Titre : Le Livre de Perle
Auteur : Timothée de Fombelle
Éditeur : Gallimard
Date de publication : 2014

Synopsis : Ilian, prince déchu d’un monde féérique, a été banni dans notre réalité à la veille de la seconde Guerre mondiale. Tombé amoureux d’Olia, une fée bannie en même temps que lui, il parcourt la Terre à la recherche de preuves magiques pour retouver son monde. Il croise sur sa route un couple de confiseurs juifs, les Perle, qui l’accueillent comme un fils.

Les histoires naissent ainsi, quand de petits mystères rencontrent des heures sombres.

Timothée de Fombelle est principalement connu pour avoir écrit Tobie Lolness, son premier roman. Ce dernier a connu un succès planétaire et a reçu de nombreuses récompenses (prix Saint-Exupéry, prix Tam-Tam, prix Sorcières). Il a poursuivi sa carrière d’écrivain avec Céleste, ma planète et Victoria rêve, deux romans axés sur l’écologie. Ces deux romans ont été édités au format audio. Avec Vango, il reçoit une critique dithyrambique et achève de séduire les irréductibles. Son dernier roman, Le Livre de Perle, mélange la réalité avec la féerie, obtenant un hymne vibrant de sincérité pour l’amour et l’imaginaire.

Jamais, à quatorze ans, je n’avais eu cette page blanche, cette liberté sans limites, ce temps qui m’appartenait entièrement. Il a suffit qu’on me donne ce temps de solitude, dans un petit royaume au bord de l’eau, pour que l’imaginaire et la vie s’abattent sur moi et ne me lâchent plus.

Rarement j’ai éprouvé à ce point le désir de jeter un livre par la fenêtre pour m’y replonger avec avidité deux jours plus tard. Jusqu’à la dernière ligne, j’étais incapable de savoir si je l’abhorrais ou l’adorais. Il faut dire que le bonhomme a un style très particulier. Le croisement des voix narratives crée un flou au niveau de l’intrigue qui frôle l’incompréhension, si bien qu’on se perd dans un labyrinthe de possibles. Rien n’est tangible et lorsque l’on croit enfin tenir un début de solution, c’est pour mieux la laisser filer entre nos doigts. Chaque chapitre est raconté non seulement à travers un point de vue différent mais également à une époque et un monde différent. Une fée insouciante laisse la place à un collectionneur de valises caché entre deux nazis, le tout sur un fond de guimauves.

Mais les grands secrets qu’on ne partage pas finissent par s’effacer un peu. On ne reconnait plus les formes sur le papier glacé. Ces secrets se mélangent aux rêves. Et quand on les réveille, ils nous rappellent seulement notre solitude.

A mi-chemin entre le polar, le conte et le récit d’aventure, Le Livre de Perle rappelle le Bildungsroman façon Peter Pan. On enquête et on guette les indices à la recherche de l’identité de Joshua Perle, à la recherche de l’idylle entre Ilian et Olia, à la recherche d’un adolescent adepte de la photographie. Le roman entier est une longue quête dont on ne sort pas indemne et lorsque vient le moment de tourner la dernière page, on ne peut s’empêcher de se sentir soulagé sans vraiment savoir pourquoi.

Je ne savais plus si je devais sourire ou pleurer de les imaginer pour toujours ensemble et loin de moi.

Avec le mélange des voix vient celui des personnages. C’est une véritable valse où s’enchaînent les protagonistes. Ma préférence se tourne vers Fara, le vieux domestique. Il personnifie la loyauté par excellence : loyauté pour sa reine d’abord, pour son roi devenu fou ensuite. Il fait office de figure parentale pour Ilian et le pousse à quitter son exil. Loin d’être aussi naïf qu’on le croit, il devine tous les secrets les mieux enfouis et il a la sagesse de les garder pour lui. Bien qu’étant un laissé-pour-compte vivant en misérable dans une bicoque au fond d’un marais, il fait preuve d’une noblesse d’âme rare. Figure emblématique du chagrin, il erre sa vie durant, inconsolable et inconsolé.

Le livre de Perle fait partie de ces curiosités dont on ignore si on les aime ou non. Et pourtant, les jours suivants sa lecture, on ne peut s’empêcher d’y penser encore et encore, preuve qu’il s’agit là d’une œuvre unique nous ayant particulièrement marqués.

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