Euterpe tome 1

Titre : Euterpe
Cycle/Série : Euterpe, tome 1
Auteur : Art-of-K
Éditeur : L’Hydre à deux têtes
Date de publication : 6 juillet 2017

Synopsis : A la mort de son grand-père, Jon, jeune pianiste de génie en pleine dépression retourne dans la maison de son enfance pour se reposer et s’éloigner du monde du spectacle. A peine est-il arrivé qu’une série d’étranges événements vient troubler le calme de la vieille maison : le soir il entend quelqu’un jouer du piano mais ne voit personne. Croyant reconnaître la manière de jouer de son grand-père décédé, Jon se lance à la poursuite de ce fantôme qui ne cesse de le hanter.

Bibliocosme Note 4.0

Tu veux que je te donne une bonne raison de me laisser habiter ici ? Alors je vais t’en donner une… Faisons un pari.
Si tu es capable de prouver que tu es le digne héritier du maestro, alors je te remettrai la clé et quitterai la maison. Sinon,
c’est toi qui dégage !

    Musique et bande-dessinée sont sans conteste mes deux plus grandes passions, autant dire qu’un manga, français de surcroît, qui tourne justement autour de la musique a bien des atouts de son côté pour me plaire. Publié par la toute nouvelle maison d’édition L’hydre à deux têtes (H2T), Euterpe est une série composée de deux tomes, écrite et dessinée par Art-of-K qui, après avoir fait ses armes en ligne, voit sa première oeuvre publiée sur du bon vieux papier.

    Jon est l’un des grands pianistes de son temps et sillonne la planète, vole de concert en concert, de succès en succès. Pourtant du jour au lendemain, la dépression le gagne et la musique devient une souffrance. Son mentor de grand-père, le génial « maestro » n’est plus, mais cela fait bien longtemps qu’il ne prenait plus de ses nouvelles. Pour mieux se ressourcer, Jon décide de retourner dans la maison de son enfance, celle de son grand-père, mais c’est sans compter sur l’héritage musical que lui a légué le vieil homme, la fringante Kal. Difficile pour l’un d’accepter l’autre.

    La musique adoucit les moeurs dit-on, mais la muse Euterpe semble avoir déserté Jon. La première partie de ce volume, jusqu’à l’entrée de Kal en scène, se déroule dans une ambiance étonnamment mélancolique qui retranscrit très bien les sentiments du jeune homme. La musique y est souffrance, au point que Jon se tient éloigné de son clavier, nostalgie aussi, quand semble résonner le doigté de son grand-père dans les murs de la bâtisse. La musique dans Euterpe est aussi une compétition, d’une part par le monde du spectacle auquel Jon se raccroche, mais surtout avec l’irruption de Kal. Qui de Jon ou de Kal peut revendiquer le titre de dernier et meilleur disciple du maître ? L’héritage du maestro n’est pas familial, il est musical, et les deux protagonistes refusent de reconnaître l’autre. Il y a par conséquent une quête d’identité aussi dans Euterpe. Peu à peu toutefois et selon un schéma très classique, les deux personnages apprennent à s’apprécier et la musique retrouve un but plus libérateur. La musique enfin, sert aussi à célébrer, et c’est dans ce but que Jon et Kal doivent travailler de concert… non sans esquisser la thématique de la marchandisation de de l’art. Il faut en effet composer une pièce pour le PDG d’une grande entreprise introduite au duo par le personnage de Vicky, elle-même jeune milliardaire et femme d’affaire. Un personnage assez transparent pour le moment et qui vient ternir un peu la partition de Art-of-K, gênant un peu la relation très bien construite entre les deux autres personnages, à l’inverse des petites notes (touches) d’humour bienvenues et justement saupoudrées.

    Ces petites touches d’humour(en fait ça marche puisqu’on parle de piano) sont aussi très bien illustrées, dans la pure tradition du manga. Le trait en général est évidemment d’inspiration japonaise et on est presque surpris de devoir lire Euterpe dans le sens de lecture français. Le trait manque encore d’assurance sur certains points, avec des visages un chouïa trop ressemblants peut-être entre certains personnages. Les expressions et les ambiances sont en revanche très bien rendues avec une première partie bien plus grise et aux ombres plus marquées. Euterpe gagne ensuite en optimisme et s’éclaircit. Enfin, on peut souligner un découpage recherché, du beau boulot pour une première publication.

Avec un schéma classique mais bien construit, un duo de personnages réussi et une thématique musicale peu présente dans la bande dessinée, le premier volume d’Euterpe a tout pour lancer une auteure en devenir !

Autres critiques : ?