Titre : Le Bouclier arverne
Série : Astérix, tome 11
Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo
Éditeur : Dargaud
Date de publication : 1968

Synopsis : Abraracourcix doit aller en cure diététique. Étant chef, Astérix et Obélix l’accompagnent pour le protéger.


 

Le gardien de l’entrepôt : J’ai une clepsydre helvète qui fait coucou, une amphore de cervoise tiède de Bretagne, une autre de cervoise fraîche de Belgique; j’ai quelques petites choses d’Egypte et de Germanie, mais pas de bouclier arverne… Les armes de Vercingétorix ont dû rester en Gaule.
Fanfrelus : Aïe, aïe, aïe… C’est ennuyeux…. Ben oui, Ô César… Nous n’avons pas de souvenirs de la Guerre des Gaules.
César : Sans commentaires.

Alors que plus que jamais, notre société doit se débrouiller pour jongler entre histoire et mémoire (et par là-même l’historien également), René Goscinny et Albert Uderzo ont déjà apporté leur pierre à l’édifice depuis 1968 et la sortie du onzième tome des aventures d’Astérix le Gaulois : le Bouclier arverne.

Pour cause de troubles digestifs, Abraracourcix part en cure à Gergovie, escorté d’Astérix et Obélix. C’est là l’occasion, pour nos deux fiers guerriers rigolards, de partir en quête d’un objet mythique, le bouclier de Vercingétorix, qui est convoité par César lui-même en vue d’un défilé.

On retrouve avec grand plaisir Astérix, Obélix et Idéfix dans une aventure joviale et très bien menée. Le dessin est vif, l’humour de même : des parties de cache-cache dans le charbon aux dialogues de sourds entre Obélix et Idéfix, les jeux de mots se multiplient encore et toujours ; on se demande comment Goscinny réussit à en caser autant en si peu de pages ! Des allusions aux œuvres littéraires de Jules César, des connaissances populaires sur « Nos ancêtres, les Gaulois », des citations latines à tout-va, mais aussi quelques aspects régionalistes chers à cette série (on se rappelle le Tour de Gaule) : bref, l’ensemble est ô combien riche de sens !

Plus qu’une aventure réussie, c’est aussi une réflexion sur le passé militaire français. En effet, nous sommes en 1968 et donc à un tournant de la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale au sens du sens à donner à l’action des Français et du gouvernement français entre 1940 et 1945. Tels les Gaulois à propos d’Alésia, il y a longtemps eu un dénis complet de certains événements afin de mieux assurer un mythe résistancialiste toujours latent (merci ironique à Monsieur De Gaulle…). D’un autre côté, on sent la souvenir comme quelque chose à conserver. Les lois mémorielles de ces dernières années en sont la preuve encore aujourd’hui – à tort ou à raison. Nous soulevons là des enjeux bien tendancieux, même si l’humour décrispe toutes les situations mises en lumière ici.

Toujours est-il qu’avec ses aspects de bande dessinée d’aventure historique, Astérix réussit encore à nous divertir tout en abordant des sujets capitaux de notre société, encore vrais aujourd’hui. N’est-ce pas là le secret d’une bande dessinée de qualité faite pour durer quasi éternellement ?

Voir aussi : Tome 9

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