Kamandi 1

Titre : Kamandi, tome 1
Série : Kamandi, le Dernier Garçon de la Terre
Scénariste et Dessinateur : Jack Kirby
Éditeur : Urban Comics (DC Archives)
Date de publication : 11 octobre 2013 (1972-1974 en VO chez DC Comics)

Synopsis : Kamandi, ou les aventures du dernier garçon de la Terre, est l’une des oeuvres de Jack Kirby qui marqua le plus profondément toute une génération de lecteurs.

Note 3.5

Le prince-tigre Tuftan – Il n’est pas près de reprendre son fouet !
Kamandi – Une bonne nouvelle pour cette fille et ces gens dans l’enclos !
Le prince-tigre Tuftan – Une fille… des gens… ! Tu parles de ce bétail comme s’ils étaient humains !

Qu’est-ce que c’est que ce gros volume blanc avec des vieux dessins et un nom à coucher dehors ? C’est Kamandi, bien sûr, le Dernier Garçon de la Terre ! Que voilà une dénomination bien archaïque, et ce n’est pas pour rien, puisque nous entrons dans un univers mythique créé dans les années 1970 par le « King des comics », Jack Kirby !

Pour d’évidentes raisons éditoriales anticipant un flop possible, Urban Comics nous propose une énorme intégrale (première d’un diptyque) d’une série faite exclusivement pour le format très classique des comics, vingt pages avec un cliffhanger happant le lecteur à la dernière page pour le faire revenir au numéro suivant. Autant dire tout de suite que lire les vingt premiers épisodes de cette série datée, que nous le voulions ou non, pourra être une épreuve pour certains lecteurs. En effet, il est déjà évident que vous ne lirez pas le tout d’une seule traite, et que vous échouerez à ne pas faire d’overdose de titres déclamant « Kamandi, Le Dernier Garçon de la Terre ». Pour autant, il aurait été impossible de faire acheter et lire cette série de nos jours en la re-publiant sous une autre forme que ce DC Archives très volumineux, alors profitons de cette occasion qui nous est donnée de lire un comics qui semble avoir inspiré bon nombre d’auteurs jusqu’à aujourd’hui.

Jack Kirby, qui officie à la fois au scénario et au dessin, nous propose une aventure faite pour ceux qui achetaient le plus de comics dans les années 1970 : les jeunes garçons. En effet, que nous propose-t-on ? Dans un scénario marqué par La Planète des singes, roman de Pierre Boulle de 1963, nous découvrons Kamandi (contraction de Command-D), cheveux longs et vêtements courts (voire absents parfois), qui s’extrait de son bunker natal, perd son grand-père et part à la découverte du monde issu d’une apocalypse planétaire (grande catastrophe jamais vraiment précisée). Ce qu’il découvre le décontenance évidemment : les animaux ont pris le pouvoir, sont les véritables maîtres de la Terre puisqu’ils maîtrisent la parole et technologie, tandis que les êtres humains ne sont que des bêtes, main-d’œuvre servile pour ces nouveaux maîtres. C’est ainsi l’occasion de croiser gorilles, lions, léopards et autres rats. Incompréhension, naïveté et perte de repère, voilà les sentiments du jeune héros qu’il convient de constamment prendre dans le second degré puisqu’ils visent un public bien précis, tout en étant profondément ancrés dans leur époque. En effet, cette histoire vraiment datée insiste sur une considération écologique inexistante, une organisation très dirigiste de la société et une place des femmes bien ridicule.

Si tout cela peut faire peur à bien des lecteurs, il ne faut pas s’arrêter à ce point de départ. Effectivement, il faut plutôt saluer l’art de l’écriture de Jack Kirby qui maîtrise un incroyable sens du rythme et enchaîne les événements troublants sans jamais lasser. C’est surtout les considérations sous-jacentes au scénario qui gêneront davantage, puisque nous ne sommes pas toujours habitués à ces traditions éditoriales de nos jours (quoi que…). Ainsi, l’histoire est uniquement centrée autour du territoire des États-Unis, les stéréotypes sont légion, les réflexes bien malheureux, politiquement incorrects pourrait-on même dire aujourd’hui. Mais voilà, pour l’époque (et c’est ô combien important de le préciser dans le cas présent), nous avons là un récit vraiment vivant, survolté, innovant et enrichi. Dans le dessin comme dans la narration, il y a de la recherche derrière. Bien sûr, certains pourront trouver que l’enchaînement des péripéties font trop « petit garçon contre le reste du monde », mais reconnaissons à Jack Kirby un sens du cliffhanger et de l’envolée épique indéniable.

Finalement, c’est un beau volume d’archives qu’il s’agit ici de découvrir, avec des qualités de rythme et de narration, mais les défauts de son temps entre archaïsmes, mauvais réflexes et tropisme masculino-états-unien. Malgré cela, c’est un ouvrage que j’ai plaisir à trouver dans ma comicsothèque et je remercie Urban Comics comme Babelio de m’avoir permis de le découvrir.