Gagner la guerre, tome 1 : Ciudalia

19 septembre 2018 7 Par Boudicca

Titre : Ciudalia
Cycle/Série : Gagner la guerre, tome 1
Auteurs : Frédéric Genêt (pour l’adaptation) et Jean-Philippe Jaworski (pour le texte original)
Éditeur : Le Lombard
Date de publication : 2018 (mai)

Synopsis : Benvenuto est un tueur à gages, sans doute le meilleur de toute la République de Ciudalia. Sa nouvelle mission – expédier un noble venu s’encanailler dans les bas-fonds – a tout d’une sinécure. Mais le client va se révéler beaucoup plus coriace que prévu. Et voilà Benvenuto plongé au cœur d’un complot trop vaste pour lui…

Je souhaiterais obtenir un entretien avec Sa Seigneurie. Elle me connaît : j’ai déjà eu l’honneur de la daguer.

« On écrit toujours pour de mauvaises raisons. Et on lit de la même manière. »

« Il arrive que certains personnages de fiction acquièrent une densité singulière, sinon une forme d’autonomie. Ils ne se satisfont pas d’être la création de leur auteur, ils intriguent pour devenir son complice, son collaborateur, voire son commanditaire. Il est à craindre que Benevenuto Gesufal ne soit de cette engeance. » C’est par ces mots que Jean-Philippe Jaworski entame cette préface pleine humour visant à retracer la naissance (mouvementée !) de son personnage le plus emblématique, et surtout à expliquer comment celui-ci s’y est pris pour réussir à revenir sur le devant de la scène grâce à Frédéric Genêt. Présenté comme le premier tome d’une adaptation de « Gagner la guerre », l’album n’en est en fait que le prélude puisqu’il s’inspire essentiellement de « Mauvaise donne », nouvelle parue dans le recueil « Janua Vera ». Que ceux qui ne connaîtraient pas le texte se rassurent : tous les éléments qui ont fait le succès de « Gagner la guerre » sont d’ores et déjà présents. Les protagonistes les plus importants sont bien là (Benvenuto en tête), de même que le décor ainsi que les principaux éléments qui font tout le sel de cette histoire : complots politiques, manipulations, assassinats, trahisons…, le tout raconté avec la gouaille réjouissante propre au coquin officiant en tant que narrateur. Le récit se concentre ici sur deux périodes éloignées de trois ans au cours desquelles le protagoniste a pu être témoin de la roublardise et de la détermination sans pitié d’un autre personnage ô combien éminent de l’univers du Vieux Royaume : Léonide Ducatore. On alterne ainsi entre les paysages désolés par les combats de Kaellsbruck à la resplendissante cité de Ciudalia qui va jusqu’à donner son nom à ce premier tome riche en rebondissements.

Ciudalia dans toute sa splendeur, et Benvenuto en pleine forme !

Le travail de Frédéric Genêt est remarquable et permet aux lecteurs entichés depuis longtemps de cette fripouille de Benvenuto de renouer avec l’attachant (ou agaçant) personnage. Et quel personnage ! Un talent incroyable pour se sortir des situations les plus désespérée, un sens de l’humour à toute épreuve, une bonne dose de culot, et surtout ce phrasé percutant (et, occasionnellement, grossier) dont on retrouve ici toute la saveur. Pour ce qui est de sa représentation, Benvenuto n’est peut-être pas exactement tel que je l’imaginais mais son charisme est intacte et on reconnaît sans mal son petit air canaille. Les autres personnages sont eux aussi globalement fidèles à l’image qu’on s’en faisait à la lecture de l’œuvre de Jaworski, que se soit par leurs mimiques ou les traits de leur visage : inquiétant et dangereux pour Sassanos, retors et implacable pour Ducatore, exaspérante et capricieuse pour Clarissima… L’artiste nous fournit également de très beaux points de vue sur la fameuse capitale de la République de Ciudalia qui s’inspire essentiellement des plus grandes villes italiennes dont on reconnaît sans mal les spécificités en matière d’architecture. L’album prend également soin de renforcer l’immersion du lecteur en lui dévoilant quelques unes des nombreuses facettes de la cité, l’entraînant aussi bien au port grouillant de monde et de marchandises, qu’aux bordels les plus réputés ou aux demeures les plus cossues. Toujours en ce qui concerne les graphismes, on peut également saluer la présence d’une magnifique carte astucieusement arrangée pour aider le lecteur à se repérer non seulement géographiquement mais aussi politiquement, puisqu’y est succinctement expliqué le fonctionnement de la république de Ciudalia, avec ses podestats, ses sénateurs et ses guildes.

Cette première adaptation d’un texte de Jean-Philippe Jaworski par Frédéric Genêt est donc une vraie réussite, tant au niveau du scénario que des graphismes qui respectent tout à fait l’âme du récit d’origine. Si, en dépit de son titre, ce premier tome se limitait à l’intrigue de « Mauvaise donne », nul doute que le second volume devrait cette fois s’attaquer véritablement aux événements relatés dans « Gagner la guerre ». Il me tarde de lire la suite !

Voir aussi : Tome 2

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls)

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