Astérix et Obélix Au service de Sa Majesté

Titre : Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté
Cycle : Les Aventures d’Astérix et Obélix, Episode 4
Réalisateur : Laurent Tirard
Acteurs principaux : Gérard Depardieu, Édouard Baer, Guillaume Gallienne (de la Comédie française), Vincent Lacoste, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini, Catherine Deneuve, Charlotte Le Bon, Bouli Lanners, Dany Boon
Date de sortie française : 17 octobre 2012
Budget : 60 M€

Synopsis : 50 avant Jésus Christ. César a soif de conquêtes. A la tête de ses glorieuses légions, il décide d’envahir cette île située aux limites du monde connu, ce pays mystérieux appelé Brittania, la Bretagne. La victoire est rapide et totale. Enfin… presque. Un petit village breton parvient à lui résister, mais ses forces faiblissent. Cordelia, la reine des Bretons, décide donc d’envoyer son plus fidèle officier, Jolitorax, chercher de l’aide en Gaule, auprès d’un autre petit village, connu pour son opiniâtre résistance aux Romains…
Dans le village gaulois en question, Astérix et Obélix sont déjà bien occupés. Le chef leur a en effet confié son neveu Goudurix, une jeune tête à claques fraîchement débarquée de Lutèce, dont ils sont censés faire un homme. Et c’est loin d’être gagné. Quand Jolitorax arrive pour demander de l’aide, on décide de lui confier un tonneau de potion magique, et de le faire escorter par Astérix et Obélix, mais aussi Goudurix, car ce voyage semble une excellente occasion pour parfaire son éducation. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu…

Note 1.0

Astérix – Réfléchissez : si vous voulez cacher un arbre, le meilleur endroit, c’est… une forêt. Alors, si vous voulez cacher un tonneau, le meilleur endroit, c’est…
Obélix – Une forêt ?

À la fin du visionnage de cet Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté, j’ai envie de dire « Ouf ! Voilà qui est fait. » Après les très mauvaises idées dans Astérix et Obélix aux Jeux olympiques, je crois que j’ai encore moins aimé ce nouvel opus, qui arrive finalement beaucoup trop tôt après les autres pour vraiment apporter une patte intéressante à la série.


Ce genre de films est une cour de récréation offerte à de plus ou moins grands noms parmi les acteurs francophones, alors voyons un peu ce que nous propose le casting. C’est l’ennui dans ce genre de sagas, le casting évolue et les personnages se voient mis en scène par des acteurs largement différents. Ainsi, même si Obélix est une quatrième fois campé par Gérard Depardieu qui a fait sien ce personnage, Astérix, lui, a droit à un troisième interprète avec Édouard Baer, qui se trouve avoir joué le scribe de Numérobis dans le deuxième épisode : les producteurs s’en fichent, pourquoi pas en effet ? et puis c’est toujours un gag gratuit à incorporer dans les dialogues. Je ne vais pas m’étendre de trop sur les interprétations de certains comiques français, comme Valérie Lemercier ou Dany Boon qui m’ont violemment déprimé, pour plutôt m’attarder sur Guillaume Gallienne (Yves Saint-Laurent, Les garçons et Guillaume, à table !) qui, même s’il est loin d’avoir un rôle des plus simples ni des plus attrayants, en l’occurrence Jolitorax, le cousin breton d’Astérix, est plutôt captivant dans sa fausse perfection et son flegme à fleur de peau. Malheureusement, nous retenons surtout que les acteurs les plus connus avant ce film cabotinent à mort, dont Catherine Deneuve évidemment mais Gérard Depardieu n’est pas loin, seuls Édouard Baer et Fabrice Luchini (qui nous offre un César moins tout puissant mais plus torturé, c’est tout lui en même temps, il fait du Luchini) sont honnêtes. De son côté, je me demande bien comment Simon Astier (Kaamelott, Hero Corp) a pu se perdre en bidasse romain. Guillaume Gallienne se défend donc, esseulé, Édouard Baer et Fabrice Luchini ne sont pas trop mal ou font ce qu’ils peuvent, le reste n’est qu’à classer en pertes et fracas ! [NdA : j’aurais pu sous-titrer chacune des photos de l’article par un « Mais qu’est-ce qu’on fait là ? », je me suis retenu.]

Passons maintenant à l’adaptation en elle-même. Contrairement à Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre qui copiait parfois au mot-à-mot les dialogues de la bande dessinée pour mieux les détourner, Au service de Sa Majesté nous propose des scènes complètement copiées-collées du livre original, mais tous les dialogues qui font pourtant le sel du scénario de René Goscinny ont été perdus en cours de route ! D’abord, du côté des Bretons, pourquoi un si gros rapprochement avec la reine d’Angleterre d’aujourd’hui ? Il fallait juste caser un rôle « digne » de Catherine Deneuve ? Or, rien que dans le titre, les petits Gaulois sont les serviteurs des Bretons : l’idée même me semble tellement incohérente, tellement foireuse que c’en est ridicule. Il s’agit au départ de camaraderie, d’entraide face à un envahisseur commun. Du côté des envahisseurs, nous pouvons nous demander aussi : pourquoi avoir choisi les Normands en complément ? Le scénario colle largement à ce deuxième album adapté, mais est très mal dégarni et n’est là que pour caser, là aussi, un rôle à Dany Boon, dont la prestation est complètement inutile, malheureusement.

Pour finir, il est très difficile d’adhérer aux différents choix scénaristiques et proprement cinématographiques. Le plus flagrant dès le départ est celui des accents. Ceux-ci sont, pour la plupart, ridicules, avouons-le ; seul Guillaume Gallienne s’en sort quelque peu avec son rôle atypique de Jolitorax. Certains sont même très spéciaux, notamment l’accent germanique de l’ « ambassadeur » romain ! Deuxièmement, quitte à adapter une magnifique œuvre française, pourquoi en faire un long-métrage aussi fade et spectateur de sa simplicité ? Pourquoi se contenter de gags faciles, de références du même état et de passages musicaux mal maîtrisés ? Il y a sûrement, sur ce point, un gros manque de maîtrise vis-à-vis du public visé : d’un côté, les gags sont clairement pour un public très jeune (facilité, bruitages, ustensiles ridicules, etc.) ; de l’autre, le contenu se place, à l’inverse, dans un registre très adulte (ironie cachée voire allusions sexuelles dissimulées, culture politique, nationalismes, références cinématographiques à Star Wars et 300, rien que ça !). Enfin, notons que la musique est particulièrement épique, Klaus Badelt oblige, mais tombe complètement à l’eau vis-à-vis des scènes où elle est utilisée. Passons aussi très vote sur l’intervention des BB Brunes qui complètent ce raté musical par des incorporations redondantes dans le film et surtout la scène finale. Celle-ci est longue, si longue, et musicale en plus. Elle nous flagelle violemment au terme d’une conclusion bien mièvre, où je n’ai reconnu, dans leur attitude, ni Astérix ni Obélix ! Un comble.

D’albums franchouillards et rigolards, « Astérix chez les Bretons » et « Astérix et les Normands », nous obtenons une aventure insipide qui met largement en valeur le patrimoine national britannique. Un comble évidemment. Pour moi, le moins bon des quatre adaptations cinématographiques en prises de vue réelles.