La cité de Satan

Titre : La cité de Satan
Auteur : Fabien Clavel
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2006

Synopsis : En 2614 après la fondation de Rome, on s’apprête à célébrer le mille cinq centième anniversaire de l’accession au trône de l’Empereur Julien. L’édile Sergiolus, ancien gladiateur, est bien décidé à utiliser les techniques les plus modernes pour organiser à Lutèce des jeux du cirque qui éclipseront les souvenirs glorieux de la Rome d’antan… Mais il doit faire face à la fronde des galiléens, secte mise au ban de la société romaine et réfugiée sur l’île du centre de la cité, surnommée le Cloaque. Le Cloaque s’est même trouvé un champion en la personne du Colosse, hors-la-loi insaisissable à l’identité mystérieuse…

Note 3.5

 

« Tu as vaincu, Galiléen ! » Voilà quels auraient été les derniers mots de l’empereur Julien, plus connu sous le nom peu flatteur de Julien l’Apostat en raison de sa volonté de restaurer le paganisme dans l’empire romain. Malgré ses efforts, sa prédiction finira tout de même par se vérifier puisque le christianisme ne tardera effectivement pas à s’implanter durablement en Occident comme en Orient avec le succès que l’on sait. Fabien Clavel, lui, a opté pour une toute autre histoire : et si Julien l’Apostat n’était pas mort de façon aussi précoce et avait continué son travail de sape de la religion chrétienne au profit du paganisme ? A partir de ce point de divergence, l’auteur imagine une ville de Paris répondant toujours au nom de Lutèce près de deux millénaires après la fondation de Rome et dans laquelle on s’apprête à célébrer l’anniversaire du règne du très populaire empereur Julien. Bien que peu nombreux et marginalisés, les membres de la secte des galiléens n’ont pas totalement disparu ni perdu l’espoir de voir leurs croyances supplanter un jour le paganisme, quitte à user de violence pour parvenir à leurs fins.

Le pitch est attrayant et le résultat de bonne facture, Fabien Clavel nous livrant ici une uchronie intéressante et divertissante. Combats de gladiateurs, complots politiques, fanatisme religieux… : la combinaison de tous ces ingrédients ne manque pas d’être explosive et c’est avec intérêt que l’on suit l’évolution du récit. Davantage qu’à l’intrigue, le charme du roman tient cela dit avant tout au décor, à savoir cette ville de Lutèce cosmopolite et foisonnante dont on prend plaisir à arpenter les coins et recoins en compagnie des différents personnages. L’occasion pour le lecteur de découvrir certains des cercles les plus influents ou les plus étonnants de la capitale comme celui des gladiateurs ou encore celui des druides. Sans être véritablement marquants les personnages n’en demeurent pas moins convaincants, qu’il s’agisse de Dumnacos et de son affranchi Gélasime ou encore de la dérangeante mais envoûtante mimula Typhène. Aucun reproche également en ce qui concerne la plume de l’auteur qui parvient sans grandes difficultés à embarquer le lecteur dans cette sympathique uchronie.

 

« La cité de satan » est donc un bon roman qui permet à Fabien Clavel d’exploiter sa formation classique et son intérêt pour la civilisation romaine antique. Une période sur laquelle l’auteur est d’ailleurs revenu à plusieurs reprises depuis par le biais de roman (« Furor ») aussi bien que de nouvelles (« Fragments perdus du Satyricon » ; « Comment le dieu vint à Julien »).