Symbioses – 2094, l’ours et le vaisseau
Titre : Symbioses – 2094, l’ours et le vaisseau
Auteur/Autrice : Johan Héliot
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2026 (mars)
Synopsis : 2094. Suite à une guerre nucléaire, seuls les pôles offrent encore des conditions de vie acceptables. Les survivants qui s’y sont réfugiés, humains comme animaux augmentés, reconstruisent deux sociétés distinctes dont les rapports, déjà tendus, virent au conflit ouvert lorsque le Nord lance l’assaut sur un iceberg — précieuse source d’eau douce — appartenant au Sud. Dans les coulisses des hostilités, quelques individus élaborent un plan avec l’espoir d’éviter la guerre entre les pôles, et la volonté de faire évoluer l’ensemble du vivant. Cette quête pour un monde nouveau rassemble Oonia, jeune militaire du Nord hantée par la puce mémorielle de son grand-père ; son binôme ursidé, Börs, guerrier et poète ; Arkadin, le dernier rhinocéros blanc ; son ami Spiridon, phoque et ambassadeur du Sud ; et la seule I.A. qui croit encore en l’humanité…
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Récit d’anticipation polaire
Vous êtes inquiets de l’état du monde actuellement ? Des conflits qui se généralisent ? Des effets du changement climatique qui vont aller en s’intensifiant et en s’aggravant ? Rassurez-vous, la science-fiction imagine pour vous des futurs dans lesquels nous avons une chance de survivre ! Certes, la plupart d’entre elles mettent en scène des avenirs sombres et violents, porteurs de peu d’optimisme, mais d’autres laissent entrevoir une petite lueur d’espoir. C’est le cas de l’anticipation proposée ici par Johan Héliot qui nous entraîne en 2094. Après une période plus que mouvementée au cours de laquelle conflits généralisés, utilisation d’armes nucléaires et catastrophe climatique se sont déchaînés, l’humanité a finalement réussi à se stabiliser en se réfugiant sur les deux pôles, seuls endroits désormais vraiment habitables de notre planète. Nord et Sud y développent des sociétés très différentes, l’une très militarisée et l’autre plus portée sur la diplomatie. La seconde grande différence réside dans la façon dont l’une et l’autre traite les animaux augmentés, des animaux de toute sorte qui, grâce à l’intelligence artificielle, ont accédé à un niveau de conscience plus proche de celui des humains avec lesquels ils peuvent désormais interagir et communiquer aisément. Le fragile équilibre entre les pôles vacille cependant lorsque le Nord commence à s’en prendre aux ressources en eaux potables du Sud. Dans la guerre qui s’annonce, plusieurs personnes d’horizons très divers vont avoir un rôle clé à jouer dans la survie de l’humanité. Parmi eux Oonia, une jeune militaire du nord participant aux premières opérations et forcée de collaborer avec un ours augmenté, mais aussi le phoque choisi pour assumer la fonction d’ambassadeur du pôle Sud, son second Calixte, un certain Arkadin, un original vivant à l’écart et selon ses propres lois, ou encore une IA venue de la Lune et dont on ignore les véritables motivations.
Animaux augmentés, IA… et ce qu’il reste de l’humanité
Le roman est court et composé de chapitres brefs qui nous offrent tour à tour le point de vue des nombreux protagonistes qui peuplent cette histoire. Cette alternance permet d’installer un rythme nerveux, les péripéties s’enchaînant à toute vitesse si bien que des pièces, dont on peinait dans un premier temps à comprendre comment elles allaient s’emboiter, s’imbriquent finalement assez vite et logiquement. Ce rythme effréné ne laisse cependant que peu de temps pour creuser la psychologie des personnages, si bien qu’on peine à s’attacher à la plupart d’entre eux. Certains parviennent malgré tout à tirer leur épingle du jeu, à commencer par le duo Spiridon (le phoque ambassadeur)/Calixte (son second humain) qui fonctionne bien, ou encore Arkadin, dernier rhinocéros blanc qui, en dépit de son apparente marginalité, va jouer un rôle central dans la naissance d’une nouvelle civilisation débarrassée des travers de la précédente. Mais ce qui m’a le plus dérangée dans le récit reste le vocabulaire employé et l’imaginaire qu’il convoque. Implant d’enhaussement cognitif, suprIAs, fiches neuronales, memocopies, élévation cognitive globalisée… : autant d’expressions qui pullulent dans le roman et qui, en ce qui me concerne, me sapent complètement l’imagination et m’ennuient au plus haut point. Toute la réflexion de l’auteur autour du degré de conscience des animaux et la façon dont l’humanité interagit avec les autres formes du vivant est en revanche intéressante et a permis de faire passer la pilule du vocabulaire très technologique. L’intelligence artificielle occupe cependant une place disproportionnée dans le récit et permet de réaliser à peu près n’importe quoi, ce qui ne m’a là encore pas convaincue.
Lecture en demi-teinte pour ce « Symbioses », un roman d’anticipation qui imagine une confrontation entre pôles nord et sud, seuls endroits sur Terre désormais habitables. Johan Héliot nous propose ici une réflexion intéressante et pleine de sensibilité sur notre rapport aux animaux et le degré de conscience qu’on leur attribue, mais l’utilisation d’un vocabulaire très technique ainsi que la trop grande place accordée à l’IA m’ont empêchée de vraiment apprécier ma lecture.
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