Lanfeust de Troy, tomes 1 à 8 [Intégrale]

29 décembre 2017 1 Par Davalian

Titre : Lanfeust de Troy
Cycle/Série : Tome 1 à 8
Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Didier Tarquin
Éditeur : Soleil
Date de publication : 1994-2000

Synopsis : Troy est un monde fascinant, où la magie intervient dans le quotidien de tous. Chacun en effet possède un pouvoir, petit ou grand, plus ou moins utile. L’un a le don de figer l’eau en glace, l’autre, le pouvoir d’émettre des pets colorés… Lanfeust, lui, sait fondre le métal d’un seul regard. Dans son village, il est donc tout naturellement devenu apprenti chez le forgeron. Mais le contact d’une épée venue des lointaines Baronnies révèle en lui une puissance exceptionnelle ; il ne dispose plus d’un don unique mais d’un pouvoir absolu et illimité. Accompagné du vieux sage Nicolède et de ses deux filles aux caractères si dissemblables, Lanfeust est emporté dans un tourbillon d’aventures au cours desquelles il croise les plus incongrues, les plus sur surprenantes et les plus dangereuses des créatures

Bibliocosme Note 3.5

La série Lanfeust de Troy est à l’origine du monde de Troy et du succès qu’il rencontre depuis quelques années. La série mère se compose de huit volumes :

  • L’ivoire du Magohamoth.
  • Thanos l’incongru.
  • Castel Or-Azur.
  • Le paladin d’Eckmül.
  • Le frisson de l’Haruspice.
  • Cixi impératrice.
  • Les pétaures se cachent pour mourir.
  • La bête fabuleuse.

Le monde est rond comme le cul d’une pucelle ! On ne peut pas s’y perdre !

Le cycle historique est ensuite suivi par les séries Lanfeust des Étoiles et Lanfeust Odyssey. Des séries parallèles viennent également enrichir l’univers en s’intéressant davantage aux créatures de ce monde bien particulier (Trolls de Troy, Gnomes de Troy). Les conquérants de Troy prolonge la quête spatiale alors que Lanfeust Quest est une approche entre bande dessinée franco-belge et manga. A cette liste déjà impressionnante, il faut encore rajouter une série dont nous parlerons plus loin ainsi que quelques ouvrages hors séries (cartographies, encyclopédies…). Autant le reconnaître : il va falloir un certain budget et pas mal de place dans la bibliothèque pour pouvoir suivre tout cela. Fort heureusement, si les séries sont plus au moins longues, il est possible de mettre la main sur des éditions en intégrale à des formats et à des prix très divers.

Le synopsis en dit long : il s’agit d’une série d’héroic-fantasy. Un jeune homme doit quitter son village, entreprendre un voyage dangereux pour se rendre dans la grande ville du monde (Eckmül en l’occurrence) avant de partir vers d’autres aventures. Classique et convenu ? Oui… mais non car il faut compter avec l’humour qui est omniprésent ici. Les relations et échanges entre les personnages sont absolument savoureux et certains s’en donnent à cœur joie dès les premières planches. L’univers doit beaucoup à la magie et à ses créatures : pétaures (sorte de mammouths dédiés au transport des humains à condition que ceux-ci se donnent la peine de chanter), dragons, sirènes, des créatures divines qui peuvent disparaître s’ils n’ont plus de fidèles pour les vénérer, des trolls blancs, des trolls géants sans oublier le glööf…. La liste est assez longue et reste placée sous le signe de l’inventivité et de l’humour. Tout cela est distrayant et déjanté au possible. Les personnages principaux sont sympathiques mais sans plus. Lanfesut est le prototype habituel du jeune héros qui doit entreprendre un quête sur lui-même autant que celle-ci puisse potentiellement sauver ou détruire le monde. Il peut compter avec le soutien de son mentor Nicolède, autre figure type, de sa financée la belle C’ian et de sa sœur Cixi…

– Cixi ! N’enlève pas tout! Je suis tout nu, là-dedans !
– Hi hi! En effet … Tu as l’air content de me voir. Un peu de fraîcheur calmera tes afflux sanguins.

Ah Cixi… c’est elle la véritable révélation de cette série. Il s’agit d’une jeune femme espiègle, douée pour sortir des sous-entendus placés en dessous de la ceinture. Comme elle prend de nombreuses poses suggestives, il y a ici de quoi se rincer l’œil… et donner lieu à nombre d’ex-libris de qualité. Elle aura d’ailleurs droit à sa propre série parallèle : Cixi de Troy. Son objectif ? Expliquer ce qui est intervenu entre les tomes 6 et 7. Exploitation commerciale dites-vous ? Oui, mais qu’elle vile tentatrice notre Cixi et comment lui dire non ?! La galerie des personnages est également composée d’un troll : Hébus. Comme tous les trolls, il s’agit d’une brute épaisse prête à massacrer tout ce qui bouge… pour manger ! Fort heureusement, l’intéressé est envoûté… du moins tant que le charme fonctionne… ce qui induit donc des loupés…

Le Troll est par nature un être sauvage et cruel. Certains enchantements permettent de le domestiquer, mais parfois ces liens magiques se rompent… Tous les observateurs sont formels ; il est déconseillé de se trouver près d’un Troll à cet instant.

Pour simplifier les choses, et ne pas trop en dévoiler, deux méchants tiennent le haut du pavé : Thanos et Sixte Averroës. Le second est plus intéressant que le premier qui est positionné comme un antihéros classique. Voici donc un nouveau stéréotype : le méchant intelligent, cynique, impitoyable et avide de pouvoir. Quelques personnages secondaires viendront renforcer l’équipe : notamment le dieu mineur Sphax et le mystérieux Haruspice. Le scénario ne brille pas par son originalité : d’abord il faut aller jusqu’à Eckmül, ensuite récupérer un objet dans les baronneries et ensuite partir en quête d’un être de légende. Bien entendu toutes ces phases sont coupées de péripéties qui sont le fruit d’un mélange de fantasy et d’humour. Le résultat est réussi, même si certains volumes sont plus réussis que d’autres : ainsi Castel or-Azur et Le paladin d’Eckmül représentent des sommets. Il est particulièrement agréable de lire la série d’un seul tenant, sans avoir à attendre la publication d’un album en particulier, la frustration étant nettement amoindrie. Si l’humour tient une place prépondérante ou centrale, il ne faut pas pour autant croire qu’il s’agit uniquement de cela. L’intrigue n’est certes pas révolutionnaire mais elle est cohérente pour l’univers. Certaines séquences sont mémorables et toutes ne doivent pas cette reconnaissance aux poses de Cixi. Quoique… le paroxysme étant atteint le jour où le lecteur pourra suivre les pérégrinations de nos héros confrontés à des dieux, dans leur milieu naturel. Bons moments garantis !

Le style graphique ainsi que les couleurs sont plaisants. Les formes ne font pas franchement réalistes mais elles sacrifient ainsi la froide rigueur à la rondeur, permettant d’autant plus aisément, l’immersion dans un monde différent où, sauf exception, le recours à la magie est considéré comme quelque chose de naturel. En somme voici une bande dessinée qui s’adresse essentiellement à un public de jeunes adultes ou d’adultes ayant conservé un sens de l’humour sensible au potache. Il est plus raisonnable de ne pas laisser les plus jeunes mettre les yeux sur ces différents tomes même si Hébus apporte une sorte de caution juvénile (ses frasques sont particulièrement cocasses et tombent comme un cheveu sur la soupe). Ainsi certaines séquences mettent en scène des cadavres, des viscères à l’air, du sang, sans oublier des massacres, bien que toujours présentés de manière légère et les allusions grivoises.

Tout cela est aussi sympathique qu’original à des années lumières de la fantasy « sérieuse ». Un petit moment de bonheur à apprécier à sa juste valeur.

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