Ceux qui sauront

Titre : Ceux qui sauront
Auteur : Pierre Bordage
Éditeur : Flammarion / J’ai lu
Date de publication : 2008/2010

Synopsis : Et si la Révolution française n’avait pas eu lieu ? Voici le portait d’une France qui ne fut jamais, où une minorité d’aristocrates continue, aujourd’hui, d’asservir les masses populaires, notamment en interdisant l’instruction. Jean, fils d’ouvrier, en fait la dure expérience lorsqu’une descente de police met un terme brutal aux cours qu’il suit clandestinement. Incarcéré, puis libéré par la résistance, il devient un hors-la-loi. Clara, elle, est née du bon côté de la barrière. Pourtant, la vie dorée qu’on lui impose et les inégalités dont souffre son pays la révoltent. Deux personnages, un destin commun : changer le monde…

Note 3.0

Des paroles de son père lui revinrent en mémoire : un jour, tous les hommes pourront bénéficier du progrès; pour ça il faudra leur faire comprendre, là-haut, par la force au besoin, que le partage est le seul avenir de l’humanité…

 

Et si la France était restée une monarchie jusqu’au XXIe siècle ? C’est le postulat de départ de « Ceux qui sauront », roman dans lequel Pierre Bordage nous dépeint un monde où la révolution de 1789 a bien eu lieu mais a échoué, de même que toutes les révoltes populaires qui ont suivi. En 2008, le roi gouverne donc toujours à Versailles entouré de ses courtisans tandis que les « cous noirs » (les membres du peuple) tentent tant bien que mal de survivre et de subvenir aux besoins de leur famille. La pérennité de la monarchie n’a cependant pas empêché le progrès : Internet, électricité, avions, voitures… tout est là mais uniquement pour les plus riches. C’est qu’il ne faudrait pas que ces innovations techniques encouragent les velléités de rébellion du peuple… L’uchronie imaginée par Pierre Bordage est intéressante et ses conséquences relativement crédibles. On y découvre le quotidien de deux adolescents, Jean et Clara qui appartiennent à deux castes complètement différentes : le premier est un « cou noir » depuis peu en âge de travailler et dont son père attend qu’il l’aide à subvenir aux besoins de leur famille ; la seconde vit une existence privilégiée dans une belle demeure versaillaise et tente de s’opposer à un mariage planifié par ses parents avec un parfait inconnu.

Sans être passionnant, le récit parvient à suffisamment éveiller la curiosité du lecteur pour lui faire passer un bon moment : l’intrigue est plutôt bien rythmée, le style de Pierre Bordage agréable et les personnages relativement attachants. Difficile toutefois de ne pas remarquer que le roman s’adresse avant tout à un public « jeunesse » ce qui pourra à plusieurs reprises refroidir un lecteur plus âgé. C’est notamment le cas pour tout les passages qui concernent la relation entretenue entre Jean et Clara qui paraît bien exagérée et donc peu crédible (leur rencontre n’aura duré qu’un jour ou deux mais ils sont déjà près à mourir l’un pour l’autre). De même, la psychologie des personnages n’est pas toujours très développée, à commencer par celle des deux protagonistes dont certaines réflexions manquent de profondeur. Le principal message véhiculé par l’auteur est quant à lui tout à fait approprié à un public adolescent puisqu’il met l’accent sur l’importance de l’éducation et du savoir. Car dans le monde de Bordage, l’école n’est pas obligatoire, elle est même interdite aux enfants cous-noirs qui en sont réduits à suivre des cours clandestins pour lesquels ils encourent le risque d’être condamnés et déportés. Des conditions d’enseignement qui sont loin d’être optimales et qui pourront certainement faire réfléchir de jeunes lecteurs parfois oublieux de la chance qui est la leur.

 

Sans être transcendant, le roman de Pierre Bordage constitue un sympathique divertissement s’adressant avant tout à un jeune public qui trouvera sans doute dans cette uchronie matière à réflexion. Bien que l’ouvrage se suffise parfaitement à lui-même, sachez tout de même qu’il existe deux autres tomes relatant la suite des aventures de Jean et Clara : « Ceux qui rêvent » et « Ceux qui osent ».

Critique réalisée dans le cadre du Challenge Francofou 3

Challenge Francofou 3