Super-Héros, une histoire française

Titre : Super-Héros, une histoire française
Auteur : Xavier Fournier
Éditeur : Huginn & Muninn
Date de publication : 2014

Synopsis : De la fin du XIXe siècle à nos jours découvrez à travers ce livre la genèse des super-héros tels que nous les connaissons aujourd’hui. Contrairement à la légende, les super-héros ne sont pas nés en amérique mais en France faites la connaissance de M Picaud, le Vengeur masqué, Atomas ou encore l’Amazone masquée. Un bel ouvrage écrit par Xavier Fournier, spécialiste des comics et rédacteur en chef de Comic box.

Note 4.0

Au début du XXIe siècle, le super-héros français reste un chantier dont les fondations, à force d’être passées sous silence, sont totalement oubliées. Il est vu comme un terrain inconstructible, où rien n’aurait jamais poussé. Mais l’envie, sous des formes différentes, est là. Qu’il s’agisse d’autres français voulant ajouter leur pierre à l’édifice ou de connaisseurs voulant réintroduire des figures connues, c’est l’heure de la « reconquête », comme aurait dit Auguste Vistel.

Chez Huginn & Muninn, nous avons l’habitude de trouver d’épais ouvrages sur des grandes franchises de la « pop’ culture » en général. Star Wars, Lego, Harry Potter, Alien, X-Files et tant d’autres se sont vus obtenir des guides, des anthologies et des essais complets chez cette maison d’édition. Dans cette optique, Xavier Fournier y a d’abord publié en 2014 un large essai sur Super-Héros, une histoire française.

Qui est donc Xavier Fournier ? Si vous ne le connaissez pas encore, déjà honte à vous ! et puis ensuite, sachez qu’en plus d’avoir débuté comme scénariste et graphiste sur des jeux vidéo, il est vite devenu un conférencier et un essayiste spécialisé dans la littérature super-héroïque, étant – au passage – rédacteur en chef du magazine spécialisé Comic Box. Autant vous dire que quand Xavier Fournier parle de super-héros, on l’écoute, c’est tout.

Ici, en l’occurrence, en plus d’être attentif à ce qu’il nous dévoile, il convient d’être prudent. En effet, son ouvrage est massif : mieux vaut ne pas s’endormir dessous ! Et pour le contenu, c’est du même acabit, massif. Son propos est simple : des super-héros, nous en voyons partout et à toutes les sauces actuellement. Et si jamais nous nous demandons d’où vient cette culture super-héroïque, alors la majorité des personnes interrogées répondront à coup sûr : « c’est américain, évidemment ! ». Eh bien non, ce n’est pas si évident, et toute la problématique de Xavier Fournier est de se demander en quoi le super-héros a d’abord été une marque de la culture française, avant de sombrer chez nous pour s’épanouir ailleurs.

Du comte de Monte-Cristo aux personnages de la série Hero Corp, Xavier Fournier nous emmène dans deux cents ans de création et c’est l’occasion de retracer le destin de Vidocq, Rocambole, Mikros, Mustang, Fantômas, SuperDupont et le Garde Républicain, pour prendre quelques exemples marquants. Quitte même à choisir un personnage particulier, retenez peut-être ce deuxième chapitre centré sur « l’Amazone masquée », étrange jeune cavalière armée qui est apparue dans le Paris de 1867. Attraction ou personnalité en marge ? Dans tous les cas, dans cette France où les identités secrètes sont légion et où le masque est devenu rapidement un objet social, cette idée d’Amazone masquée ne vient pas de nulle part (ce fut une des dénominations de Jeanne d’Arc, la « Pucelle d’Orléans », car elle était casquée) et va faire des petits. Ainsi, ce personnage est rapidement récupéré dans des feuilletons journalistiques, mais aussi des pastiches de rue (c’est une époque où on peut avoir des spectacles de catcheurs masqués sur des esplanades publiques) et, comme beaucoup d’autres phénomènes de la fin du XIXe siècle, des déclinaisons littéraires et audiovisuelles une fois la radio et le cinéma développés.

C’est d’ailleurs l’un des autres gros points positifs de cet ouvrage conséquent : Xavier Fournier place l’apparition, l’utilisation et la disparition des figures super-héroïques en France au cœur des évolutions technologiques, littéraires et artistiques de ces deux cents dernières années. Si l’idée du personnage à identité secrète qui contrecarre des complots à l’aide de moyens parfois titanesques est apparue dans Le Comte de Monte-Cristo, selon l’auteur, elle s’est très vite adaptée aux différents médias de l’époque. Ainsi, feuilletons journalistiques, spectacles de rues et adaptations en ouvrages illustrés, en pièces de théâtres et en divers romans, chaque personnage super-héroïsé a vu sa durée de vie sensiblement s’allonger potentiellement indéfiniment. Toutefois, l’auteur sait aussi mettre ces évolutions en parallèle des événements historiques et sociaux de la France. Chaque avancée culturelle a sa réaction autoritaire et les opposants aux genres super-héroïques furent nombreux dès leurs débuts. Malgré cela, les raisons de l’oubli progressif de ces super-héros français tiennent à la fois de soucis éditoriaux trop répétés et de l’influence néfaste (et difficile à oublier) en France des idéologies vantant l’Übermensch allemand ; quoi qu’on en dise, les tentatives d’oubli des pages sombres de l’Histoire passent aussi par la culture.

Heureusement, la pop’ culture française s’approprie à nouveau le genre super-héroïque (le lancement de Fox-Boy de Laurent Lefeuvre chez Delcourt en atteste par exemple), en espérant que cet ouvrage servira efficacement à leur rendre la célébrité qu’ils méritent. Xavier Fournier a publié dès l’année suivante, en 2015, un solide complément à cette parution d’envergure : « Super-Héros français, une anthologie », qui est tout aussi recommandable.

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