Un maillot pour l'Algérie

Titre : Un maillot pour l’Algérie
Scénaristes : Kris et Bertrand Galic
Dessinateur : Javi Rey
Éditeur : Dupuis (Aire Libre) (fiche officielle)
Date de publication : 1er avril 2016
Récompenses : Prix de la BD RTL du mois d’avril 2016

Synopsis : En 1958, à la veille de la Coupe du monde en Suède, douze footballeurs de Première Division quittent clandestinement la France et rejoignent les rangs du FLN. Nous sommes en pleine guerre d’Algérie et leur but est de créer la première équipe nationale algérienne de football et d’en faire l’ambassadrice de l’indépendance à travers le monde… Parcourant le monde souvent clandestinement, cette équipe de champions devenus des va-nu-pieds, devant parfois accomplir plusieurs milliers de kilomètres en minibus à travers le désert pour jouer un match, sans remplaçants, va accomplir exploit sur exploit au fil de plus de 80 matches. Ils s’appellent Zitouni, Arribi, Kermali, Mekhloufi… et ils sont devenus des légendes du sport.
On dira de ces « fellaghas au ballon rond » qu’ils ont fait avancer la cause algérienne de dix ans et évité des dizaines de milliers de morts supplémentaires.
Javi Rey, Bertrand Galic et Kris n’ont jamais déserté les stades et ont trouvé dans les destins de ces joueurs l’occasion de croiser leur amour du ballon rond et de l’histoire avec un grand H. Kris, l’un des chefs de file de la bande dessinée du réel (on lui doit les succès « Un homme est mort » ou « Notre mère la guerre »), a trouvé les parfaits coéquipiers en Bertrand Galic, habile scénariste et historien, et Javi Rey, un jeune dessinateur catalan qui mêle subtilement les émotions humaines et l’intensité des scènes de match.

Note 4.0

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. C’est un français qui a écrit ça, je crois… La preuve que, parfois, ces gens-là peuvent aussi être justes.

Grâce à Dupuis et à Babelio, via sa Masse Critique BD, j’ai pu découvrir « Un maillot pour l’Algérie, roman graphique créé à six mains par Kris, Javi Rey et Bertrand Galic.


Cet album s’applique à créer une fiction sur un fait tout à fait historique : en 1958, la fuite de footballeurs algériens de France pour aller créer une équipe du FLN (Front de Libération Nationale qui avait lancé la guerre pour l’indépendance de l’Algérie). Le point de départ est bien choisi et semble toucher de près ou de loin l’enfance de cette génération d’auteurs, que ce soit pour l’aspect footballistique ou pour l’aspect « guerre d’Algérie ». Dans cet événement, nous suivons plus particulièrement la destinée de cette douzaine de footballeurs professionnels (Zittouni, Arribi, Kermali, Boubekeur, etc.) qui a dû partir de France clandestinement, car évidemment les autorités les en ont empêchés, et surtout au pire moment car une partie d’entre eux était attendu quelques semaines plus tard en équipe de France pour disputer la Coupe du Monde 1958 (où la France finit finalement troisième après une campagne déjà monumentale, même sans certains titulaires). Suivre donc ses exilés volontaires est donc passionnant dans la perspective historique, mais aussi dans l’optique de quelques privilégiés qui décident de perdre leurs avantages (au risque de mettre en danger leur famille) au nom d’un amour de la patrie et de la liberté, ce n’est pas rien.

Dans le même angle de vie, créer une histoire comme « Un maillot pour l’Algérie » a une certaine portée dans notre société où l’intégration des migrants, qui furent longtemps bienvenus et même appelés, a clairement été négligée, voire gênée. De plus, ce qui est souvent difficile dans ce genre de projet engagé ou bien très orienté (les biographies sont souvent dans ce cas-là), c’est de montrer aussi les aspects moins évidents, plus anecdotiques peut-être, mais plus tendancieux aussi. Ainsi, la question des doutes, des retards est bien posée, tout comme celle du retour qui concerne au premier degré Rachid Mekhloufi quand il doit se décider sur son avenir à l’A.S. Saint-Étienne. C’est d’ailleurs sûrement lui le vrai héros choisi par les auteurs pour cette histoire.

Enfin, du point de vue graphique, Javi Rey, que je découvre ici, d’autant plus qu’il est uniquement connu pour Webtrip et pour Secrets – ¡Adelante!, livre un dessin très réaliste, un peu rustre certes, mais très dynamique. Et du dynamisme il faut savoir en donner à son dessin quand on met en scène un certain nombre de moments issus de matchs de football. Les décors ne sont pas tous fouillés et les visages parfois un peu figés, mais on se doute que l’alternance des cases entre des gros plans, des plans larges, du mouvement dans l’action et des extraits de journaux, que cette alternance-là n’est pas simple à réaliser.

« Un maillot pour l’Algérie » est donc une bien bonne évocation historique, qui comporte son inévitable part de fiction, mais, à moins d’être personnellement touché par les changements opérés, on n’aura du mal à critiquer les choix opérés. L’aspect graphique est parfois plus difficile à totalement apprécier, mais dessiner des matchs de football est rarement aisé.

Autres critiques : Hervé (Temps de Livres) ; Julien (Tourneur de Pages) ; Richard N. (Le Footichiste)