La stratégie des as

Titre : La stratégie des as
Auteur : Damien Snyers
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2016 (février)

Synopsis : Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

Note 3.5

Le troll était là, devant moi, inaccessible. Personne ne pouvait l’avoir. Enfin, personne à part moi, évidemment. En temps normal, défier un troll dans un concours de bière relevait de la stupidité. Sa masse le dotait d’une résistance à l’alcool bien plus grande que la mienne, ou que celle d’un humain. Il n’existe que deux manières de battre un troll dans un jeu de boisson ; être compétent dans le domaine magique, ou être de mèche avec lui. Et je n’avais rien d’un magicien.

 

Un groupe d’arnaqueurs bien rodé, un contrat un peu louche mais à priori facile à honorer, une récompense plus qu’alléchante : voilà, très grossièrement, en quoi consiste « La stratégie des as », premier roman de Damien Snyers qui nous vient de Belgique. Le jeune auteur n’est évidemment pas le premier à avoir été tenté par la mise en scène d’un casse prenant place dans un monde de fantasy et orchestré par un mauvais garçon : difficile de ne pas penser au Locke Lamora de Scott Lynch (« Les Salauds Gentilshommes ») ni bien sûr au Benvenuto de Jean-Philippe Jaworski (« Mauvaise donne » ; « Gagner la guerre »). Alors qu’en est-il du héros de « La stratégie des as » ? Sans aller jusqu’à le comparer aux deux mastodontes susnommés, le personnage de James Laany se révèle plutôt convainquant : l’elfe traîne un lourd passé derrière lui et n’en est donc pas à son coup d’essai en matière escroquerie ce qui le rend d’autant plus crédible tout en laissant planer une aura de mystère autour de son personnage. Sa propension à l’autodérision et sa lucidité mâtinée d’amertume concernant l’injuste façon dont fonctionne le monde contribuent également à renforcer la sympathie du lecteur à son égard. Les autres membres de la bande sont malheureusement plus en retrait et donc un peu moins développés, ce qui ne les empêche pas d’être attachants.

Les différents thèmes abordés dans le roman sont également intéressants (la vieillesse, la maladie, la discrimination…) même si la réflexion n’en est pas très poussée. Il faut dire aussi que la brièveté de l’ouvrage ne se prête pas vraiment à de longs développements, et c’est peut-être là le principal reproche qu’on peut lui faire. L’intrigue, par exemple, est suffisamment bien construite pour capter sans mal l’attention du lecteur, mais les différentes phases du casse (la préparation, le jour J et la confrontation finale) s’enchaînent bien trop rapidement tandis que certaines pistes qui auraient pu être intéressantes sont abandonnées presque sitôt après avoir été évoquées. Il en va d’ailleurs de même pour ce qui est de l’univers, un monde similaire au notre mais avec une légère touche steampunk, à propos duquel on ne sait finalement pas grand chose. Les quelques éléments de description évoqués concernant la ville de Nowy Krakow sont pourtant intéressants mais trop peu détaillés pour qu’on s’immerge véritablement dans le décor. Le roman comprend cela dit deux bonus : une nouvelle consacrée au personnage de Mila (sans doute le plus énigmatique du récit) ainsi qu’une interview de l’auteur qui revient notamment sur l’origine de son projet ainsi que sur les différentes thématiques qui y sont abordées.

 

Damien Snyers signe avec « La stratégie des as » un bon premier roman dont le principal point fort réside dans la qualité de son protagoniste qu’on ne serait pas contre retrouver pour de nouvelles aventures. On pourrait toutefois regretter la trop grande brièveté de l’ouvrage, l’intrigue comme l’univers ayant sans doute mérité d’être un peu plus étoffés pour gagner en consistance.

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-Livre) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Doris Facciolo (La magie des mots) ; Jean-Philippe Brun (L’ours inculte) ; Joyeux-drille (Appuyez sur la touche lecture) ; Julien le Naufragé (Naufragés volontaires)