Titre : La Nuit des égrégores
Cycle : Magies secrètes, tome 3
Auteur : Hervé Jubert
Éditeur : Folio SF [fiche officielle]
Date de publication : 1er avril 2016

Synopsis : Le tournoi des ombres entraîne Georges Beauregard en Égypte où un canal va être inauguré, à Suez, en présence des dirigeants des plus grandes puissances. Un étrange phénomène est en effet signalé dans le désert. Se peut-il qu’une menace pèse sur l’événement, voire sur le monde? Et tout cela pourrait-il avoir un rapport avec les tragiques incidents qui menacent la Féerie, à Paris? Beauregard, aidé de ses compagnons, ne va pas chômer. Surtout s’il souhaite, en plus, découvrir enfin la vérité sur ses origines.

— Jeanne a vraiment proposé à ce Puck de s’écraser sur New London ?
Beauregard sourit.
— Le corps dans lequel elle est revenue appartenait à une Irlandaise.

Que j’étais content quand j’ai vu que ce troisième opus paraissait ! Rappelons un peu les épisodes précédents : Hervé Jubert faisait partie de ce petit panel d’auteurs ayant eu la chance de travailler avec Xavier Mauméjean au sein de la collection Pandore des éditions du Pré-aux-Clercs ; une fois cette collection close, qu’advenait-il de la suite des séries commencées ? C’est finalement Pascal Godbillon qui a récupéré le tout chez Folio SF avec la promesse de poursuivre la publication directement en poche.

GHBB est donc de retour ! Non, ce n’est pas une drogue qui ferait passer les nourrissons à l’état de camés cadavériques, ce sont heureusement les initiales du fameux ingénieur-mage Georges Hercule Bélisaire Beauregard qui nous a déjà tenus en haleine durant deux tomes, à travers la Séquana de l’empereur Obéron III, puis dans les ruelles sombres et embrumées de New London ! Dans une Europe très nationalisée autour de grandes figures politiques (Obéron III est bien sûr l’équivalent de Napoléon III), l’ingénieur-mage cherche à survivre non seulement pour lui-même, mais aussi pour la cohorte de créatures féériques qu’il protège. Clairement, il y a une vraie difficulté à se remettre dans l’intrigue alors que celle-ci s’emballait à la fin du deuxième tome ; La Nuit des égrégores redémarre alors tambour battant alors que les tenants et aboutissants de l’histoire donnent l’impression d’être en place depuis longtemps. Comme il vous est rappelé en prélude, mieux vaut lire (ou relire) les tomes antérieurs pour être au taquet. Toutefois, l’univers féérique créé par l’auteur en se calquant sur les événements de la fin du XIXe siècle est tellement riche et peut tellement absorber quantité de mythes transversaux qu’on s’y refond avec plaisir.

Mettant fin à l’unité de lieu des tomes précédents, l’auteur opte pour une vision d’ensemble afin de suivre le groupe de protagonistes devenu conséquent dans les villes de Séquana, Byzance, Gotham, même Le Caire. Car le petit groupe de héros potentiels, qui s’était constitué autour de Georges Beauregard durant les événements de New London dont nous découvrons les conséquences ici, est éparpillé aux quatre coins du globe façon puzzle ! Cette situation décousue n’est pas pour autant délivré à vau-l’eau par l’auteur, puisque le tout s’enchaîne avec une facilité très agréable au sein d’uniquement cinq longs chapitres cohérents (je préfère cela à un manque d’intrigue caché derrière des chapitres rachitiques dans le but d’accélérer artificiellement le rythme de lecture). Georges Beauregard a un rôle finalement bien plus réduit ici, puisqu’il se résume à deux interventions, à Byzance puis Le Caire, alors que ses acolytes agissent, voguent, volent et enquêtent. Ce déséquilibre ne nous empêche pas du tout de retrouver ces personnages avec grand plaisir, ni de bénéficier d’un récit particulièrement fluide.

Outre ces aspects de personnage et d’intrigue, tout lecteur aura plaisir à déceler dans la série Magies secrètes quantité de références historiques, ou uchroniques plutôt, ainsi qu’un bestiaire très intéressant. Parmi les références foisonnantes, le roman se termine sur d’étranges parallèles avec le génocide juif (pas arménien, ni tsigane, il n’y a aucune ambiguïté ici) qui m’ont un peu gêné ; même si le parallèle général sur la disparition des créatures magiques se défend tout à fait, je n’ai honnêtement pas saisi l’intérêt de ce choix référencé. Pour autant, c’est l’occasion de voir l’affrontement des Fays, ces nombreuses et diverses créatures issues de la Féérie, avec une entité qui cherche à les traquer pour une raison bien précise. L’Égrégore est dans la place et il compte bien vous happer !

Même si mon côté pointilleux a diablement envie de critiquer tout un tas de petits critères, La Nuit des égrégores m’aura particulièrement diverti avec une aventure courte mais foisonnante, dissolue mais très fluide, et un univers qui me sied parfaitement : ce que j’avais trouvé dans les publications de la collection Pandore est bien présent dans cette suite.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Oriane (La Pile à Lire)