Séance cinéma : Grâce à Dieu

6 mars 2019 2 Par Boudicca

Titre : Grâce à Dieu
Réalisateur : François Ozon
Acteurs : Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud.
Date de sortie : 2019 (20 février)


Le nouveau film du réalisateur François Ozon s’intéresse à un sujet délicat mais d’actualité : la manière dont l’église gère (ou plutôt ne gère pas) le problème de la pédophilie en son sein. Inspiré de faits réels qui se sont déroulés à Lyon, le long-métrage raconte le combat mené par les victimes d’un prêtre pédophile, le père Preynat, qui a reconnu avoir abusé de nombreux enfants. Le premier problème c’est que, dans la plupart des cas, les faits remontent à plus de vingt ans et sont donc prescrits. Le second, c’est que les hautes instances de l’église (le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, en tête) ne semblent pas avoir pris conscience du problème. Pire, au fil des preuves de plus en plus accablantes apportées par les victimes, l’église tente d’étouffer l’affaire et ne prévoit aucune sanction à l’égard du prêtre, qui continue par ailleurs de célébrer la messe et de donner des cours de catéchisme à des enfants : il ne sera jamais question de lui retirer son statut de prêtre.

Le principal atout du film tient à la performance de ses acteurs, à commencer par celle des trois victimes autour desquelles est centrée l’intrigue et qui sont ici incarnés par Melvil Poupaud, Denis Ménochet (déjà excellent dans « Jusqu’à la garde ») et Swann Arlaud. En dépit de la dureté de son sujet et du trouble qu’il ne manque pas de susciter, le film reste très sobre, si bien que, contrairement à mes craintes, le spectateur n’est jamais submergé par l’émotion. C’est d’ailleurs l’un des reproches qu’on peut lui apporter : même si la souffrance des victimes est évoquée avec beaucoup de sensibilité, le ton paraît souvent trop froid, le regard trop distant. On peut également critiquer l’enchaînement des portraits qui traînent parfois en longueur et qui auraient peut-être mérités d’être davantage mêlés au lieu d’être présentés les uns à la suite des autres. On peut en revanche saluer la diversité des personnages, puisque tous les « profils » sont représentés : un riche catholique convaincu, un athée tout aussi convaincu appartenant à la classe moyenne, un homme instable aux fins de mois difficiles et encore rongé par le traumatisme qu’il a vécu enfant.

Un film intéressant mais dont le traitement très « sage » aurait peut-être mérité d’être un peu plus tranché.

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