Le livre du long soleil

Titre : Le livre du long soleil (Intégrale)
Romans composant le cycle : Côté nuit ; Côté lac ; Caldé, côté cité ; L’exode
Auteur : Gene Wolfe
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2015 (mars)

Synopsis : Dans ce cycle à la fois subtil et truculent, Gene Wolfe nous emporte avec sa maestria coutumière sur le Méande, un monde à l’horizon concave et au soleil identique, semble-t-il, à une immense ligne lumineuse qui traverse les cieux.Voici un univers tout à la fois empreint de fantasy et abritant d’étranges reliques mécaniques, où les habitants ont oublié l’usage de la technologie et n’ont plus que les prières et les sacrifices comme seuls espoirs. Mais un jeune prêtre, attachant et naïf, est peut-être l’élu qui pourrait sauver les siens… Il entreprend alors un voyage sans fin, inconscient des immenses périls, des remises en question et des rencontres renversantes qui l’attendent.

Note 3.0

Battons-nous dos à dos pour ne pas être enterrés côte à côte.

 

Après « L’ombre du bourreau » ou encore « Soldat des brumes » (réédité en 2012 sous la forme de deux intégrales par Denoël), c’est au tour d’une autre œuvre majeure de Gene Wolfe de faire l’objet d’une réédition chez Mnémos qui réunit ainsi pour la première fois les quatre romans composant le cycle du « Livre du long soleil » (Côté nuit ; Côté lac ; Caldé, côté cité ; L’exode). Un ouvrage impressionnant aussi bien par sa forme (une belle et lourde intégrale de plus de huit cent pages) que par son contenu. La réputation de Gene Wolfe est en effet celle d’un auteur exigeant dont les œuvres empreintes de symbolisme relatent des histoires qui ne sont jamais ce qu’elles paraissent. Et c’est d’autant plus flagrant ici, même si j’avoue pour ma part avoir été davantage intriguée qu’enthousiasmée. Le récit prend place dans le Méandre, un monde dont les habitants ont presque tout oublié de l’usage de la technologie, tout en continuant à vivre parmi les reliques laissées par une civilisation manifestement plus avancée. Un univers qui peut paraître assez exotique au début mais que l’on aura finalement peu l’occasion d’arpenter, l’essentiel de l’action se situant dans une seule et même cité, en proie à de sévères troubles liés à des bouleversements d’ordre politique et religieux.

On se laisse malgré tout facilement embarquer par le récit, notamment grâce au protagoniste, Organsin, que le lecteur sera amené à suivre pendant la quasi totalité de l’ouvrage. Prêtre chargé de l’entretien et des sacrifices de l’humble mantélion de la rue du Soleil, le personnage séduit à la fois par sa candeur et par sa volonté de tout faire, y compris ce qui serait contraire à sa religion, pour sauver son lieu de culte. Je serais un peu plus réservée concernant le rythme de certains des quatre romans, à commencer par les deux premiers qui ne se déroulent finalement que sur quarante-huit heures de la vie du personnage. Cela implique évidemment des longueurs qui sont hélas susceptibles de faire lâcher prise au lecteur, de même que certains éléments de l’intrigue qui m’ont parus à de multiples reprises très tirés par les cheveux. Au fur et à mesure de l’avancée du récit, on réalise cependant que le monde élaboré par Gene Wolfe est en réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît et que tout, à commencer par les dialogues, possède en réalité un double-sens que l’auteur charge à ses lecteurs de lui-même expliciter. Et j’avoue avoir souvent perdu le fil…

 

Une réédition bienvenue qui permet de découvrir (ou redécouvrir) l’un des plus grands cycles de Gene Wolfe qui aura énormément titillé ma curiosité tout au long de ma lecture mais dont je ne saurais au final dire s’il m’a véritablement plu. Une expérience un peu déstabilisante, qui plaira cela dit sans doute davantage aux amateurs de SF que de fantasy.

Autres critiques : Gillossen (Elbakin)