Titre : Les mémoires de Vanitas
Auteur : Jun Mochizuki
Éditeur : Ki-oon
Date de publication : juillet 2017

 

Synopsis : Dans un Paris du XIXème siècle, les vampires refont surface en tuant les humains. Pourtant, leur clan à la limite de l’extinction s’est juré de demeurer dans l’ombre et de ne plus s’en prendre aux hommes. L’influence de Twilight sans doute. Un magicien humain, nommé « Vanitas » en l’honneur du célèbre vampire de la lune bleue et craint de tous ses semblables aux quenottes pointues, utilise un grimoire magique pour soigner les maudits : des vampires dont le nom a été altéré. Noé, un vampire arrivé de province, découvre la ville et suit la trace de son idôle : Vanitas. A bord de l’aéronef le menant à la capitale, il rencontre Amélia, une jeune femme charmante. Alors qu’ils devisent tranquillement, l’impensable se produit : Amélia révèle à tous sa nature vampirique et s’en prend aux passagers.

 

 

Nous retrouvons avec joie Jun Mochizuki pour une nouvelle saga trépidante : Les mémoires de Vanitas. La jeune femme a fait ses preuves avec Crimson Shell et Pandora Hearts. Remarquée par Square Enix. Avec ce premier volume orienté steampunk façon vampire, elle m’a donné furieusement envie de dévorer toute la bibliographie. Adieu le shonen pour bourrin excité. Ici, tout n’est que délicatesse, humour et bastonnade chorégraphiée à la Jackie Chan. On apprécie un nouvel univers dans le Paris du XIXe siècle, aux lignes toujours aussi élégantes. N’étant pas particulièrement friande des histoires de vampires, j’étais quelque peu réticente. Mais la préface écrite par Hiromu Arakawa, l’auteur de Fullmetal Alchemist et le seul ayant réussi l’exploit de me faire lire tous les tomes d’un manga, m’a convaincue et je n’ai pas été déçue. D’ailleurs, je l’ai lu trois fois. En un jour. Bref, j’ai adoré.

 

Jun, comment as-tu pu me faire ça ?! Après un tel premier chapitre, je n’ai plus d’autre choix que de suivre ta série jusqu’à la fin !!

 

Je reproche souvent aux mangas leur manque de clarté, leurs stéréotypes et leur durée de vie. Avec Les mémoires de Vanitas, tous mes a priori ont été balayés. Si la couverture attire l’œil, on découvre ensuite un dessin délicat et précis qui facilite la fluidité de lecture. On ne cherche pas à savoir si ce qu’on voit est un bras ou un pied se balançant dans la figure d’un énième super méchant. Tout est clair et limpide. De plus, les double-pages illustrant le Paris du XIXe envoûtent le lecteur. Quel bonheur pour les mirettes !

En remarquant le mot « vampire », on peut s’attendre à tout, en particulier à du mauvais, surtout si on se contente des œuvres produites ces dernières années. Fort heureusement, Les mémoires de Vanitas ne tombent pas dans les écueils archétypaux. Le personnage de Noé, notre héros, semble au premier abord aussi froid et distant que les vampires connus, mais on réalise rapidement qu’il compte parmi les excentriques de son milieu. Doué d’un sens de l’humour très prononcé, ses multiples interventions prêtent à sourire et allège agréablement le ton de l’intrigue. Entre les tentatives de drague de Vanitas et les moqueries de Noé, on ne peut que s’attacher à ce duo de choc.

On peut féliciter la documentation riche que nous offre Jun Mochizuki. Les références culturelles et historiques pullulent à chaque page. L’auteur a su par exemple se réapproprier l’histoire de Jeanne d’Arc en la transformant en bourreau au service d’un enfant : Jeanne, la sorcière incendiaire. Dénomination ironique puisque notre Jeanne d’Arc a été brûlée vive par les anglais. Elle obéit aveuglément aux ordres d’un jeune vampire, ce dernier tentant vainement de juguler ses accès de violence. On devine ici un personnage potentiellement récurrent, au passé particulièrement chargé.

Habituellement, les mangas regorgent d’exclamations anglaises agaçantes, rendant le niveau de langage particulièrement bas. Là encore, Les mémoires de Vanitas rompt avec ses pairs. La langue riche, les mots recherchés et choisis avec soin, tous les ingrédients sont au rendez-vous pour ravir le lecteur aguerri. A première vue, le volume semble également bien supérieur à ses congénères. L’ouvrage est épais, voilà enfin un manga qu’on ne terminera pas en moins d’une heure.

Les mémoires de Vanitas a été un coup de cœur. N’étant pas une fan inconditionnelle de manga, il s’agit là d’un fait suffisamment rare pour le remarquer. Ce premier volume nous offre mille promesses et j’espère que les tomes suivants seront à la hauteur. Loin des stéréotypes encombrant souvent le genre, ce manga surprend par ses richesses aussi bien visuelles que culturelles. Une véritable pépite !