The Dream, tome 1 : Jude

6 mars 2018 1 Par Casper

Titre : Jude
Cycle/Série : The Dream, tome 1
Scénariste : Jean Dufaux
Dessinateur : Guillem March
Éditeur : Dupuis
Date de publication : 12 janvier 2018

Synopsis : Travailleur du sexe dans une boîte huppée de Broadway, Jude se produit chaque soir lors de spectacles érotiques sous les yeux avides d’une population nantie. Une nuit, il se voit offrir par Megan, belle femme énigmatique, une proposition qui ne se refuse pas : un contrat pour un film, censé l’arracher à sa vie présente pour un fantasme qu’il n’aurait jamais espéré atteindre. Pour être embauché, il doit être accepté par l’Invisible Art Production, dont les membres se font plus secrets et dangereux les uns que les autres…

Bibliocosme Note 2.5

– Je permets à certaines personnes de participer au grand rêve américain. Celui que l’on voit défiler sur un écran, permettant aux habitants de cette planète de fantasmer sur un produit accessible à tous. Il arrive parfois que le produit se construise sur un véritable talent. Ça, c’est la cerise sur le gâteau. Le miracle toujours espéré, parfois renouvelé. Je bois au talent.
Rare et précieux.
– Et sans prétendre au talent, comment dois-je m’y prendre pour devenir un produit ?

Jean Dufaux fait certainement partie des scénaristes les plus renommés de la bande-dessinée franco-belge actuelle, auteur de Murena, Giacomo, Barracuda et de bien d’autres encore. Toujours bien entouré avec des dessinateurs de grand talent, le début de l’année 2018 voit l’arrivée d’une nouvelle série publiée chez Dupuis, The Dream, créée en tandem avec Guillem March.

Société de production, L’Invisible Art Production est à la recherche de nouveaux talents pour son futur projet et sa directrice de casting écume les boites branchées du quartier de Broadway. Elle y repère Jude, acteur porno qui se produit sur scène et lui propose de faire quelques essais pour vérifier que le rôle lui colle à la peau. L’IAP n’a cependant pas l’air d’une société classique, pas plus que son projet et ses membres.

L’histoire de Jean Dufaux dès le départ se distingue par l’originalité de son cadre. Le premier tome de The Dream nous fait surtout découvrir les quartiers et les endroits sombres de la ville de New-York, l‘underground de la grosse pomme. Cet album, Jude, nous emmène à l’opposé du strass, des paillettes et du tapis rouge des oscars. L’album ouvre sur une intrigue qui promet de baigner dans une atmosphère sombre et qui frisera avec le malsain. Le souci c’est que pour le moment, on ne sait pas trop où veut nous emmener le scénariste dans cette relecture du mythe de Faust. Du point de vue de l’histoire, deux trames se développent en parallèle tout au long de l’album. Celle du potentiel début de carrière d’acteur de Jude qui vend presque son âme à cette étrange société d’un côté, et son statut de jouet sexuel de la fille du magnat chinois du coin de l’autre. Ces deux intrigues s’entrecroisent à plusieurs reprises, ce qui gâche un peu le rythme, d’autant plus qu’on a le sentiment que celle qui devrait être secondaire prend le dessus jusqu’à un certain point, voire qu’elle est un prétexte pour instiller un peu d’action. Si on est seulement aujourd’hui en présence du premier album de la série, on a en fait un peu de mal à savoir sur quel pied danser en tant que lecteur. Certains éléments touchant plus ou moins au fantastique apparaissent ça et là. On est encore un peu dans le flou au terme de la lecture, d’autant plus que certaines références pas toujours très utiles viennent noyer le propos. Quant aux personnages, Jude lui-même est encore assez en retrait jusqu’ici avec une personnalité assez discrète. Les deux ou trois personnages féminins importants de ce premier album sont en revanche nettement plus passionnants, The Strange et son corps couvert de tatouages en tête.

 L’atout de The Dream pour l’instant est avant-tout graphique. Depuis la première planche dominée par le rose des néons aux planches très sombres ou au contraire très lumineuses parfois, l’album est très, très beau, de bout en bout. Les environnements sont superbes et pour certains regorgent de détails à l’image de la scène sur la terrasse du restaurant avec les ombres des feuillages précisément reproduits partout. Les personnages ne sont bien sûr pas en reste et sont également très beaux, leurs visages tout particulièrement. Quels détails magnifiques sur le corps de The Strange ! Sur les corps en règle générale d’ailleurs. Les couleurs sont elles aussi particulièrement réussies. Le découpage fait, en revanche, dans le classique, mais cela s’oublie presque avec l’excellent travail de Guillem March sur les cadrages, toujours justes et qui insufflent le rythme qui manque encore à The Dream.

S’il séduit par ses indéniables qualités esthétiques, Jude laisse pour le moment un goût mitigé du point de vue du scénario, un peu trop diffus.

Autres critiques : ?

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