Titre : Boudicca
Auteur : Jean-Laurent del Socorro
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2017 (avril)

Synopsis : Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Il n’y a pas de hasard, ni d’autre destin que celui que nous choisissons d’incarner.

 

Après un premier roman prometteur mettant en scène la ville de Marseille à l’époque des guerres de religion (« Royaume de vent et de colères »), Jean-Laurent del Socorro opte à nouveau pour un cadre historique et met cette fois en avant le personnage de Boudicca. Il est assez délicat de faire la critique d’un livre pour lequel on a servi de relecteur (mon affection pour le personnage ne vous aura sans doute pas échappé^^), mais la version présente est finalement si différente de celle que nous avons eu entre les mains au tout début de son écriture que je pense malgré tout être à même d’en parler sans être taxée de parti pris. Un mot, d’abord pour présenter le personnage qui donne son nom au roman : Boudicca est une reine celte célèbre pour s’être révoltée en 61 après J.-C. contre les légions romaines cantonnées sur l’île de Bretagne dont elle faillit bien réussir à les expulser. On ne connaît finalement pas grand chose de ce personnage pourtant fort célèbre en Angleterre (vous avez peut-être eu l’occasion de contempler sa statue à proximité de Big Ben…), si ce n’est ce que quelques auteurs romains ont pu rapporter (à savoir quelques lignes sur les causes de la révolte, le nom des villes prises et brûlées et l’écrasement de la rébellion). L’originalité du roman tient au fait qu’au lieu de se focaliser sur cette partie justement moins floue de la vie de l’héroïne, Jean-Laurent del Socorro choisit plutôt de s’interroger sur ce qui a pu lui arriver avant, ce qui l’a forgé et lui a donné la force et le pouvoir de s’opposer de manière aussi vigoureuse aux Romains.

Le roman est découpé en trois parties bien distinctes, trois temps qui correspondent chacun à un statut occupé par l’héroïne à différents moments de sa vie : fille de roi, d’abord, puis épouse et mère, et enfin reine et chef de guerre. La narration est à la première personne et reflète finalement assez bien le caractère du protagoniste : l’auteur opte pour un style direct et dynamique, sans fioritures, sans superflus, à l’image de cette reine guerrière volontaire et plus à l’aise avec les armes que les mots. L’un des principaux points forts du roman vient justement de cette héroïne qui connaît une évolution intéressante au fil des chapitres, passant d’une enfant chicaneuse en mal d’amour paternel à une reine fière sincèrement soucieuse du bien-être de son peuple. Sans pouvoir véritablement être qualifiée de sympathique, la Boudicca dépeinte ici force malgré tout le respect et parvient à plusieurs reprises à émouvoir, notamment par son incapacité à exprimer ses sentiments aux divers membres de son entourage. Pour ce qui est de la reconstitution historique, l’auteur ne s’embarrasse pas vraiment de détails mais les scènes chargées de mettre en avant le mode de vie celte de l’époque et les relations entretenues entre les chefs de tribu et les Romains reposent sur une solide documentation. Jean-Laurent del Socorro ne commet d’ailleurs pas l’erreur d’adopter une vision manichéenne du conflit et tente au contraire de le dépeindre dans toute sa complexité. L’ouvrage s’achève par une nouvelle intitulée « D’ailleurs et d’ici » mettant en scène l’un des plus célèbres événements de de la fin du XVIIIe : le début du Boston Tea Party. Un avant-goût de ce que l’auteur nous réserve pour son prochain roman…

 

Avec ce nouvel ouvrage, Jean-Laurent del Socorro rend un bel hommage à cette héroïne celte célébrée en Angleterre et revient avec succès sur deux moments de révolte inattendus qui ont marqué l’histoire (le tout enrobé dans une superbe couverture !). Si vous souhaitez poursuivre votre découverte du personnage, je vous encourage fortement à découvrir la superbe tétralogie « La reine celte » dans laquelle Manda Scott propose elle aussi une biographie romancée de Boudicca.

Autres critiques : Alinel (La bibliothèque d’Alinel) ; Allan Dujipérou (Fantastinet) ; Blackwolf (Blog-O-livres) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Dup (Book en Stock) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte) ; Le comptoir de l’écureuil ; MarieJuliet (Les Lectures de MarieJuliet) ; Samuel Ziterman (Lecture42) ; Sia (Encres & Calames) ; Strega (Les carnets d’une Livropathe) ; Xapur (Les lectures de Xapur)

En bonus : Une interview de l’auteur sur le site de Lecture42