Fantasy

Le voleur de la Reine, tome 1 : Le voleur

Titre : Le voleur
Cycle/Série : Le voleur de la reine, tome 1
Auteur/Autrice : Megan Whalen Turner
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Date de publication : 2025 (octobre)

Synopsis : Imaginez une contrée aux accents méditerranéens: champs d’oliviers, montagnes rocailleuses, soleil sec sur les murs épais de cités antiques. Au nord, de puissants pays continentaux ; au sud, l’immense Empire mède. Entre les deux : une péninsule habitée de peuples aux noms grecs, qui partagent une langue, quelques dieux, mais sont divisés en trois royaumes : Eddis, Sounis et l’Attolie. Eddis, niché au cœur de la chaîne d’Héphestial, est isolé mais stratégique, protégé par ses montagnes, fort d’une route commerciale clé et d’un atout humain inestimable. Le roi de Sounis rêve d’en conquérir la reine, dont l’alliance lui ouvrirait la voie vers l’unification de la péninsule. La reine d’Attolie, glaciale et redoutable, doit quant à elle lutter contre ses propres barons et déjouer les manœuvres des Mèdes, prêts à s’imposer à coups d’intrigues et de machinations. C’est dans ce décor byzantin, fait de tractations, d’espionnage et de conflits ouverts ou feutrés, qu’intervient Gen, jeune voleur sounisien convaincu de pouvoir tout dérober – comme le Sceau royal, qu’il a volé dans les appartements du roi. Jeté en prison, il croupit jusqu’à ce que le plus puissant conseiller de Sounis, le Mage, lui propose un marché : voler une antique relique en échange d’une possible liberté.

Une série de fantasy des années 1990

Après s’être lancées dans la réédition de la bibliographie de l’auteur américain Michael McDowell (initiative récompensée par l’engouement du public pour la saga « Blackwater »), les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont fait le choix de donner une nouvelle chance à une série de fantasy parue à la fin des années 1990. « Le voleur de la reine » est une série en six tomes écrite par Megan Whalen Turner et, comme ce fut le cas pour les ouvrages de McDowell, elle bénéficie d’un écrin absolument magnifique qui ne pourra que tenter les bibliophiles. Le fond est-il toutefois à la hauteur de la forme ? Oui, en tout cas en ce qui concerne ce premier tome que j’ai éprouvé énormément de plaisir à lire. Tout commence par un homme, Gen, qui croupit depuis maintenant plusieurs semaines dans les cachots du roi de Sounis. Une cellule qu’il aurait du occuper indéfiniment, sa condamnation faisant suite au vol du Sceau royal que le filou aurait réussi à dérober jusque dans les appartements du roi. Notre héros voit toutefois sa peine miraculeusement écourtée lorsqu’un mage, principal conseiller du monarque, vient lui confier une mission qui, pour périlleuse qu’elle soit, a au moins le mérite de lui faire prendre l’air. En compagnie d’une troupe relativement réduite, Gen se voit en effet confier la lourde tâche de dérober une antique relique dont la localisation vient d’être découverte par le mage et qui pourrait bien être la clé des ambitions du roi de Sounis. Ce dernier rêve en effet d’unifier la péninsule sous son autorité, or les deux royaumes voisins tiennent farouchement à leur indépendance, qu’il s’agisse de celui d’Eddis, petit mais possédant une position stratégique majeure, ou celui, plus vaste mais aussi plus instable, d’Attolie. Indifférent à ces enjeux politiques, Gen entend bien faire par ce vol la démonstration de son talent, tout en profitant de l’occasion pour retrouver sa liberté.

Une intrigue classique mais efficace

Force est de constater que, au premier abord, l’intrigue ne brille pas spécialement par son originalité. L’autrice opte ici pour un arc narratif courant en fantasy, mêlant intrigues de cour entre royaumes, mission impossible et vieil artefact, autant d’éléments qu’on a l’habitude de voir réunis dans ce type de roman. Pourtant, en dépit du caractère en apparence très classique du récit, on se surprend à éprouver beaucoup de plaisir à suivre Gen dans une quête dont on devine bien qu’elle ne peut que mal tourner. L’essentiel de ce premier roman consiste à suivre le périple du voleur malchanceux et des quatre hommes choisis pour l’escorter et l’assister dans sa tâche. Des compagnons pas toujours très commodes et dont certains semblent poursuivre leur propre but, ce qui n’est pas sans provoquer des tensions au sein de la petite troupe. L’autrice parvient ici à trouver un équilibre intéressant entre l’exposition des grands enjeux politiques liés à cette opération et un côté plus intimiste avec l’évolution des relations entretenues entre les personnages. Par certains aspects, la première partie du récit fait penser à un huis-clos, et la traversée de grands espaces plus ou moins peuplées ne suffit pas à briser cette sensation d’évoluer en vase-clos. Les cinq protagonistes sont en effet contraints d’évoluer ensemble, et tous sont obligés de jongler avec ce qu’ils savent ou devinent les uns des autres, sans possibilité de faire demi-tour ou de laisser libre court à leur animosité. Megan Whalen Turner a pris soin ici de développer des personnages plus complexes qu’attendu, chacun possédant une personnalité bien affirmée qui se dévoile peu à peu au fil des rencontres et des épreuves affrontées pendant le voyage. Gen est quant à lui un protagoniste agréable, un peu roublard, doté d’une langue bien pendue et d’un solide sens de l’humour. Bref, typiquement le genre de héros auquel on s’attache facilement. C’est d’autant plus le cas que la simplicité initiale de l’intrigue se retrouve balayée dans le dernier tiers par des retournements de situation qui viennent agréablement surprendre le lecteur mais aussi brouiller encore davantage ce que l’on pensait savoir sur les personnages.

Influences grecques et importance de la mythologie

L’univers mis en scène dans cette série puise pour sa part ses inspirations dans la Grèce antique et l’époque byzantine, influence discernable dans le choix des noms aussi bien que dans la description des paysages. La péninsule que se partagent les royaumes d’Eddis, Sounis et d’Attolie fait en effet immédiatement penser à la Méditerranée, avec ses paysages ensoleillés, ses grandes étendues boisées et la proximité de la mer. La mention d’un empire mède voisin qui constitue depuis des années une menace pour la toute petite péninsule incite également à faire le rapprochement avec le contexte grec de l’Antiquité. L’autrice accorde aussi une grande importance à la mythologie qui exerce une nette influence sur ses personnages. Là encore les noms choisis encouragent à faire un parallèle avec le panthéon grec, même si l’autrice a su ici se distinguer en inventer ses propres divinités et ses propres récits. L’histoire de Gen est d’ailleurs entrecoupée de certains d’entre eux, relatés le soir au coin du feu par lui-même ou le mage qui l’accompagne, et ces petits intermèdes permettent aussi bien de poser le décor que d’interroger sur la transmission et la réappropriation de ces récits mythologiques en fonction des zones géographiques ou des origines sociales. Les dieux et déesses du panthéon de Megan Whalen Turner ont d’ailleurs un rôle plus important à jouer que ici celui de simples personnages de légendes, et cet aspect du récit m’a beaucoup fait penser aux romans de Javier Negrete et à sa « Chronique de Tramorée » dans laquelle les divinités se permettaient elles aussi d’intervenir par caprice ou calcul dans les affaires des mortels.

Premier tome d’une série qui en comportera six, « Le voleur » est un roman de fantasy certes classique mais néanmoins réussi. Sublimée par un écrin remarquablement soigné, cette histoire de voleur en quête d’un vieil artefact destiné à satisfaire les velléités d’expansion d’un roi ambitieux séduit aussi bien par la qualité de la plume de l’autrice que par son univers ensoleillé inspiré de la Grèce antique, mais aussi par la qualité de ses personnages, plus nuancés et complexes qu’il n’y paraît. La suite attend déjà dans ma PAL !

Voir aussi : Tome 2 ; Tome 3 ; Tome 4 ; Tome 5 ; Tome 6

Autres critiques : Les blablas de Tachan

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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