Le dompteur d’avalanches

13 septembre 2018 9 Par Boudicca
Le dompteur d'avalanches

Titre : Le dompteur d’avalanches
Auteur : Margot Delorme
Éditeur : Les Moutons Électriques
Date de publication : 2018 (septembre)

Synopsis : Ditto, quatorze ans, habite Torchebise, pauvre hameau d’alpage du Duché de Sapaude, une contrée de pics aiguisés et de vallées profondes, de forêts de sapins, de lacs d’altitude et de torrents. À l’occasion, il tient lieu de guide à des excursionnistes venus des plaines. Un jour, lors de l’attaque d’un monstre des cimes, il se découvre un don pour déclencher avalanches, coulées et crues. Un don puissant.Or les écouleurs sont craints et haïs par les montagnards. Bientôt, Ditto se retrouve dans la peau d’un paria et contraint à la fuite. En compagnie d’amis inattendus, une marmotte bavarde, un caracal-céleste, un vieux savant venu de la ville, il va demander son aide à la Lorlaïe, la nymphe du grand glacier. Mais le marché que lui propose cette dernière lui paraît inacceptable.

La rentrée des Moutons Électriques !

Comme chaque année maintenant, les trois maisons d’édition composant le collectif des Indés de l’Imaginaire proposent à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre un roman de fantasy écrit par un auteur français jugé prometteur. Après la bonne surprise des « Mondes-miroirs » publiés par Mnémos, je me suis lancée à la découverte du nouveau poulain des Moutons Électriques, Margot Delorme, et de son « Dompteur d’avalanches » (qui bénéficie une fois encore d’un très bel écrin grâce au superbe travail de Melchior Ascaride). Le roman met en scène un jeune garçon, Ditto, qui habite dans un petit village de montagne où la vie relativement paisible n’est troublée qu’une fois de temps en temps par l’attaque d’un dragon en ayant après le bétail. Du moins était-ce le cas jusqu’à ce que l’adolescent se découvre un jour un pouvoir extraordinaire : il est ce qu’on appelle un « écouleur », soit un humain capable de provoquer des avalanches rien que par la pensée. Loin de se réjouir de cette découverte, le jeune homme pressent immédiatement que ce « don » nouvellement acquis va lui poser bien des problèmes. A raison, d’ailleurs, puisqu’il ne tarde pas à être chassé de son village par les habitants superstitieux qui le voient avant tout comme une menace. Lancé sur les routes, le jeune garçon va fort heureusement croiser le chemin d’autres créatures dotées elles aussi de « l’ardeur » (comprenez d’un pouvoir magique) et qui vont tentées de l’aider à comprendre et maîtriser son don. Or pour se faire, il lui faut requérir l’assistance de la nymphe du grand glacier, une créature loin d’être commode… C’est avec un sentiment mitigé que je ressors de la lecture de ce roman qui, bien que doté d’un décor attrayant, souffre hélas d’un certains nombre de maladresses. Maladresses qui s’expliquent toutefois à mon sens en grande partie par le public visé, l’ouvrage s’adressant manifestement davantage à un lectorat adolescent, et non adulte. Le problème c’est qu’il n’en est jamais fait mention, et cela dessert indubitablement le roman, puisque les attentes du lecteur ne sont évidemment pas les mêmes.

Toutes les caractéristiques du roman jeunesse réunies

L’histoire de Ditto s’inscrit pourtant clairement dans le schéma narratif traditionnel des contes pour enfants : un jeune garçon se découvre différent des autres et part à l’aventure, entouré de compagnons de route qui vont l’aider au fil de son périple. Le roman se conforme à ce schéma pendant la majeure partie du récit qui n’offre ainsi que peu de véritables surprises. On retrouve la même simplicité dans le traitement de certains aspects épineux de l’intrigue que l’auteur choisit bien souvent de balayer d’un simple « ça peut paraître bizarre, mais c’est ainsi » ou encore d’un « il se débrouilla, sans trop savoir comment ; il le fit, c’est tout … ». L’aspect « jeunesse » se manifeste aussi via un certain nombre d’autres éléments plus ou moins marqués. Il y a d’abord la nature des compagnons qui entourent justement notre jeune héros, à savoir une marmotte et un félin qui parlent, un drôle d’oiseau et un vieux professeur excentrique. Si les personnages donnent très vite l’impression d’évoluer dans un gentil conte, il en va de même des thématiques traitées qui demeurent, elles aussi, assez classiques : la tolérance, la différence, l’amitié… Le caractère enfantin du récit se manifeste même une fois une deux dans la typographie adoptée par l’auteur qui s’amuse à arranger les signes pour représenter la forme de telle créature ou l’expression adoptée par les sourcils de tel autre (amusant, mais encore une fois davantage pour un jeune lectorat). Voilà à quoi vous attendre pour la quasi totalité du roman… jusqu’aux quarante dernières pages qui viennent totalement rompre avec la monotonie instaurée jusque là. On se retrouve alors soudainement projeté dans une succession de scènes spectaculaires (qui ne sont pas sans rappeler les moments « baston » des films de super-héros) opposant plusieurs personnes dotées de pouvoirs plus ou moins puissants. Rien à voir avec l’ambiance instaurée depuis le début, donc, et si le tout est loin d’être désagréable, il n’empêche que la transition est assez rude !

De la « fantasy montagnarde » dotée d’un bestiaire original

Le final pose d’ailleurs un autre problème, puisqu’il suggère fortement la parution d’une suite. Les aventures vécues par Ditto dans la montagne ne nous apparaissent alors que comme un simple prélude, ouvrant la voie à une histoire bien plus vaste, ce qui est évidemment frustrant. Le roman ne se suffit en effet pas vraiment à lui-même, et n’offre finalement que très peu de réponses aux questions entourant le jeune garçon et la nature de ses pouvoirs. Tous ces bémols sont d’autant plus regrettables que le roman possède un remarquable atout : la qualité et l’originalité de son décor. On sait pourtant relativement peu de choses de l’univers dans lequel évolue Ditto : le jeune garçon sait bien que la chaîne de montagnes dans laquelle il réside appartient à l’Harpitanie et qu’il s’agit d’un duché, mais c’est à peu près tout. Inutile pourtant d’en savoir plus pour apprécier la qualité de ce décor montagnard, peuplé de créatures tour à tour étranges ou grotesques. Veïvre, goblinoux (qui, contrairement à ce que leur nom peut laisser croire, n’ont rien de sympathiques), calmar des cimes, ograrbre, tyroli-troll (amateurs de yodel et de lancer de rochers)… : autant de créatures étonnantes dont nos héros croiseront un moment ou un autre la route. L’auteur a également pris soin de développer avec soin un panthéon de divinités et ainsi qu’un mythe fondateur rappelant les querelles de famille des dieux grecs et permettant d’expliquer la prédominance de certaines déités sur d’autres. Au périple du jeune Ditto se mêle ainsi la résurgence d’une histoire plus ancienne impliquant non seulement les dieux mais aussi l’ensemble des êtres-fées vivant dans ces montagnes. On peut d’ailleurs regretter que le sujet ne soit pas davantage poussé tant il suscite bien souvent davantage de curiosité que les aventures de l’adolescent.

Margot Delorme signe avec « Dompteur d’avalanches » un roman qui reprend un certain nombre de codes appartenant aux contes pour enfant et qui plaira de fait plus volontiers à un jeune lectorat. En dépit de la simplicité de l’intrigue et de la candeur des personnages, on peut tout de même saluer la qualité du décor montagnard dans lequel baigne le récit ainsi que l’originalité de son bestiaire. Sympathique donc, mais à réserver aux amateurs de young adult.

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