Fantastique - Horreur

Comme l’exigeait la forêt

Titre : Comme l’exigeait la forêt
Autrice : Premee Mohamed
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2025 (février)

Synopsis : Dans les bois du Sud, il y a d’autres bois. Ceux de l’Ormévère, régis par des règles absolues, peuplés de créatures surnaturelles. Ils sont si dangereux que nul n’en est jamais revenu, à l’exception de Véris. Alors quand les jeunes héritiers du tyran y disparaissent, elle reçoit l’ordre d’accomplir une nouvelle fois l’impossible en les ramenant sains et saufs. Si elle échoue, le tyran la tuera et décimera son village. Si elle reste dans la forêt plus de vingt-quatre heures, elle et les enfants seront piégés à tout jamais. Un seul faux pas, un mot de trop lui coûteraient tout, et faire preuve d’héroïsme ne suffira pas.

Un conte cruel et prenant

C’est l’histoire d’une femme, d’une forêt et d’un tyran. Le tyran, avide de conquête, est arrivé il y a des années et a décidé de rester, plongeant l’ensemble de la région dans la peur par sa violence et sa cruauté. Rien, cependant, ne peut égaler la terreur éprouvée par les villageois des environs pour les bois qui s’étendent au nord du territoire. Des bois qui n’ont rien d’ordinaires et qui ne laissent jamais repartir ceux qui osent s’aventurer en son sein. Au fil des ans, nombreux sont les enfants à avoir été avalés par la forêt, et ce en dépit des recommandations de leurs parents. Personne ne les a jamais revus. Disparus. Tous, sauf une. Une petite fille, qu’une autre femme est parvenue à tirer des griffes de l’Ormevère. C’est cet exploit qui vaut aujourd’hui à Véris d’être convoquée par le tyran. Car cette nuit, au mépris de tous les avertissements reçus, ses deux enfants ont profité de l’inattention des adultes pour se faufiler discrètement dans la forêt, dont ils ne sont évidemment pas ressortis. Véris n’a pas le choix, elle va devoir retourner affronter les bois et les créatures qui s’y tapissent afin de ramener les deux imprudents à leur père, sous peine de voir sa famille et son village décimés. Si l’Atalante est sans conteste l’une de mes maisons d’édition préférées, c’est pour l’originalité de ses textes et la diversité des auteurices qu’elle choisit de mettre en avant. Premee Mohamed, autrice indo-caribéenne, en est à nouveau la preuve et signe avec « Comme l’exigeait la forêt » un roman d’atmosphère très réussi qui reprend à son compte les codes du conte pour enfants mais plutôt à la sauce Grimm que Disney.

Une héroïne traumatisée mais debout

L’ambiance est lourde, pesante, que ce soit au village, où tout le monde vit dans la crainte d’une décision arbitraire du tyran, ou bien sûr dans la forêt. La quatrième de couverture fait un parallèle entre cette histoire et deux autres, « Hansel et Gretel » et « Annihilation «  de Jeff Vandermeer, et la comparaison est assez pertinente. La forêt apparaît en effet comme un personnage à part entière, capable d’interaction avec les protagonistes par le biais de ses différents habitants mais aussi via ses réactions aux décisions prises par Véris. Un personnage inquiétant et imprévisible. Impossible de trouver une quelconque logique au comportement de l’Ormevère qu’on peut définir comme une sorte de Pays des merveilles version horrifique. Le paysage change ainsi d’un pas sur l’autre, la forêt se remodelant sans cesse pour favoriser la progression de l’héroïne, l’entraver ou la pousser vers tel ou tel de ces mystérieux habitants. Ces derniers parviennent tous à instiller un sentiment de malaise, que ce soit par leur apparence, leur attitude sournoise, ou encore par le décalage entre la vision que l’on a de certaines créatures évoquées et la façon dont les met en scène l’autrice. Les personnages sont pour leur part aussi convaincants que le décor, qu’il s’agisse de Véris, des enfants, ou encore des résidents de la forêt. Premee Mohamed reste volontairement floue sur le passé et les blessures non refermées de son héroïne, son histoire nous étant dévoilée progressivement, mais cela ne nous empêche pas de nous attacher à cette quarantenaire déjà bien éprouvée mais forcée d’affronter à nouveau ses pires démons. Cet aspect confère au récit un côté intimiste très agréable et vient à la fois renforcer l’empathie éprouvée pour le personnage tout en accentuant la noirceur de cet univers décidément bien cruel.

Avec « Comme l’exigeait la forêt », Premee Mohamed signe un roman court mais percutant pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur. Narrant le périple d’une femme envoyée dans une forêt terrifiante à la recherche de deux enfants perdus, le récit séduit aussi bien par la profondeur de ses personnages que par le caractère immersif de son décor. L’autrice utilise ici une trame narrative classique des contes qu’elle se réapproprie avec talent en ajoutant une touche de noirceur supplémentaire et en mettant l’accent sur les expériences intimes traumatiques de son héroïne. Une lecture courte mais intense que je vous recommande chaudement. A noter qu’après « La migration annuelle des nuages » et « Comme l’exigeait la forêt », un troisième roman de l’autrice paraîtra fin août : « Et que désirez-vous ce soir ».

Autres critiques :  ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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