Titre : Le guerrier prophète
Cycle : Le prince du néant, tome 2
Auteur : R. Scott Bakker
Éditeur : Fleuve noir / Pocket
Date de publication : 2009 / 2010

Synopsis : La Guerre sainte contre les Fanim, lancée par le prophète Maithanet, poursuit son inexorable marche vers le Sud. Achamian, le sorcier-espion, a enfin retrouvé celle qu’il aime, Esmenet, et tous deux voyagent avec Anasûrimbor Kellhus, le moine aux pouvoirs sur-naturels. Achamian est persuadé que Kellhus est le prince du Néant, celui qui annonce la deuxième Apocalypse. Les projets de Kellhus sont bien sombres : il a envoyé le guerrier Cnaiür assassiner son père et veut contrôler la Guerre sainte. Mais il devra affronter la cabale des sorciers qui sèment chaos, famine et destruction sur leur passage.

Aucune décision n’est si brillante qu’elle ne nous engage par ses conséquences. Aucune conséquence n’est si inattendue qu’elle nous absolve de nos décisions. Pas même la mort.

 

Après un premier tome (et premier roman) qui plaçait déjà la barre très haut, R. Scott Bakker parvient malgré tout à se surpasser. Plus dense, plus intense, plus épique : « La guerrier prophète » fait partie de ces expériences de lecture qui vous marquent et vous hantent avec une acuité surprenante des années après avoir refermé le roman. On y retrouve le monde d’Eärwa exactement là où on l’avait quitté à la fin « D’Autrefois les ténèbres » : après bien des obstacles, les Inrithis se mettent finalement en marche pour libérer la ville sainte de Shimeh tandis que, dans l’ombre, la Consulte manigance afin de s’assurer les bonnes grâces des puissants. Outre le départ des Fidèles, ce tome ci se concentre surtout sur l’ascension d’un homme, Anasûrimbor Kellhus, leader charismatique aux desseins ambiguës devenu pour ses disciples le « guerrier prophète » et l’annonciateur d’une nouvelle apocalypse. On est maintenant davantage à l’aise avec la multitude de peuples, langues et histoires façonnés par l’auteur et il devient de plus en plus difficile de lâcher le roman dont la lecture finit par se révéler presque addictive malgré (ou peut-être justement grâce à) un haut degré de concentration exigé. L’intrigue se fait pour sa part plus rythmée et atteint son apogée lors de plusieurs scènes à couper le souffle tant elles sont d’une intensité et d’une poésie rare (je me suis surprise à plusieurs reprises à éprouver les mêmes sensations qu’à la lecture d’un Guy Gavriel Kay, c’est pour vous dire !).

Difficile par exemple d’oublier le combat de la Plaine de la bataille, l’atroce et interminable traversée du Désert de Carathay ou encore les horreurs de la prise de la ville païenne de Carascande. Si vous aimez comme moi les affrontements épiques, vous allez être servis ! L’auteur ne fait pas les choses à moitié et nous offre des batailles magistralement orchestrées qui se hissent en ce qui me concerne sans mal dans le palmarès des scènes de combat les plus immersives et les plus poignantes que j’ai pu lire. « Ils étaient venus des manoirs au sol paillé de Galéoth où les chiens soupaient avec leur maître; des forêts-frontières de Thunyérus, immenses et profondes, où les srancs menaient leur sempiternelle guerre sans but ; des salles de Ce Tydonn où les thanes aux cheveux longs dénonçaient les races bâtardes ; des grands domaines de Conriya où des palatins aux yeux noirs faisaient un trophée de leur passé ; et des plaines torrides de la Haute-Ainon où des nobles de caste peints se frayaient par la force un chemin à travers les rues grouillantes. Huit saisons auparavant, le Shriah des Mil Temples avait demandé, et ils étaient venus … les Hommes de la Dague. » Au delà de la qualité de la plume de l’auteur, si l’on s’investit à se point dans le récit c’est aussi et surtout grâce au soin apporté à la personnalité de chaque personnage. De la prostituée repentie Esmenet au sauvage et torturé Cnaïur en passant par le scolastique Drusas Achamian ou le prince Proyas, R. Scott Bakker nous livre une galerie de personnages inoubliables et d’une humanité touchante en dépit (ou peut-être encore une fois à cause) de leur indéniable noirceur.

 

Avec « Le guerrier prophète », R. Scott Bakker signe un roman de fantasy exceptionnel dont la lecture se révèle extrêmement marquante sur le moment et dont le souvenir perdure des années après. Et ça, c’est bien la marque d’un très grand roman !

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 3