Si tard, il était si tard

Titre : Si tard, il était si tard
Auteur : James Kelman
Éditeur : Éditions Métailié
Date de publication : 10 septembre 2015
Récompenses : Booker Prize 1994

Synopsis : Glasgow, dimanche matin, Sammy émerge de deux jours de beuverie. Il n’a plus de portefeuille et est chaussé de baskets qui ne lui appartiennent pas. Suspect, il est arrêté et sauvagement tabassé par la police. À la sortie il se découvre complètement aveugle. Les choses empirent encore : sa petite amie disparaît, la police l’interroge pour un crime mystérieux lié au terrorisme politique et le médecin qu’il finit par consulter refuse d’admettre qu’il est aveugle. Il erre dans les rues pluvieuses de Glasgow, en tentant vainement de donner un sens au cauchemar qu’est devenue sa vie. Sammy navigue avec un curieux détachement entre ingénuité et acceptation, avec une combinaison de courage et de méfiance exprimée dans une prose torrentielle, faite de rudesse, de tension qui ne faiblit jamais. On y lit une parabole politique subtile et noire sur la lutte et la survie, riche d’ironie et d’humour noir.

Note 3.5

Juste s’allonger loin de la rue, voilà ce dont il avait envie. Hors de danger. Tu te mettais à paniquer pour la moindre petite chose comme si ta coordination était affectée ; comme tu voyais plus rien tu te mettais à entendre des trucs. Et là ta putain d’imagination se mettait en branle.

Prêt ? Inspirez un bon coup, top c’est parti. Putain, mec, Sammy, qu’est ce qu’y t’as pris? Tu te la colles minable, OK, putain c’est pas défendu mec, mais quelle idée de jouer l’insolent avec les flics, t’as un casier, putain ! Direct en cellule, mec. En plus tu prends une putain de rouste qui te rend aveugle. Putain, mec franchement tu déconnes! Déjà que tu te rappelles plus ce que tu as foutu, putain ! Car mon pote, ta copine a disparue. Sammy s’adapte à sa nouvelle condition, après avoir dégriser et subit un interrogatoire aux petits oignons, il erre dans les rues, à la recherche d’aide, ça gamberge sec côté neurones, putain ! *

Bon j’arrête là, voilà ce qui vous attends sur près de 400 pages. Une longue logorrhée sans la moindre pause. Sammy jure, avec un « putain » qui surgit sur toutes les pages ou presque. Alors c’est sur, il faut une dose de bonne volonté pour suivre ses tribulations. Mais, pourtant, une fois la surprise évacuée, c’est avec intérêt qu’on suit ce récit au verbe haut et aux dialogues drôlement bien ficelés. James Kelman signe un roman où  ironie, cynisme et humour s’additionnent avec un tempo incroyable. Tentez l’expérience car c’est réussi.

Merci aux Editions Métailié (aux choix toujours judicieux) et à Babelio pour cette découverte très originale.


* Rassurez-vous, c’est bien mieux quand c’est Kelman qui écrit.