Fantasy

L’étroit chemin entre les souhaits

Titre : L’étroit chemin entre les souhaits
Auteur : Patrick Rothfuss
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2025

Synopsis : Bast sait marchander. Il connaît les subtilités des compromis et des concessions aussi bien que le fond de sa poche et à le voir faire, on dirait un peintre devant son chevalet. Mais même un maître n’est pas à l’abri d’un faux pas… En acceptant un présent sans contrepartie, Bast provoque un séisme qui va ébranler jusqu’aux fondations de son monde. Pour la première fois de sa vie, ce négociateur hors pair se retrouve redevable. L’espace d’une journée, de l’aube au crépuscule, accompagnez le plus séduisant des Faes des Quatre Coins de la civilisation tandis qu’il manigance et trafique, défiant le danger avec la grâce d’un danseur de ballet. Voici donc l’histoire de Bast. Il y retrace les anciennes manières de faire et de défaire en n’écoutant que son cœur. Y compris lorsque celui-ci l’entraîne sur des chemins hasardeux. Et au diable la prudence si elle doit le tenir éloigné du péril comme des plaisirs !

Par une belle journée d’été…

Cela fait maintenant plus de quinze ans qu’est sorti en France le premier tome des « Chroniques du tueur de roi ». Un deuxième volume a suivi peu après, mais la suite n’est, à ce jour, toujours pas d’actualité. Patrick Rothfuss a cependant entrepris de nous faire patienter, d’abord avec un premier court roman indépendant consacré à l’un des personnages de la série (« La musique du silence »), puis avec celui-ci qui, sur le même principe, propose d’explorer plus avant le mystérieux apprenti du héros, Bast. L’ouvrage est magnifique, avec ses ornements sur la tranche et ses illustrations intérieures signées Nate Taylor. Le problème, c’est que n’est mentionné à aucun moment sur la quatrième de couverture qu‘il s’agit en réalité d’une réécriture d’une nouvelle déjà publiée : « L’arbre-éclair » (parue en France dans l’anthologie « Vauriens » publiée par Pygmalion). Or, cette nouvelle, je l’avais déjà lu, et, si le texte devenu « L’étroit chemin entre les souhaits » a effectivement beaucoup évolué par rapport à sa forme initiale, je me suis un peu sentie flouée en lisant l’avant-propos de l’auteur. Heureusement, le récit ne tarde pas à nous entraîner et c’est avec plaisir et curiosité que l‘on suit par le menu la journée de Bast, apprenti de l’aubergiste que nous connaissons sous le nom de Kvothe. Une journée à la fois bien remplie et relativement calme, le jeune homme se contentant de se déplacer d’un bout à l’autre du village ou de ses alentours au gré de ses envies ou de ses affaires. Des affaires qui impliquent des enfants du coin, Bast proposant de les aider à trouver des mensonges convaincants pour obtenir ce qu’ils veulent de leurs parents ou pour se sortir de la panade sans se faire gronder. En échange, il récolte des secrets, des faveurs, qui lui permettent de tout savoir du village et ses habitants. Seulement, lui qui est habitué à marchander comme personne et à toujours rendre les autres redevables, va se retrouver en mauvaise posture après avoir accepté pour la première fois une offrande sans contrepartie.

Une intrigue qui sort de l’ordinaire

Le roman est court (moins de deux cents pages) et est découpé en plusieurs chapitres qui permettent de se repérer dans le déroulement de la journée. Le récit est assez déroutant dans le sens où, contrairement à ce qu’on trouve dans la plupart des histoires, celle-ci se révèle relativement paisible. Non pas qu’il ne s’y passe rien, au contraire, mais l’essentiel de l’intrigue consiste en de simples conversations, tractations ou échanges de secrets entre Bast et les enfants. Les enjeux évoqués sont relativement peu élevés, et surtout l’intrigue se caractérise par l’absence quasi totale de conflit. Le village de Bast n’est certes pas celui des Bisounours, et certains habitants et habitantes vivent ou ont vécu des choses terribles, toutefois rien de cela ne constitue le moteur de l’intrigue. Paisible est effectivement le mot qui convient le mieux à cette histoire consacrée à une belle journée d’été, remplie de petits moments de grâce et de quelques tracas. Le personnage de Bast est difficile à cerner et n’est pas toujours très sympathique, celui-ci pouvant se montrer dur ou retors avec les enfants sollicitant son aide, mais ses actes révèlent malgré tout un bon cœur. Les illustrations de Nate Taylor sont vraiment magnifiques, même si j’ai toujours du mal avec les représentations de personnages qui ne collent pas souvent avec ce que j’imaginais. C’est le cas de Bast dont la représentation en éphèbe brun ténébreux au corps parfait ne correspond pas du tout à ce que j’avais en tête. Les enfants mis en scène sont tous attachants et bien construits, ma seule déception résidant dans les personnages féminins qui ne sont pas nombreux, peu développés, et réduites au rang de spectatrices ou d’enjeux amoureux.

Réécriture d’une nouvelle déjà publiée, « L’étroit chemin entre les souhaits » est un court roman dans lequel Patrick Rothfuss renoue avec l’univers du « Nom du vent » et avec le personnage de Bast que l’on va suivre le temps d’une journée. Joliment illustré, le récit se distingue par son absence de gros enjeux, de conflits ou de véritable antagoniste, ce qui en fait une lecture un peu déroutante moins néanmoins agréable.

Autres critiques :

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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