dans le même univers mais prenant place dans d’autres contrées : « Servir froid » (que je vous conseille également chaleureusement) et « Pays rouge » (qu’il me reste à découvrir). En tout cas n’hésitez pas avec celui-ci : c’est de la très bonne fantasy !

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-Livre) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte)

Critique réalisée dans le cadre du Challenge ABC Littératures de l’Imaginaire 2016

Challenge ABC littératures de l'imaginaire 2016