Dimension Préhistoire

Titre : Dimension Préhistoire
Anthologistes : Meddy Ligner
Auteurs/Nouvelles : Pierre Gévard (« Les ammants de la Houilère » ; « Le troupeau » ; « Evolution » ; « Les pierres jumelles ») ; Elie Berthet (« Les Parisiens à l’âge de pierre ») ; Pierre-Alexandre Sicart (« Eve ») ; Rachel Tanner (« Le frisson de la savane ») ; Frédérick Durand (« Pour que s’anime le ciel factice ») ; Jess Kaan (« Au temps des Aurochs ») ; Ariane Gélinas (« La mémoire ensevelie ») ; Jean-Louis Trudel (« L’homme qui fit couler une mer ») ; Antoine Lencou (« D’un versant à l’autre ») ; Orson Scott Card (« Guéris-toi toi-même ») ; Jean-Michel Calvez (« Chute libre, sans temps imposé »)
Éditeur : Rivière Blanche
Date de publication : 2013

Synopsis : Selon la définition traditionnelle, la Préhistoire débute avec l’apparition de l’homme et se termine avec l’invention de l’écriture. Les quatorze textes ici présentés balayent ce large spectre temporel et trois d’entre eux évoquent même des époques encore plus anciennes : celles où l’homme n’avait pas encore foulé la surface de notre planète. En tournant ces pages, vous voyagerez du Carbonifère au Néolithique…

Note 2.0

Pour Otz, un monde s’effondra. Un monde de certitude et de suffisance. Un monde de croyance et d’absolu. Une certaine idée de la vie. De sa vie. De sa mort aussi. (Antoine Lencou, D’un versant à l’autre)

 

Comme toutes les périodes historiques, la Préhistoire n’est pas sans éveiller chez nous un certain nombre de fantasmes, plus ou moins proches de la réalité. Vastes étendues recouvertes de végétation et vierges de toute présence, tribus composées d’hommes et de femmes dont le mode de vie et de pensée nous échappe, peintures rupestres décorant les murs des grottes, animaux exotiques aujourd’hui disparus…, autant de représentations qui font de cette époque comprise entre l’apparition de l’homme et l’invention de l’écriture un terreau fertile pour les auteurs de littérature de l’imaginaire. L’anthologie « Dimension Préhistoire » regroupe ainsi pas moins de quatorze textes de onze auteurs différents qui se sont, chacun à leur manière, penchés sur cette période obscure de notre histoire. Et les approches sont effectivement plutôt variées, certains optant pour un décor directement inspiré de la Préhistoire tandis que d’autres choisissent de seulement s’en inspirer dans un cadre beaucoup plus contemporain. Cette diversité se retrouve également au niveau chronologique et géographique puisqu’on voyage de l’Afrique à l’Europe, du Carbonifère au Néolithique. Et pourtant… Pourtant malgré l’originalité du thème et la pluralité des approches proposées, le niveau de cette anthologie ne vole malheureusement pas très haut. La faute, d’abord, à un travail de relecture absent ou complètement bâclé qui aboutit à son tour à un nombre de coquilles battant tous les records. Quelques unes par-ci par-là passent encore, mais à ce point c’est vraiment honteux ! Autre problème : la faiblesse de l’intrigue de la plupart des nouvelles qui se contentent de poser un décor sans vraiment se soucier de nous raconter une histoire bien ficelée.

Sans être transcendants, certains textes valent cela dit le coup d’œil, à commencer par celui de Rachel Tanner qui nous entraîne avec « Le frisson de la savane » à la découverte des premiers hominidés africains. Un texte simple mais dépaysant et curieusement assez touchant. On passe également un bon moment à la lecture de « Pour que s’anime le ciel factice » de Frédérick Durand qui choisit pour sa part de se focaliser sur les représentations picturales de la Préhistoire en mettant en scène un antihéros piégé par la magie émanant de ses dessins. Idem pour les nouvelles de Jean-Louis Trudel (« L’homme qui fit couler une mer ») et Antoine Lencou (« D’un versant à l’autre ») qui mettent respectivement en scène une famille d’Amérindiens fuyant la colère de leur tribu et un certain Otzi, référence à un être humain naturellement momifié découvert il y près de trente ans dans un glacier et dont l’auteur imagine les raisons et les circonstances de la mort. Dans un tout autre registre j’ai également été particulièrement sensible à la nouvelle « Chute libre, sans temps imposé » de Jean-Michel Calvel qui clôt élégamment ce recueil grâce à un texte aussi originale que prenant. A noter la présence à la fin de l’ouvrage d’un intéressant article de Marc Guillaumie qui revient l’espace d’une dizaine de pages sur le thème « Fiction préhistorique et science-fiction ». Le chercheur y résume notamment les liens existants entre les deux genres et parvient à mettre le doigt sur ce qui m’a finalement le plus gêné dans cette anthologie : le fait que la grande majorité des nouvelles soient consacrées (de manière parfois bien peu subtile) à des thèmes particulièrement représentatifs de notre XXIe siècle : les changements climatiques, le féminisme, les nouvelles spiritualités… Peu de surprises donc et beaucoup de bons sentiments.

 

Une anthologie consacrée à une période rarement exploitée de notre histoire mais dont la plupart des nouvelles ne parviennent pas à convaincre. On préférera à ce « Dimension Préhistoire » un autre ouvrage de bien meilleure facture dirigé lui aussi par Meddy Ligner et consacré cette fois à la période antique (« Dimension Antiquité »), voire même les deux volumes de « Dimension de capes et d’esprits » chez le même éditeur.