Antisémite

Titre : Antisémite
Auteur : Pascal Boniface
Éditeur : Max Milo [site officiel]
Date de publication : janvier 2018

Synopsis : L’antisémite. C’est ainsi que Pascal Boniface est perçu par de nombreuses personnes, juives ou non. Cette qualification déshonorante est en totale contradiction avec ses combats personnels, menés contre le racisme et l’antisémitisme.
Sa famille et lui-même ont été menacés. Le centre de recherche qu’il dirige, dont les travaux font autorité sur le plan national et international, a frôlé à plusieurs reprises la disparition, parce qu’il a osé critiquer un gouvernement étranger. Régulièrement traîné dans la boue depuis quinze ans, il n’a jamais écrit ou prononcé une phrase pouvant justifier un tel traitement.
Qu’une telle affaire se déroule en France paraît incroyable ; elle est pourtant réelle. Dans un récit autobiographique précis, touchant et enlevé, Pascal Boniface en tire des conclusions sur les effets délétères de l’importation du conflit israélo-palestinien en France.

Bibliocosme Note 2.5

Un intellectuel accusé d’antisémitisme sans avoir jamais prononcé ou écrit une phrase pouvant justifier cette lourde et infamante incrimination. Un centre de recherche dont les travaux font autorité sur le plan national, reconnu au niveau international, où travaillent plus de trente personnes, qui risque de disparaître parce que son directeur a critiqué le gouvernement.
Si un tel cas se présentait, nul doute qu’à Paris, les médias s’en indigneraient et en rendraient largement compte quand les pétitionnaires traditionnels se mobiliseraient pour signifier le plus bruyamment possible leur soutien. Il n’y eut pourtant aucune réaction.
Le gouvernement critiqué était celui d’un pays étranger. Pas n’importe lequel. Vous vous croyez chez Kafka ? Non. Bienvenue en France.

Pascal Boniface est un politologue reconnu dans le paysage médiatique français. Toutefois, Antisémite n’est pas une nouvelle publication pour analyser un rapport de force sur tel endroit de conflit politique du globe. Non, c’est plutôt une plaidoirie de défense face à des attaques reçues à son endroit.

Directeur de l’IRIS (Institut de Recherches Internationales Stratégiques) où se croise quantité d’opinions et d’orientations politiques (mais tous ne s’étonneront pas forcément de voir à son conseil d’administration des gens comme Manuel Valls, François Hollande et Nicolas Sarkozy…), Pascal Boniface est proche des décideurs politiques depuis longtemps et connaît bien ce milieu entre programmes électoraux et joutes médiatiques. Au détour d’une note envoyée au Parti socialiste dont il a été membre, sa vision du conflit israélo-palestinien va gravement le desservir au point de justifier cet ouvrage une quinzaine d’années après sa rédaction. Et on sait bien que quand un parti-pris médiatique est en place, il est bien difficile d’en sortir, d’autant plus que les personnages médiatiques qui le portent sont bien souvent des personnes de grande influence et qui sont invitées souvent et partout sur les plateaux télé et radio. Étiqueté ainsi, il tente de démonter l’indigneuse accusation qui pèse sur son travail et ses relations de politologue. Toutefois, il fait – et c’est peut-être là le plus intéressant – un historique de la considération du conflit israélo-palestinien en France, ce qui donne un climat national un peu particulier dès que le sujet est abordé, sur fond d’accusation sous-jacente d’antisémitisme, racisme toujours pris à part.

Si le fond semble tout à fait justifié, il n’empêche que le résultat soit un peu lourd. Pascal Boniface n’est pas avocat et sa plaidoirie de défense peut lasser quand les arguments se répètent et qu’il apparaît comme celui qui est seul contre tous. L’auteur, chapitre après chapitre, se défend, se démène pour aligner des contre-arguments (au point même de mettre en annexe une « lettre d’une amie juive » qui n’aide pas vraiment), afin de, coûte que coûte, convaincre le lecteur de son innocence. N’est-ce pas l’inverse qui risque de se produire ? Toute proportion gardée, c’est un peu à l’image de Nadine Morano qui veut prouver qu’elle n’est pas raciste en invoquant son amie arabe et même une « amie africaine qui est plus noire qu’une Arabe »… Bref, Pascal Boniface est un politologue sûrement très compétent et qu’il continue à prouver son non-racisme par son travail d’analyste des conflits internationaux.

Antisémite est donc un livre intéressant sur le fond, mais dont la forme pêche par excès de défensisme qui, espérons-le pour lui, ne soit pas contre-productif.

Autres critiques :