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Titre : Danse macabre
Auteur : Jesse Bullington
Éditeur : Panini (collection Éclipse)
Date de publication : 2013

Synopsis : Alors que les bûchers de l’Inquisition embrasent l’Europe, une jeune esclave africaine, Awa, se voit forcée de devenir l’apprentie d’un nécromancien. Après que celui-ci l’a affligée d’une effroyable malédiction, elle découvre que son salut réside, peut-être, dans un grimoire que son professeur a caché quelque part au cœur de ce continent en proie à la guerre et à la superstition. Au cours de sa quête, elle rencontrera le peintre Niklaus Manuel Deutsch, un alchimiste nommé Paracelse et une mercenaire néerlandaise amatrice d’armes à feu, sans se douter que le destin de ces trois étrangers est inextricablement lié au sien. Et tandis que Manuel décore toiles et murs d’église des scènes de sa macabre aventure, Awa comprendra peu à peu que la mort est le cadet de ses soucis…

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Je ne suis pas une sorcière. Ou peut-être que si. Lui préférait le terme de « nécromancien », mais je crois comprendre qu’il n’y a guère de différence entre les deux. Bruja, thaumaturge, magicienne, enchanteresse, sorcière nécromancienne, démoniste, c’est du pareil au même : je sais ranimer les morts, et je sais leur ordonner d’accomplir ma volonté. Je sais parlementer avec les esprits, les démons, et je peux tuer n’importe quel être vivant d’un simple contact.

Après un premier roman détonnant (« La triste histoire des frères Grossbart »), voilà que Jesse Bullington revient avec « Danse macabre », ouvrage tout aussi original et réussi que le précédent. Nous voici donc parti aux côtés de la jeune Awa, sorcière mauresque en quête d’un moyen de rompre la malédiction jetée par son ancien maître nécromancien. Il faut avouer que niveau scénario, l’auteur ne fait jamais dans le classique ou la facilité, et là encore cela fonctionne à merveille. Les personnages, quant à eux, sont loin d’être des modèles de vertu, et c’est ce refus de tout manichéisme et cette ambiguïté qui règne tout au long du roman qui les rend particulièrement attachants, à commencer par le protagoniste, dont l’auteur est parfaitement parvenu à retranscrire les dilemmes et les tourments intérieurs. Les personnages secondaires ne sont toutefois pas en reste et possèdent eux-aussi une personnalité bien fouillée, qu’il s’agisse de Manuel, artiste-soldat un peu trouillard mais incroyablement généreux, ou de Monique, géante au grand cœur, tour à tour forgeronne, mercenaire, tenancière de bordel… Le style très percutant et impeccablement rendu par la traduction participe également beaucoup à la réussite de ce roman et donne lieu à des dialogues savoureux, bourrés de jurons, d’argot et d’expressions farfelues qui rendent la lecture très vivante et plaisante.

Comme dans son roman précédent prenant place au Moyen-Age, Jesse Bullington brosse ici un très beau portrait de l’Europe du XVIe siècle à propos de laquelle il s’est de toute évidence abondamment documenté (comme le prouve d’ailleurs la conséquente bibliographie proposée en fin d’ouvrage). Naissance de la réforme protestante, essor de l’Inquisition dans les pays du sud de l’Europe, chasse aux sorcières, émulation artistique sans précédent, importantes découvertes médicales…, tout les éléments caractéristiques de la Renaissance sont là en toile de fond et participent à la totale immersion du lecteur dans cette époque passionnante et tourmentée. Les connaisseurs ne manqueront également pas d’être ravis de reconnaître certaines figures historiques bien réelles et particulièrement représentatives de cette période, qu’il s’agisse du médecin-alchimiste Paracelse ou encore de l’artiste Niklaus Manuel Deutsch. Sans oublier que le roman donne aussi l’occasion au lecteur d’en apprendre davantage sur des sujets généralement peu exploités tels que la nécromancie, le pillage de tombe (thème décidément cher à l’auteur !), l’homosexualité féminine, la condition des Maures résidant en Europe après la Reconquista…

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« Danse macabre » est incontestablement un très bon roman et Jesse Bullington un auteur à suivre ! A ceux qui auraient apprécié l’ouvrage et qui souhaiteraient prolonger un peu le plaisir, je vous conseille d’aller admirer certaines des principales œuvres de Niklaus Manuel Deutsch dont il est fait question dans le roman, notamment « La jeune fille et la mort » (cf ci-dessus) et « Le jugement de Pâris ».