Titre : Et si le diable le permet
Cycle : Une étrange aventure de Sachem Blight & Oxiline
Auteur : Cédric Ferrand
Éditeur : Les Moutons Électriques
Date de publication : 2017 (mai)

Synopsis : 1930. Le monde se remet à peine de la pire crise financière de tous les temps. Les capitales paniquent encore à la moindre rumeur, les colonies sont paralysées par la peur… Même les riches ne dorment pas sereinement, c’est dire ! Heureusement pour lui, le très aventureux Sachem Blight travaille dans un domaine épargné par toute cette incertitude boursière : il parcourt le vaste monde pour secourir les filles et fils de bonne famille, cette brochette d’inconscients qui se jettent volontairement dans la gueule du loup sous le prétexte de vouloir goûter aux joies de vacances exotiques. Le commerce de Blight l’emmène sur tous les continents pour affronter la multitude de dangers auxquels ses clients se frottent lors de leurs tribulations. Et cette fois-ci, Sachem est appelé à la rescousse à Montréal, au Québec. Et manque de chance pour lui, son niveau de Français n’est pas à la hauteur de l’enquête qu’il doit mener. Pour la première fois de sa carrière, il va devoir composer avec une partenaire, en la personne d’Oxiline, sa demi-sœur qu’il connaît à peine.

T’as été smart, l’anglo, sur ce coup là. Et beau joueur, avec ça. Ça aurait pu faire vilain, mais t’as évité que ces cochons nous vargent dessus. J’taime bien, finalement !

 

Si vous appréciez ce qu’on appelle la « crapule fantasy », alors vous avez certainement déjà entendu vanter les mérites du « Wastburg » de Cédric Ferrand. Son second roman, « Sovok », avait lui aussi rencontré un accueil favorable, la vision de ce Moscou futuriste en pleine déliquescence ayant saisi plus d’un lecteur. Après deux ouvrages aussi atypiques, c’est sans aucune appréhension, et même avec une certaine impatience, que je me suis lancée dans la lecture de la dernière parution de l’auteur, premier tome des aventures d’un certain Sachem Blight et de sa demi-sœur Oxiline. Seulement, voilà, la sauce n’a pas pris… Sans aller jusqu’à proposer du resucée de ses précédents textes, je m’attendais au moins à retrouver ici un peu du mordant et de l’excentricité de l’auteur. Et bien non. Honnêtement si je n’avais pas vu le nom sur la couverture, jamais je n’aurais pensé qu’il puisse s’agir de Cédric Ferrand tant le roman souffre de maladresses qui étaient totalement absentes de ses précédentes œuvres. Mais commençons par planter le décor avant de rentrer dans le vif du sujet : nous sommes en 1930, à Montréal, où Sachem Blight, un aventurier spécialisé dans le sauvetage de fils et filles de bonne famille, se voit confier une nouvelle mission. A priori rien de bien sorcier : le fils d’un riche entrepreneur local a disparu après une brouille avec son père qui décide d’embaucher l’enquêteur pour aller le récupérer dans le quartier francophone de la ville. Seulement les choses tournent très vite très mal. D’abord, pas moyen de remettre la main sur le jeune homme, et ce en dépit des témoignages recueillis et des diverses pistes étudiées. Ensuite, Sachem Blight apprend l’existence d’une demi-sœur dont, faute de pouvoir payer l’onéreuse école, il se retrouve à assumer la responsabilité. Et puis il y a la ville de Montréal dans laquelle le héros peine à se fondre et qui semble agiter par de curieux courants.

Le plus gros atout du roman réside incontestablement dans son décor qui, une fois n’est pas coutume, n’a rien de commun. Il faut bien avouer que des récits mettant en scène le Montréal des années 30, ça ne coure pas franchement les librairies ! L’auteur prend d’ailleurs beaucoup de plaisir à nous faire découvrir la ville, s’attardant sur ses monuments les plus emblématiques ou nous amusant de quelques anecdotes croustillantes. Le contexte de l’époque est lui aussi abordé sous différents aspects, du spectre de la crise de 29 qui plane toujours sur le pays (jusqu’à rendre les banquiers un poil parano…) aux tensions opposant les communistes aux socialistes et aux libéraux, sans oublier la question du droit des femmes ou encore le statut des peuples autochtones. Pour ce qui est du décor, donc, qualité et originalité sont au rendez-vous. Là où le bât-blesse, en revanche, c’est au niveau de l’intrigue. L’enquête de notre aventurier se divise rapidement en une multitude de branches qui donnent au récit un aspect brouillon et empêchent de véritablement cerner les enjeux des personnages. On peine par conséquent à se passionner pour cette investigation décousue qui bascule dans les derniers chapitres dans le bazar le plus complet jusqu’à une réunion de famille prévisible et assez saugrenue. La forme n’est pas particulièrement soignée non plus, l’ouvrage possédant de trop nombreuses coquilles (dont vous apprendrez ironiquement l’origine de l’expression dans ce livre…). Les protagonistes, enfin, peinent eux aussi à convaincre et à susciter l’intérêt du lecteur. Sachem Blight n’est pas un personnage particulièrement sympathique et se laisse porter par les événements davantage qu’il ne cherche à les anticiper. Sa sœur, Oxiline, fait preuve d’un peu plus de fantaisie mais reste pour le moment trop dans l’ombre de son frère pour que l’on puisse réellement s’y attacher.

Cette première « étrange aventure de Sachem Blight et Oxiline » se révèle donc fort décevante, la curiosité éveillée par la période et le lieu mis en scène ne parvenant pas à supplanter l’ennui éprouvé à la lecture d’une intrigue tout sauf trépidante. Dommage, car j’avais vraiment adoré les précédents romans de l’auteur.

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Critique réalisée dans le cadre du Challenge Summer Short Stories of SFFF 3