Titre : Humain.e.s. Trop humain.e.s
Auteur : Jeanne A. Debats
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2017 (novembre)

Synopsis : Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis une sorcière. Une vraie cette fois. Ignorée durant toute mon existence par mes consœurs, voilà que la Grande Mère a enfin décidé de m’intégrer dans un convent. Mais pas le temps de m’interroger sur cet étrange revirement de situation. Au même moment, tous les vampires du Cénacle Majeur viennent de périr dans un mystérieux attentat, laissant à l’étude notariale de mon oncle la délicate question de la succession à régler et la garde d’un étrange coffre qui attire bien des convoitises. Serait-ce à cause de lui d’ailleurs qu’une pieuvre géante de l’espace s’est mise en tête de nous rayer de la surface de la Terre ? Ma parole, tout l’AlterMonde semble devenir fou au même moment. Il ne manquerait plus que la fin du monde…

Bibliocosme Note 3.0

Agnès, c’est fini !

Depuis toute petite, Agnès a la capacité de voir les fantômes partout où elle passe. Un pouvoir qui lui cause bien des déboires et qu’elle ne parvient pas à contrôler, faute d’être soutenue par ses sœurs sœurs sorcières qui refusent de la reconnaître comme l’une d’entre elles. Et pourtant, voilà que la Grande Mère la convoque un beau jour et lui annonce qu’elle fait désormais parti d’un convent comprenant deux autres sorcières, elles aussi à la marge. Comme un pépin n’arrive jamais seul, voilà également qu’on confie aux bons soins de son oncle un mystérieux coffre à n’ouvrir sous aucun prétexte sous peine de relâcher quelque chose de terrible sur la Terre. Et bien sûr, tout le monde ne tarde pas à se bousculer pour récupérer la précieuse boite, et pas tous avec tact et diplomatie… Le roman démarre sur les chapeau de roue et maintient un rythme a peu près semblable tout du long, ne laissant au lecteur et à l’héroïne que très peu de temps mort. L’action est donc au cœur de ce troisième (et dernier !) tome qui, en dépit de ses qualités, se place à mon avis légèrement en dessous des précédents, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, le rythme échevelé du récit implique forcément une augmentation des scènes d’action au dépend de moments plus intimistes et donc plus propices à favoriser l’attachement aux personnages. Si Agnès et Navarre sont toujours aussi sympathiques, on peine ainsi à se soucier du sort des nouveaux arrivants qui, bien que prometteurs, auraient mérité d’être davantage exploités. C’est le cas notamment des deux sorcières qui accompagnent désormais l’héroïne et que l’on voit bien trop peu, en dépit de quelques scènes, certes, assez spectaculaires.

Navarre super star

L’intrigue est pour sa part trop décousue ce qui donne à l’ensemble un petit côté brouillon. C’est notamment le cas des événements de 2034 concernant Agnès et le fameux coffre confié à l’étude qui ont tendance à partir dans tous les sens. Il en va d’ailleurs de même des (nombreuses) scènes de combat qui s’éternisent un peu trop et finissent bien souvent en grand n’importe quoi. On le ressent moins dans les chapitres dans lesquels Navarre prend lui-même la parole et nous relate sa jeunesse et les événements qui l’ont conduis à devenir vampire. Si on retrouve avec plaisir ce personnage caustique et attachant, il faut bien admettre que le lien entre ces passages au XIVe siècle et le reste du roman est relativement ténu au point qu’on se demande s’ils ne sont pas avant tout là pour relancer une future histoire à part mettant en scène le personnage (comme c’était le cas dans « Métaphysique du vampire ») plutôt que pour faire avancer celle qui nous est contée dans ce troisième tome. La dernière partie du roman est pour sa part beaucoup plus réussie, avec des rebondissements que l’on attendait pas (dont un qui s’avère être de taille !) et une fin qui clôt de manière satisfaisante l’histoire d’Agnès et de ses camarades. Enfin, l’humour, qui était certainement le plus gros point fort des précédents tomes, est quant à lui toujours présent mais pas aussi bien dosé qu’auparavant. Autant le second tome parvenait à être drôle tout en échappant à (presque) toute lourdeur (et pourtant, le thème était particulièrement cocasse !), autant c’est l’inverse qui se produit ici.

Alouettes

Lourdeurs et maladresses

Certaines boutades de l’auteur font bien sûr encore mouche, de même que les pics plus ou moins subtiles envoyées à la face des religions en général (et du christianisme en particulier), des machos ou encore de la police. Seulement l’accumulation de métaphores vaseuses et de comparaisons douteuses finit par venir à bout du lecteur. La quinzaine de notes de bas-de-page qui émaillent l’ouvrage se révèlent par exemple relativement inutiles, soit parce qu’elles renvoient à des termes rarissimes et de toute évidence insérés dans le texte uniquement parce que l’auteur avait une blague à faire dans sa définition, soit parce qu’elles servent de traductions alternatives à des passages en grec ancien / vietnamien ou autre langue étrangère. Ce dernier aspect est d’ailleurs assez agaçant : personnellement, j’adore le grec ancien, mais quel est l’intérêt pour le lecteur d’être confronté à plusieurs reprises à des passages entiers en cette langue que, de toute évidence, très peu de personnes maîtrisent. Pourquoi ne pas proposer directement la traduction ? D’autres procédés ont également perturbé à plusieurs reprises ma lecture, à commencer par le nom donné à certains personnages. Le chat d’Agnès répond ainsi tout au long du roman au nom de « Peut-être Pétronia », tandis que l’espèce de poulpe venu attaquer l’étude est fort commodément surnommé « ON ». Alors certes, c’est rigolo les deux ou trois premières fois, mais au bout de quinze ou vingt occurrences ça devient franchement pénible. Comme le titre du roman le laissait penser, l’auteur s’essaye également à quelques reprises (heureusement peu nombreuses) à l’écriture inclusive, et, autant je suis pour une plus grande visibilité des femmes partout où c’est possible, autant ça, dans un texte, c’est assez pénible à lire.

Un troisième tome en demi-teinte qui met un terme aux aventures d’Agnès et ses compagnons (sauf Navarre, que j’ai bon espoir de revoir bientôt !). En dépit de quelques lourdeurs dans cet ultime opus, la trilogie de Jeanne A. Debats reste fort recommandable et se distingue par son humour et sa volonté de détourner les clichés de la bit-lit. Idéal pour passer un bon moment de détente, sans prises de tête.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Allan (Fantastinet)