loeuf-de-dragon

Titre : L’oeuf de dragon
Auteur : G. R. R. Martin
Éditeur : Pygmalion / J’ai lu
Date de publication : 2014 / 2016

Synopsis : Quatre-vingt-dix ans avant les péripéties du « Trône de Fer », Aegon, de la lignée royale, surnommé l’Œuf, court les routes incognito comme écuyer d’un chevalier errant, Dunk. Au hasard des chemins, le duo se voit convié par le fringant Jehan le Ménétrier à participer à un tournoi richement doté qui sera le clou des noces de lord Beurpuits. Au champion ira le grand prix, un inestimable œuf de dragon. Mais il apparaît bientôt que les noces et le tournoi sont un nid d’intrigues et d’ambitions, petites et grandes, et qu’une prophétie annonce de grands événements. De fait, après la rébellion, les partisans de Deamon Feunoyr, qui a chassé quelques années plus tôt la fine fleur des chevaliers en exil de l’autre côté de la mer, fomentent une nouvelle conspiration. Certains souhaitent déposer le souverain légitime pour installer leur propre prétendant. À leur corps défendant, Dunk et l’Œuf se retrouvent au cœur du complot.

Note 4.0

Chêne et fer, gardez-moi fort, ou bien suis mort.

 

Alors que le sixième tome de la saga à succès « Game of thrones » se fait toujours attendre, G. R. R. Martin fait patienter son lectorat avec quelques récits inédits se déroulant également sur Westeros mais à une époque antérieure. « L’œuf de dragon » est ainsi la troisième nouvelle consacrée au duo composé du chevalier errant Dunk et de son jeune écuyer baptisé l’Oeuf. On retrouve ici nos deux compères en route pour le nord où ils espèrent pouvoir mettre leur épée au service des Stark, déjà en proie aux velléités de rébellion des Fer-nés. La vie d’un chevalier errant n’est toutefois pas aisée, le froid et la faim auxquels s’ajoutent le manque de confort et surtout de considération faisant partie du quotidien de ces guerriers résolus à ne dépendre d’aucun seigneur. Alors lorsqu’on leur propose de faire escale à Murs-Blancs où un tournois réunissant la fine fleur de la chevalerie locale est prévu en l’honneur des noces de Lord Beurpuits, la tentation est grande de profiter du gîte et du couvert offerts en échange de leur participation. Le prix proposé au vainqueur est également alléchant et inhabituellement prestigieux : un œuf de dragon. On renoue ici avec le monde des tournois déjà mis en scène dans « Le chevalier errant ». Le martellement des sabots des chevaux, le fracas des lances, les armures étincelantes, les défis lancés par des chevaliers épris de gloire… : la richesse et la crudité de la plume de l’auteur rend cette fois encore l’immersion immédiate.

Si le décor constitue à lui seul une raison suffisante pour apprécier la nouvelle, son intérêt réside aussi et surtout dans ce qu’elle nous apprend d’inédit sur l’histoire mouvementée de Westeros. La guerre civile opposant les Stark aux Lannister est en effet loin d’être la première à avoir menacé la stabilité et la prospérité des sept royaumes. Dans le cas présent le lecteur arrive toutefois après la bataille puisque cela fait déjà plusieurs années que les partisans de deux prétendants concurrents se sont joyeusement étripés au champ d’Herberouge. Certaines maisons ont malgré tout encore du mal à digérer la défaite de celui que l’on appelait alors le « dragon noir » et qui pourrait fort bien toujours constituer une menace pour le souverain actuel. G. R. R. Martin profite également de l’occasion pour nous familiariser un peu plus avec les puissants et les célébrités de l’époque, qu’il s’agisse de la redoutable et redoutée main du roi Freuxsanglant, ou bien de chevaliers plus modestes comme ser Kyle le Chat, Maynard Prünh, Glendon Boule ou encore Jehan le Ménétrier. Autant de personnages qui donnent davantage de corps à l’univers et de complexité à l’intrigue. On prend aussi plaisir à suivre l’évolution des relations entre ces deux protagonistes aux caractères si éloignés et s’entendant pourtant comme larron en foire : l’un est taciturne, bougon mais profondément honnête, et l’autre impulsif, sûr de lui et, en dépit de son jeune âge, déjà rompu aux intrigues de cour.

 

Les aventures de Dunk et l’Oeuf constituent donc un supplément agréable au « Trône de fer » et nous permettent de nous familiariser avec l’histoire de Westeros sur lequel plane ici aussi le spectre de la guerre civile. On reconnaît d’ailleurs sans mal la patte de G. R. R. Martin qui se montre une fois encore particulièrement retors, multipliant les indices et les fausses pistes pour au final nous surprendre complètement dans les dernières pages. A découvrir.

Voir aussi : Le chevalier errant, suivi de L’épée lige