Dark Eden

Titre : Dark Eden
Auteur : Chris Beckett
Éditeur : Presses de la Cité
Date de publication : 2015 (2012 en VO chez Corvus)

Synopsis : Au cours d’une expédition, des astronautes s’échouent sur une planète, qui ne doit sa chaleur et sa lumière qu’à la bioluminescence de sa flore et à son activité géothermique. Malgré les avaries subies par leur navire spatial, ils décident de tenter de retourner sur Terre ; deux d’entre eux, Tommy et Angela, préfèrent cependant rester plutôt que de courir le risque d’un nouveau voyage. Cent soixante-trois ans plus tard, leurs descendants espèrent toujours une expédition de sauvetage de la part des Terriens. Au sein de cette société stagnante et dégénérescente, appelée La Famille, l’adolescent John Redlantern fait tout pour rompre le statu quo. Il ne supporte plus de voir son peuple se cantonner dans la vallée étroite où l’homme a initialement posé le pied et souhaite explorer le reste de ce monde, quitte à se faire des ennemis…

Note 3.5

Une chose n’est jamais aussi belle que quand elle va se terminer, et ça reste vrai même quand on est soi-même la cause de sa fin.

C’est via une nouvelle Masse Critique Babelio (merci à eux et aux éditions des Presses de la Cité) que j’ai pu recevoir ce Dark Eden, de Chris Beckett. Annoncé comme lauréat du prix Arthur C. Clarke, ce roman de science-fiction avait le mérite de planter dès son quatrième de couverture une situation étrange qui attirait une certaine attention.

Dès les tout premiers mots, attendez-vous à une certaine appréhension ; ce fut la mienne quand je découvris des « La forêt faisait hmmmmmmmmmmm » (sic) et des « L’air était frais-frais » ! Au départ, il fut très difficile de me plonger sereinement dans le vocabulaire particulier de cette communauté recluse. Mais plusieurs trouvailles sont vraiment bonnes dans leur construction (et au passage, on dit merci au traducteur Laurent Philibert-Caillat), c’est juste que cela prend progressivement son sens au fil des pages. En effet, nous avons affaire à environ 500 personnes de tous âges restées depuis 160 ans sur la planète Eden aux caractéristiques particulières et toutes issues d’un seul couple d’astronautes. Bienvenue donc dans une communauté menée par la consanguinité et l’entre-soi dans tous les compartiments de la vie quotidienne ! Et cette communauté, nous la parcourons de chapitre en chapitre avec la voix de plusieurs de ses membres, le héros en tête, John Lampionrouge, mais aussi de temps en temps ses proches comme Tina Picarbre, Gerry Lampionrouge ou Gela Brooklyn.

D’un point de vue structurel, Chris Beckett a besoin d’exposer, dans une longue première moitié de ce roman, les enjeux de cette communauté si particulière : 500 personnes qui doivent respecter un certain nombre de règles, le plus souvent justifiées par leur sempiternelle attente de secours venus de la Terre, et surtout au milieu d’un environnement très particulier puisque le bestiaire est peu varié mais justifié et que l’agencement relief-flore mène à des situations propres à réfléchir à notre propre rapport (et usage d’ailleurs) de la nature. La deuxième moitié de Dark Eden est davantage centrée l’action, l’exploration et la découverte : un groupe se met en branle et l’ensemble s’active naturellement. Dans cette optique, le lecteur peut même tranquillement devine des découvertes qui vont presque le concerner davantage (en tant qu’être vivant inquiet de la destinée de l’humanité) que les personnages eux-mêmes, et ce grâce à des mots antiques pour ceux-ci mais qui nous font malgré tout esquisser et reconstituer ce qui a pu se dérouler avant que survienne cette faible civilisation sur Eden.

Au bout du compte, l’intention de l’auteur est probablement de nous faire réfléchir sur les (in)conséquences d’une société miniature et déjà décadente du simple fait d’être trop figée sur une obnubilation improductive. Oui, c’est un objectif ambitieux, mais finalement pas si inatteignable quand on choisit une bonne situation à l’écart des sentiers battus, un personnage principal (John Lampionrouge) qui porte tous les espoirs en nous ressemblant malgré tout beaucoup quand on s’interroge sur notre monde et, enfin, un environnement digne d’une quête d’envergure.

En somme, non, ce n’est pas un énorme coup de cœur comme j’ai pu l’entendre auprès de plusieurs autres chroniqueurs, mais cela ne l’empêche pas du tout (au contraire) d’être une très bonne lecture, suffisamment troublante même pour marquer, qui sait, le lecteur sur la durée. Dark Eden est donc à découvrir, car son originalité mérite déjà le détour.

Autres critiques : DarkHawk (Les Mondes imaginaires), Mélisende (Bazar de la Littérature) et René-Marc Dolhen (NooSFere)