La bataille de Pylos

Titre : La bataille de Pylos
Auteur : Philippe Lafargue
Éditeur : Alma (Essai/Histoire) (fiche officielle)
Date de publication : 12 novembre 2015

Synopsis : Le long affrontement d’Athènes et de Sparte est la toile de fond sur laquelle se déroule le Ve siècle, devenu pour nous le sommet de la Grèce classique, avec les figures de Périclès et de Socrate. En 425 avant J.-C., Athènes, contre toute attente, emporte à Pylos (Péloponnèse) une victoire décisive sur Sparte. Cette bataille devient, chez les Athéniens, l’enjeu d’un débat sur la démocratie et l’impérialisme. Au bénéfice d’un personnage perturbateur de la politique athénienne : le démagogue Cléon.
C’est cette bataille que Philippe Lafargue fait d’abord revivre : débarquement naval, armements lourds, armements légers, tactiques, usages du relief… Chacun de ces détails renvoie aussi à des réalités politiques et à des affrontements idéologiques. On comprend alors mieux ce qui se joue chez tous ceux qui ont vécu et commenté l’exceptionnel événement, à commencer par l’Athénien Thucydide. Acteur malheureux des affrontements sans cesse repris entre les deux cités, et finalement remportés par Sparte en 404, il s’en fera l’historien avec La guerre du Péloponnèse, livre fondateur de la science historique.
La personnalité de Cléon hante non seulement les écrits de Thucydide mais aussi ceux de Platon, d’Aristote, d’Aristophane et de bien d’autres. Plus largement, La bataille de Pylos montre comment aujourd’hui encore l’écriture de l’histoire est indissociable de la politique et de la réflexion sur la démocratie.

Note 4.0

On connaît le fameux apophtegme, rapporté par Plutarque, que prononçaient les femmes spartiates au moment où leurs fils partaient à la guerre : « reviens avec ton bouclier ou reviens dessus », c’est-à-dire mort ! Sans doute s’agissait-il d’un aphorisme largement idéalisé car Hanson a montré qu’il n’était pas rare que les combattants perdent ou abandonnent une partie de leur équipement dans le feu de l’action.

Outre des romans, les éditions Alma tentent aussi de temps en temps l’aventure des essais historiques. C’est ainsi que nous pouvons trouver dans leur catalogue La bataille de Pylos par Philippe Lafargue.

La bataille de Pylos n’est pas très connue, à côté des fameux événements que furent Marathon, Salamine ou les Thermopyles. Pourtant, au sein de cette guerre du Pélopponèse qui opposa Athènes et ses alliés à Sparte et les siens pour la domination sur la péninsule grecque, Philippe Lafargue compte nous démontrer ici l’importance de cette bataille de 425 av. J.-C.

L’histoire de la guerre du Pélopponèse n’est pas des plus simples à comprendre, car elle comporte plusieurs phases dont la prise en compte ou non modifie notre façon d’approcher cette confrontation. L’auteur tente donc ici de revoir notre compréhension en prenant comme point de départ l’idée toute simple, mais saugrenue au premier abord, selon laquelle la victoire athénienne à Pylos en 425 est la première cause de leur défaite finale dans cette guerre en 404. Ainsi, dans le récit que l’auteur nous fait de cette bataille, rien ne correspond à ce qui est normalement attendu d’un tel affrontement. C’est une bataille navale qui se gagne, en deux temps, sur la côte, particulièrement accidentée ; c’est une bataille qui ne suit pas les directives laissées par Périclès avant son décès, alors qu’il était revenu à la tête de la cité-État athénienne ; enfin, c’est une bataille qui ne fait pas seulement s’affronter Sparte et Athènes, c’est non seulement une bataille entre les alliés des uns et des autres, et surtout une bataille entre les différentes factions politiques à Athènes comme à Sparte. Au premier rang de ces politiciens et chefs de guerre ayant des intérêts à suivre telle ou telle stratégie, se trouve Thucydide. Nous le connaissons comme historien avec son œuvre majeure sur cette guerre, mais quand il la rédige, c’est avant tout un homme politique en exil loin d’Athènes qui relate ses souvenirs dans ses mémoires en laissant paraître des choix politiques.

Après nous avoir mis en contexte, puis relaté avec force détails cette bataille de Pylos entre Lacédémoniens et Athéniens, Philippe Lafargue s’applique alors à décortiquer les sources, et en premier lieu ce Thucydide, à la fois bien utile pour les faits concrets et pour ses idées bien arrêtées sur la politique athénienne à suivre. Tout le sel de la démonstration de cet historien est de comprendre le contexte politique à la suite de la mort de Périclès : il y a une place à prendre à la tête de la cité-État et les coups bas font rage pour s’approprier une part du pouvoir. Dans ce contexte, l’auteur n’a aucun mal à replacer la destinée politique du fameux Cléon, grand adversaire de Thucydide, puisqu’il lui a déjà consacré un autre ouvrage. C’est donc à une enquête méthodique à laquelle il faut s’attendre en débutant ce petit ouvrage ; les rares sources y sont décortiquées avec soin et mises en parallèle d’autres études du même calibre concernant d’autres périodes historiques. À ce titre, les comparaisons avec la Première Guerre mondiale causant la Deuxième sont très intéressants (certains contemporains voyaient déjà ce lien), tout comme le sont les parallèles que nous pourrions trouver autour des thèmes très actuels que sont le questionnement de la démocratie et la tentation de l’impérialisme à outrance.

Même s’il doit se répéter parfois afin de bien préciser sa pensée et qu’il doit ménager souvent la chèvre et le chou, notamment sur les intentions de Thucydide, l’auteur s’en tire très bien pour produire un petit essai plutôt vite lu et qui ne gênera vraiment que les plus réfractaires aux démonstrations historiques.

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