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Titre : Immortel
Auteur : Catherynne M. Valente
Éditeur : Panini (collection Éclipse)
Date de publication : 2014 (mars)
Récompenses : Prix Elbakin 2014 (meilleur roman étranger)

Synopsis : La jeune Maria Morevna, une brillante enfant de la révolution, devient la belle épouse de Kochtcheï avant de causer sa perte. En chemin, elle croisera des lutins stalinistes, accomplira des quêtes magiques, apprendra des secrets, se heurtera à la bureaucratie, à des jeux de désir et de domination. Immortel est un choc entre l’histoire magique et l’histoire réelle, la révolution et la mythologie, l’amour et la mort ; il ressuscite la légende russe sous une forme étonnante.

Note 2.5

Dans le mariage comme à la guerre, on doit découper ce que les gens disent, comme un gâteau, et ne manger que ce que l’on peut digérer.

 

Rares sont aujourd’hui les romans de fantasy inspirés de l’histoire ou des mythes slaves. Un manque que la collection Éclipse contribue cela dit depuis peu à palier puisqu’après la légende sanglante de la célèbre comtesse hongroise Bathory, c’est au tour de Maria Morevna, Kochtcheï et Ivan Tsarévitch d’être mis à l’honneur. Les noms ne vous diront peut-être rien, sachez pourtant qu’ils figurent parmi les principaux héros du folklore russe auquel Catherynne M. Valente rend ici un bel hommage. Véritable conte de fée moderne, le roman mêle habilement mythologie et histoire, nous entraînant tour à tour à Bouïane, île secrète du Tsar Kochtcheï où résident toutes les créatures magiques imaginables, et à Saint-Petersbourg, bouleversée par les changements engendrés par l’arrivée au pouvoir de Staline. L’auteur parvient avec habilité à entremêler les deux mondes, mêlant la petite histoire à la grande. Nul doute que les décors mis en scène et que les événements dépeints résultent d’un minutieux travail de recherche qui permet au lecteur de pleinement s’imprégner du paysage et de la culture russe. Le roman fournit également l’occasion aux néophytes de découvrir la plupart des êtres fantastiques qui peuplent le folklore slave : roussalka, ondines séduisant les hommes pour mieux les noyer ; domoviye, sortes de petits lutins gardiens du foyer, vintovnik, lechi,..

Malgré ses indéniables qualités, je ressors cela dit de cette lecture avec un sentiment très mitigé dont la principale raison tient à mon sens à la volonté de l’auteur de trop vouloir coller à la légende. Car si, comme moi, vous ne vous êtes jamais intéressé de très près aux mythes russes, vous risquez fort de vous sentir vous aussi quelque peu frustré de ne pas saisir la moitié des nombreuses références que cache le roman. Certaines scènes auraient ainsi à mon sens aisément pu être supprimées car, bien que fidèles à la légende, elles n’apportent que peu de choses à l’intrigue et ajoutent à la lourdeur de l’ensemble (je pense notamment à celles impliquant les trois sœurs de Maria qui se répètent inlassablement les unes les autres et qui n’ont, au final, que très peu d’importance). De même, le style de l’auteur ne plaira sans doute pas à tout le monde, trop simpliste par moment, trop grandiloquent à d’autres. Déception également du côté des personnages, trop froids, trop réservés : le récit est avant tout une histoire d’amour et de passion hors à aucun moment le lecteur ne se sent porté par l’émotion. Ce sont les personnages secondaires qui parviennent au final à mieux tirer leur épingle du jeu, à commencer par les créatures magiques qui assistent avec tristesse ou résolution à la disparition de leur monde.

Avec « Immortel », Catherynne M. Valente signe un roman atypique qui ravira sans aucun doute les amateurs du folklore russe mais qui risque malheureusement fort de laisser les autres perplexes. Dommage, car cette histoire mêlant réalité et magie, amour et mort, est pourtant d’une grande richesse et dresse un portrait subtil et captivant de la Russie stalinienne.

Autres critiques : Gillossen (Elbakin) et Hermine Hémin (ActuSF)