Focus #12 : La collection RéciFs (éditions Argyll)

À la rentrée littéraire 2024, les éditions Argyll, toute jeune maison d’édition rennaise, proposait une nouvelle collection, RéciFs. Fabrique de récits courts à la croisée des genres, écrits par des autrices du monde entier, RéciFs a une charte graphique conçue par Anouck Faure et a pour objectif de publier autour de 6-7 ouvrages par an.

Le Bracelet de Jade, de Mu Ming
1640, treizième année du règne de l’empereur Chongzhen. Alors que la dynastie au pouvoir affronte de nombreux remous, la jeune Chen se rend, accompagnée de son père, à la Foire des Lanternes sur le Mont du Dragon. Émerveillée par mille lumières, Chen s’égare et se retrouve face à un étrange commerçant qui lui offre un magnifique bracelet de jade. Le bijou exerce bientôt une grande fascination sur la jeune fille, au point que ses rêves la projettent dans un monde étrange. Au fil des discussions avec son père, ancien haut-fonctionnaire qui se consacre désormais aux arts de la calligraphie et des jardins, Chen découvrira que les chemins de la vie se tissent autant dans les aspérités du vide que dans les souffles suspendus du temps.
Le Bracelet de jade est une belle relation père-fille dans la Chine de l’époque moderne, un récit ultra référencé haut de gamme.

L’Agneau égorgera le lion, de Margaret Killjoy
Après des années passées sur la route, Danielle Cain débarque à Freedom, une ville de l’Iowa squattée par des anarchistes, à la recherche d’indices sur le suicide soudain de son meilleur ami. Sur place, l’ambiance a tourné à l’aigre depuis que les habitants ont invoqué un esprit protecteur, un cerf rouge sang à trois bois. À la fois juge et bourreau, l’animal commence à se retourner contre ses invocateurs. Danielle espérait élucider les circonstances d’une mort mystérieuse, mais c’est peut-être bien tout une communauté anarchiste qu’elle devra sauver !
L’Agneau égorgera le lion est un récit de survie d’un groupe d’anarchistes face à une créature surnaturelle, un récit très efficace !

Foodistan, de Ketty Steward
« Pour le dire clairement, mes parents et mes grands-parents sont nés dans la ville souterraine de Hungerland, persuadés, comme moi, comme beaucoup d’entre nous, d’être dans la dernière ville peuplée par des humains ; acceptant, de ce fait, les règles imposées par ceux qui se présentaient comme des sauveurs : nos employeurs. » Après la Faim du monde, la France est devenue le Foodistan. Les anciennes divisions sociales ont disparu, désormais remplacées par des régimes alimentaires : panivores, capacivores, pastavores… Chacun de ces régimes façonne ses propres mythes, sa propre langue, ses propres coutumes, ses propres recettes. Dans un monde où la poursuite de la sustentation est devenue la quête essentielle de tous et toutes, le destin de Maelle l’emmènera à travers les différentes strates du Foodistan. Au fil de rencontres extravagantes, elle découvrira les régimes les plus excentriques et s’enrichira de nouvelles recettes. Au risque de publier son propre livre de cuisine ?
Foodistan est un très court récit sur l’après « Faim du monde », presque un pastiche des récits de survie, mais là la réorganisation sociale s’est faite autour de nos modes d’alimentation, un récit parfois poétique et volontiers tourné vers la compréhension de chacun·e.

Les Morts posséderont la terre, de Margaret Killjoy
Désormais en cavale, Danielle Cain et son équipe d’apprentis chasseurs de démons atterrissent à Pendleton, dans le Montana, après un accident de voiture. La ville, qui a connu des jours meilleurs, leur réserve bien des surprises : une bibliothèque occulte anarchiste, des habitants qui prétendent être revenus d’entre les morts, ou d’autres ayant carrément disparu sans laisser de traces. Voyant là l’occasion idéale de développer leurs compétences magiques, la bande de joyeux punks se met en tête de sauver la ville du nécromancien local, au risque de déclencher, au passage, rien moins que l’apocalypse elle-même !
Les Morts posséderont la terre font revenir Margaret Killjoy et l’héroïne de sa précédente novella dans un thriller paranormal où les anarchistes ont désormais maille à partir avec le surnaturel.

Hard Mary, de Sofia Samatar
La nuit de Noël, dans un village de Pennsylvanie appelé Jericho, les filles d’une communauté religieuse découvrent un buste féminin métallique abandonné derrière une grange : un robot fabriqué par Profane Industries, une mystérieuse entreprise qui, d’après la rumeur, cultive des moutons comme s’il s’agissait de légumes. Loin d’être effrayées, Lyddie et ses amies adoptent en cachette le robot et lui donnent un nom : Hard Mary. Sous leur aile bienveillante, l’étrange machine se comporte de plus en plus comme une humaine. Toutefois, même dans une communauté repliée sur elle-même, les secrets ne restent jamais longtemps des secrets… Les murs de Jericho résisteront-ils aux sirènes du changement ?
Hard Mary conte l’arrivée d’un robot dans une communauté religieuse féminine, un récit parlant d’intelligence, mais portant surtout sur les injonctions qui nous conditionnent.

Re-Start, de Katia Lanero Zamora
Comme quarante pour cent de la population mondiale, vous êtes en surpoids ? Vous ne vous reconnaissez plus dans le miroir ou vous n’osez même plus vous y regarder ? La nourriture vous contrôle ? Rejoignez dès maintenant Re:Start. Disciplinez-vous et dites adieu aux mauvais comportements. Car vous êtes une déesse et votre corps est un temple. Il y a celles qui se donnent des excuses et celles qui se donnent des chances… Et vous, que choisissez-vous ? Mona a intégré le prestigieux village Re:Start, une communauté entièrement dédiés à la beauté des femmes. Ses habitantes, les Lumineuses, sont prêtes à embrasser leur féminité et à saisir l’opportunité de devenir des déesses grâce au programme sportif et aux gélules minceur préconisés par leur modèle et mentore, Geneviève. Mona a gravi les échelons, elle est désormais Semeuse. Tout semble parfait dans ce paradis des corps et de la féminité… jusqu’au jour où sa meilleure amie perd le contrôle. Y aurait-il une faille dans ce programme de rêve ?
Re:Start nous plonge dans le monde renfermé d’une secte centrée sur le culte du corps féminin parfait, un récit oppressant d’anticipation coup-de-poing.

Briser les os, de Cassandra Khaw
John Persons est détective privé et son dernier job a tout du plan foireux : un enfant de onze ans l’a engagé pour tuer son beau-père, un certain McKinsey. Après quelques recherches, il apparaît que l’homme en question n’est pas seulement abusif, toxique et violent, c’est aussi un monstre venu… d’ailleurs. Heureusement, John Persons n’est pas un simple détective. Familier des forces occultes, il a, au cours de son existence, traqué et anéanti des démons et des dieux. En fait, le seul souci lorsqu’on affronte un monstre, c’est de ne pas lâcher la bride à sa propre monstruosité.
Briser les os est un polar lovecraftien portant sur l’infantisme et les violences intra-familiales. Un récit d’horreur très maîtrisé !

Chanter le silence, de Cassandra Khaw
Deacon James est un bluesman hanté par sa musique et la mort de son père. Lorsque sa route croise celle de John Persons, un type qui prétend que le musicien abrite dans sa tête quelque chose de dangereux, il choisit de l’ignorer. Mais voilà qu’à un concert, son saxophone n’invoque pas seulement les hourras du public d’Arkham, mais aussi des visions de cauchemar. Pourchassé, Deacon prend ses jambes à son cou et tombe sur une jeune fuyarde, infectée par le même mal que lui. Tandis qu’ils tentent de quitter Arkham ensemble, la chanson dans la tête de Deacon gagne en force. Il sait que, bientôt, il ne pourra plus l’ignorer…
Chanter le silence est un autre thriller lovecraftien abordant cette fois le racisme dans l’Arkham des années 1920, un récit délicieusement cauchemardesque !

Colorer le monde, suivi de Qui possède la Lune ?, de Mu Ming
Fille d’une artiste dotée d’une vision exceptionnelle grâce à une mutation génétique rare, la jeune Aimi souffre d’un sentiment d’exclusion à cause de sa vue « non corrigée », dans une société où les implants ont changé la perception du monde. Toutefois, depuis la découverte de L’Odyssée et sa description de la mer « vineuse » par Homère, la jeune fille se pose des questions sur la subjectivité des couleurs. À l’âge de douze ans, elle convainc ses parents de lui permettre l’implantation de correcteurs rétiniens afin d’élargir son spectre de vision mais, aussi, de mieux s’intégrer. L’opération est un succès, mais jusqu’à quel point ?
Retour de Mu Ming dans cette collection : pas encore lu par nos soins, mais ça ne saurait tarder.

Submergée, d’Arula Ratnakar
Confrontée à d’incontrôlables épidémies nées du dérèglement climatique, l’humanité a cherché dans les fonds marins une solution miracle à ses maux, exploitant la faune comme la flore, quitte à provoquer un désastre environnemental plus grave encore. Après la mort dans des circonstances tragiques d’une brillante scientifique, Nithya enquête sur ses travaux. À l’aide d’une technologie mémorielle, elle revit tous les moments importants de la vie sa consœur, de la recherche d’un remède à ses préoccupations les plus intimes. Mais à mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de l’autre femme. Jusqu’à ce que les limites entre elles s’estompent ?
C’est le 10e ouvrage de la collection et c’est le prochain à sortir, en février 2026 !
La collection RéciFs est désormais bien lancée avec dix ouvrages en un an et demi d’existence. Elle propose un imaginaire original avec des visions du monde très variables. Il n’y a plus qu’à partir pour l’aventure !

Re:Start est encore en vadrouille chez un ami…


