RIP

Le poète haïtien Jean Métellus est mort samedi 4 janvier 2014, à Paris, à l’âge de 77 ans.


Débarqué en 1959 de son Haïti natale dominée par la famille Duvalier, Jean Métellus avait fini ses études de médecine en France et devint un neurolinguistique de renommée internationale. Pour celui qui affirmait « la poésie est le nerf de la vie », l’exercice littéraire fut rapidement le moyen de répondre à des enjeux multiples, même de manière limitée. Lutte contre la dictature dans son pays, lutte contre le racisme ambiant en France, lutte aussi sous forme de psychanalyse personnelle, la poésie relève de tous les genres. L’auteur de La Main et autres poèmes, Visages de femmes et Braises de la mémoire (également préfacier de plusieurs ouvrages sur Haïti) reçut plusieurs récompenses pour son œuvre, notamment le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie Française et le Prix international de Poésie francophone Benjamin Fondane, tous deux en 2010. L’ami de Maurice Nadeau, André Malraux et Aimé Césaire finit par les rejoindre à 77 ans.

À l’occasion de la sortie prochaine de l’ouvrage Appel à la poésie, 40 portraits de poètes d’aujourd’hui de Françoise Siri (Le Castor Astral-Le Printemps des Poètes, mars 2014), le site BibliObs proposait une dernière interview de ce grand poète maintenu disparu.

Son site officiel a été suspendu.

Haïti

Sur cette terre sans repos
Indiens exterminés
Africains transplantés
L’horreur recommencée

Sur cette terre sans repos
Disparaissent sans écho
Projets à peine éclos
Menteurs toujours dispos

Sur cette terre sans repos
Gestes et souffle éperdus
Miel et fiel confondus
La vie comme pourfendue

Sur cette terre sans repos
Cousue de cicatrices
Offerte aux sacrifices
La mémoire se hérisse

Dans le scintillement du langage
Avec des mots de sang, d’orage
Sans peur, sans rancœur, sans tapage
L’homme vif transmet son héritage

Passé sondé sans préjugé
Hauts faits justement célébrés
Génocides, pillages dénoncés
L’histoire jaillit transfigurée