Science-Fiction

Rempart, tome 3 : La chute de Koli

Titre : La chute de Koli
Cycle/Série : Rempart, tome 3
Auteur : M. R. Carey
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2022 (setembre)

Synopsis : « Je me suis mis en chemin quand on m’a déclaré anonyme et qu’on m’a chassé de mon village dans la vallée de la Calder. Je suis descendu vers le sud, depuis le nord sauvage de l’Engleterre jusqu’au village de Poisson-foison, au bord du grand lagon où se trouvait le Londres disparu. Puis j’ai navigué sur l’océan jusqu’à ce qui s’appelait l’Épée d’Albion, qui devait être, dans mon idée, la fin de mon voyage. C’en était pas la fin, ça non, comme vous allez le voir si vous restez avec moi tout au long du présent et dernier récit. Le plus important – et le plus terrible – était encore à venir. »

Aux armes !

Avec « La chute de Koli », M. R. Carey nous livre la suite et fin des aventures de son héros dont le premier épisode est paru en 2021. La trilogie a donc bénéficié d’un rythme de publication exceptionnellement rapide plutôt agréable qui permet de ne pas perdre le fil et de rester immergé dans l’histoire. [Attention SPOILER : Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de découvrir les deux premiers tomes je vous suggère de passer directement au paragraphe suivant au risque de vous voir révéler certains pans de l’intrigue.] On retrouve donc ici nos deux narrateurs habituels, l’un comme l’autre dans de beaux draps. Koli, lui, est enfin parvenu à trouver l’origine de l’émission de radio entendu il y a des mois. Toujours accompagné de Monono, une IA consciente enfermée dans une simple console de divertissement portative, et d’Ursula et Tasse, deux femmes rencontrées en cours de route, notre héros cherche toujours à mener à bien le projet fou de lutter contre la chute de la natalité humaine en reliant les villages épars d’Angleterre les uns aux autres et en soignant les malformations génétiques à l’aide d’un vieil appareil de diagnostique hérité de notre monde. Seulement ce qu’il découvre se révèle bien plus complexe que prévu. L’épée d’Albion, l’origine du signal, est en effet un navire gigantesque sur lequel vivent trois personnes étranges aux motivations floues et à la surveillance desquelles notre petit quatuor ne peut visiblement plus échapper. Toupie, quant à elle, prépare le village de Mythen-Croyd à l’arrivée imminente des troupes de Half-Ax, une communauté voisine particulièrement belliqueuse et bien déterminée à écraser toute résistance locale. Bien que sous-équipés et nettement surpassés en nombre, les habitants disposent malgré tout d’atouts à exploiter, à commencer par leurs nouveaux techs (comprenez des technologies avancées datant d’avant la disparition de nos sociétés) récupérés lors de leur dernière escarmouche dans la vallée de la Calder. Seulement leur utilisation pose la question du secret jalousement gardé par la famille des Remparts qui ment depuis des années en faisant croire que ces appareils ne sont destinés à se réveiller que pour un porteur en particulier, s’assurant ainsi une position de suprématie incontestable dans le village. Mais comment révéler la vérité dans le contexte d’une guerre ouverte qui met déjà le village en ébullition ?

Fascisme, guerre et IA

On prend toujours autant de plaisir à explorer l’univers de M. R. Carey qui met en scène une Angleterre bien des décennies après la disparition de nos civilisations et dont la population, répartie en de toutes petites communautés éloignées les unes des autres, décroît inexorablement. L’humanité est donc menacée d’extinction à long terme, victime à la fois du manque de renouvellement génétique et de l’hostilité de son environnement direct. La faune, et surtout la flore, sont devenus ouvertement agressifs et, lorsque le soleil leur redonne de la vigueur, n’hésitent pas à s’en prendre directement aux humains. Cet aspect là est cependant moins exploité que dans les premiers tomes, celui-ci se concentrant davantage sur le gouvernement intérimaire, une appellation mystérieuse qui avait déjà été utilisé sans plus d’explication par d’anciens techs et dont on comprend à demi-mots qu’il fut le dernier avant la disparition progressive de tout appareil étatique. L’histoire prend alors un tournant assez inattendu, Koli se retrouvant directement confronté à l’idéologie portée par la figure emblématique de ce mouvement, clairement apparenté au fascisme (suprématie blanche, nationalisme, culte du chef, haine de la démocratie…) Le propos n’est pas inintéressant, loin de là, mais il tranche légèrement avec l’ambiance instaurée jusqu’ici dans la mesure où il met en scène des événements et des idées qui n’ont aucun sens pour les habitants actuels de cette Angleterre dont l’orthographe exacte à même disparue (c’est le terme Engleterre qui est utilisé, d’autres mots ou expressions ayant aussi subi des évolutions et transformations). Heureusement, l’histoire de Toupie est, elle, toujours aussi captivante, celle-ci entreprenant de communiquer et d’apprendre de l’IA sur laquelle elle est parvenue à mettre la main. On assiste avec fébrilité aux préparatifs du village pour repousser l’attaque et on se plaît à suivre les plans imaginés par les Remparts pour compenser leurs désavantages initiaux. Que les chapitres soient consacrés à Toupie ou Koli, l’action se situe au cœur de l’intrigue de ce troisième tome qui laisse ainsi moins de place aux sentiments des personnages et à l’évolution de leurs relations. Pour toutes ces raisons, cet ultime opus est sans doute le moins réussi de la trilogie, tout en restant de bonne facture et agréable à suivre.

Héros et héroïnes ordinaires

S’il est un aspect qui demeure constant du début à la fin de la trilogie et qui fait une grande partie de son charme, c’est la qualité apportée aux personnages. Koli est un protagoniste auquel on s’identifie sans mal et qui séduit par sa maladresse, sa discrétion et sa gentillesse qui le placent parfois dans des situations inconfortables. Sa relation avec Monono est toujours aussi touchante, celle-ci faisant à la fois office de protectrice, mentore, ou tout simplement amie. L’IA se voit d’ailleurs accorder ici quelques chapitres en tant que narratrice, une nouveauté qui permet de mieux cerner ses capacités exceptionnelles mais aussi sa part d’humanité. Toupie est quant à elle plus affirmée, et ce dès le départ, mais connaît elle aussi de sacrées transformations à mesure qu’elle en vient à comprendre le fonctionnement des techs et à ainsi remettre en cause une bonne partie de ce qu’on lui a inculqué toute sa vie. La façon dont l’humanité utilise la technologie et la relation qu’elle entretient avec ses créations les plus avancées en terme d’intelligence et de conscience figure ainsi au cœur de la réflexion portée par M. R. Carey qui opte pour une position nuancée. Sans diaboliser (les IA sur lesquelles tombent Koli et Toupie leur permettent de remettre en question le cadre avec lequel ils ont grandi et de s’ouvrir sur le monde), ni idéaliser (les techs sont responsables de destructions massives et majoritairement usées pour s’imposer par la force), l’auteur dresse le portrait d’une société ambivalente, à la fois archaïque du point de vue du mode de vie mais aussi remplie de vestiges particulièrement évolués de notre époque. Le sous-texte écologique est, lui aussi, assez clair et se manifeste tout au long de la trilogie dans laquelle l’auteur expérimente de nouveaux types de fonctionnements communautaires et surtout un autre rapport à l’environnement.

« La chute de Koli » met un terme à la trilogie « Rempart », une œuvre captivante mettant en scène une Angleterre post-apo dans laquelle les arbres représentent le principal danger pour l’humanité, à deux doigts de l’extinction. Les réflexions de l’auteur sur l’écologie, notre rapport aux nouvelles technologies, ainsi que sur différents types d’organisations politiques sont de qualité et s’intègrent parfaitement au récit. La plus grande force de ces romans reste cela dit ses personnages, à commencer par Koli, un protagoniste touchant, bien loin des stéréotypes du héros de fantasy charismatique, et qui entretient une relation attendrissante avec une IA dotée d’un sacré sens de l’humour. Une belle aventure, donc, qui ravira les amateurs de romans post-apo plus « posés » (quoique…), à l’image de l’excellent « Un gars et son chien à la fin du monde » de Charlie Fletcher.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Le nocher des livres

Antiquiste passionnée d’art, de cinéma, de voyage et surtout grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement).

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